Pen-ek Ratanaruang

C’était un plaisir de rencontrer pour la deuxième fois le réalisateur thaïlandais Pen-ek Ratanaruang, toujours aussi affable. D’autant plus que la déception causée par Vagues invisibles a été effacée par son nouveau film Ploy. Nous l’avons interrogé sur les relations humaines, l’amour, les femmes... Bref sur la vie selon Pen-ek.

Sancho : D’où vous est venue l’idée de l’histoire de Ploy ?

Pen-ek Ratanaruang : J’ai calqué l’histoire du couple de restaurateurs thaïlandais qui revient des Etats-Unis pour des funérailles sur celle de membres de ma famille. Il y a quelques années, je les ai rencontrés dans des circonstances analogues et ils m’ont expliqué qu’ils avaient dû louer une chambre d’hôtel à Bangkok car ils ne possèdent plus de pied-à-terre en Thaïlande. Cela m’a amusé qu’ils doivent louer une chambre d’hôtel dans leur propre pays. Ils n’avaient cependant pas de problèmes de couple.

J’ai voulu traiter le thème des relations de couple car c’est un sujet sur lequel je discute souvent avec mes amis. La plupart sont mariés et ils semblent partager les mêmes problèmes. Ils m’envient parce que je suis célibataire et me disent que j’ai de la chance d’être libre. Moi je les envie d’être mariés étant donné que j’aimerais bien être avec quelqu’un. Et je me pose beaucoup de questions à ce sujet : un mariage peut-il être heureux ? J’ai donc décidé d’écrire un scénario à ce sujet.

Pensez-vous, comme le dit le mari, qu’il existe une date de péremption pour l’amour ?

Tout à fait. (rires) C’est la nature humaine. Mais ensuite, chaque couple gère cette situation à sa façon. Parfois, si vous êtes vraiment chanceux, vous pouvez atteindre un niveau supérieur de relation amoureuse. Je ne veux donc pas dire que les couples vont obligatoirement se tuer ou se séparer , mais beaucoup de gens le font. L’être humain est maudit car c’est un animal social. Il a besoin d’avoir des relations avec les autres, un ami ou quelqu’un dont vous tomberez amoureux. Mais en même temps, il n’est pas non plus fait pour vivre avec quelqu’un 24 heures sur 24 pendant 50 ans. L’être humain est tiraillé par cette contradiction.

Dans vos trois derniers films, vos personnages semblent partagés entre deux situations. Est-ce un reflet de votre vie ?

Du point de vue physique, c’est évident. Je vis souvent dans des endroits bizarres quand je me déplace dans les festivals pour présenter mes films dans des pays différents. Même c’est également le cas mentalement. Je suis thaïlandais et je fais des films thaïs, mais l’industrie du cinéma de mon pays m’accuse de faire des films pour les spectateurs étrangers et les festivals. Dans mon propre pays, je suis également un peu un étranger. D’une certaine façon, je suis un extraterrestre et mes films le sont un peu aussi.

Est-ce en raison de ces critiques que vous avez décidé de faire un film avec une équipe entièrement thaïlandaise, après avoir réalisé vos deux films précédents avec une équipe en partie internationale ?

Non, je n’ai rien à faire de ces critiques. Mais les deux derniers films m’ont épuisé physiquement. Ils étaient plus gros que ceux que j’avais l’habitude de faire et j’ai dû beaucoup voyager. Vous avez une star japonaise dont l’emploi du temps est très chargé, une star coréenne qui peut seulement vous accorder cinq jours... Last Life in the Universe et Invisible Waves m’ont permis d’acquérir de l’expérience et la confiance pour continuer de faire ce type de films.

J’ai donc décidé de revenir à la maison et de faire un film « d’étudiant » en vingt jours de tournage dans des chambres d’hôtel avec une équipe thaïlandaise. Il semble ne pas se passer grand chose dans Ploy, mais le défi était de le rendre quand même intéressant avec ces ressources limitées. Je voulais faire un film de façon plus pépère, mais cela n’a pas été le cas.

Plusieurs acteurs du films sont des non-professionnels. Pourquoi ce choix ?

C’est une décision que nous avons prise lors du casting. Nous les avons trouvés plus intéressants. Si j’avais choisi des acteurs professionnels, le film aurait été complètement différent. La situation pour les acteurs en Thaïlande est différente qu’aux Etats-Unis ou en France. Pour survivre, ils ne peuvent pas se contenter de tourner des films. Ils travaillent donc beaucoup pour la télévision et vous savez comment est le jeu des acteurs à la télévision : ils doivent surjouer. Seule une poignée d’entres eux peuvent s’adapter et être plus subtils. Ces bons acteurs sont donc dans tous les films et vous ne voulez pas les utiliser car les spectateurs les ont associés à des rôles particuliers. Les acteurs non-professionnels sont plus innocents et plus honnêtes. Le mauvais côté de la chose, c’est qu’ils ont plus peur de la caméra et deviennent très nerveux. C’est à moi de leur faire dépasser ce stade. Avant le tournage, nous avons travaillé dans des ateliers, bu des verres ensemble... Mais je les ai aussi mélangés avec des acteurs professionnels, comme la femme par exemple.

A ce sujet, comment se sont déroulées vos retrouvailles avec Lalita Panyopas ?

Elle n’avait plus joué depuis mon film 6ixtynin9 en 1999. Ensuite, elle s’est mariée, a eu deux enfants et est partie en Angleterre. Maintenant elle est revenue en Thaïlande, ses enfants ont grandi et elle dispose de plus de temps libre. Un ami m’a appris qu’elle cherchait un rôle. Je l’ai appelée et elle a immédiatement donné son accord.

Qu’aimez-vous en elle ?

A l’époque de 6ixtynin9, elle était une superstar en Thaïlande. Maintenant, elle n’a pas joué pendant plusieurs années et a perdu son assurance d’actrice. Elle est devenue une épouse, une mère et son mariage a sûrement connu son lot de problèmes. Je me suis dit que ce serait intéressant de voir comment elle allait interpréter son personnage. Une fois qu’elle a accepté le rôle, j’ai modifié le scénario pour faire de la femme une ancienne actrice afin qu’elle lui ressemble.

Quels sont vos projets ?

Je suis en train d’écrire un scénario mais il est encore un peu tôt pour en parler. Ce devrait être un film plus fantastique avec des esprits.

Comment vous voyez vous évoluer dans le futur ?

J’ai toujours dit avoir seulement neuf films en moi, il m’en reste donc encore trois à réaliser. Ensuite, je pourrais écrire des bandes dessinées, faire du jardinage... Quoi que je fasse dans le futur, je continuerai à faire du « cinéma », mais d’une façon différente, sans caméra. Je continuerai à questionner les choses.

Interview et traduction : Kizushii et Kaelu San.
Photos de Pen-ek Ratanaruang : Kizushii.
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