Peppermint Candy

Il faut bien le reconnaître, ce n’est pas tous les jours qu’un film coréen sort sur les écrans français. Le dernier en date, pour le coup, c’était Shiri, et il s’est fait assassiner par la critique, et est donc passé absolument inaperçu. Un peu comme Nowhere to Hide (remake de L’inspecteur Labavure pour certains, ne l’oublions pas) l’an dernier, en fait. Et je ne parle même pas de ce chef-d’œuvre qu’est Joint Security Area, vainqueur du Festival du Film Asiatique de Deauville l’an dernier et qui n’est toujours pas sorti en salles... Bref, je doute fort que ce Peppermint Candy saura, au milieu d’une indifférence aussi marquée envers le Pays du Matin Calme, trouver son public (il faut dire aussi que le nombre très restreint d’écrans qu’il s’est vu attribuer ne l’aidera pas plus que ça...). D’autant plus que, comme c’est souvent le cas (souvenez-vous de la sortie de Jin-Roh comme illustration du potentiel public des dessins animés japonais), Peppermint Candy est loin de constituer une entrée "facile" dans le cinéma coréen contemporain...

Construit sur la base d’une série de sketches remontant le temps entre deux dates marquantes de la vie de Young-Ho - le héros du film -, Peppermint Candy nous raconte l’histoire de cet homme torturé qui, dans la première séquence du film, se jette, désespéré, devant un train. Pourquoi et comment en est-il arrivé là ? C’est ce que ce "petit train de la mémoire" se propose de nous faire découvrir.
Commence alors un voyage dans le temps particulièrement éprouvant, de 1999 à 1979, où l’on va découvrir différentes facettes d’un homme tentant de prendre le train de la vie en marche sans jamais y parvenir. Que ce soit en tant que chef d’entreprise, en tant que mari, en tant que flic brutal ou en tant que jeune amoureux, Young-Ho fera preuve - avec force étalage de larmes - d’une incapacité à la moindre adaptation sociale aussi pathétique qu’effrayante. Alors que le train qui sépare les différents sketches rejoint son point de départ, à l’envers, les origines de cette inadéquation prononcée passeront de l’esquisse à un trait un peu plus marqué...

Je ne sais pas trop quoi penser de ce Peppermint Candy, tourné par Lee Chang-Dong - réalisateur de l’excellent Green Fish avec Han Seok-Gyu en 1997 - il y a deux ans de cela. Ce qui est certain, c’est qu’il est parfaitement cohérent avec le premier film du réalisateur. Les deux films mettent en effet en scène des héros particulièrement proches, incapables de suivre le rythme avec lequel la Corée du Sud s’est transformée au cours des vingt dernières années. Est-ce un hasard si le point de basculement de la vie des héros de chacun de ces films se situe pendant le service militaire ? Là-dessus (lacunes culturelles aidant), un doute demeure. Young-Ho effectue le sien au début des années 80, pendant une période trouble de l’histoire coréenne : une "révolution de casernes", liée à l’assassinat du président de l’époque (voir l’article sur Ditto pour plus d’explications), va plonger le pays dans une vague de violence. Autre point commun entre Young-Ho et Mak-Dong, l’importance de ce "trajet en train" qui change leur vie. Il est d’ailleurs amusant de constater que, dans toutes les séquences qui composent Peppermint Candy, il y a un train en arrière plan. Jusqu’à ceux, immobiles, qui serviront de décors au traumatisme originel de Young-Ho.

D’une certaine façon, Young-Ho est donc un peu le reflet de Mak-Dong - qui nous aide donc à mieux cerner ce Peppermint Candy ; le même personnage vivant à rebours, à partir d’un "déjà-vu par anticipation", très habilement introduit et qui le condamne à une nostalgie (inversée) par rapport à chacun de ses lendemains. Là où Green Fish offrait un constat rétrospectif sur l’urbanisation démesurément rapide de la Corée du Sud et sur ses effets sociaux, Peppermint Candy anticipe le tout à l’envers, au travers d’un seul personnage, négatif à l’extrême.

Souvent un peu trop larmoyant, difficile à recadrer dans un contexte qui nous est par trop étranger, Peppermint Candy parvient cependant à toucher le spectateur de façon remarquablement durable. Ceci est sans aucun doute du à l’interprétation incroyable de Seol Gyeong-Gu (Legend of Gingko, I Wish I Had a Wife).
Dans la première scène du film, déjà, sa prestation d’homme au bord du gouffre, naviguant sans cesse entre la colère, la haine, la tristesse et l’hystérie, est absolument saisissante. De plus, je ne crois pas avoir déjà vu quelqu’un pleurer de façon plus authentique devant une caméra.
A lui tout seul, Seol Gyeong-Gu parvient à vous scotcher devant l’écran pour tenter de cerner le goût terriblement complexe de ce bonbon à la menthe, résolument triste et passionnant.

Peppermint Candy est disponible en DVD coréen sous-titré anglais, malheureusement en plein cadre... C’est pourquoi je ne peux pas vous en dire plus sur cette édition !

Peppermint Candy est aussi sorti dans nos salles le 21 février 2002, discrètement.

Corée du Sud | 2000 | Un film de Lee Chang-Dong | Avec Seol Gyeong-Gu, Mun So-Ri, Kim Yeo-Jin
Désir meurtrier
Mon deuxième frère
The Tenants Downstairs
Headshot
Désirs volés
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