Perhaps Love

La carrière du réalisateur Nie Wen (Jacky Cheung) est en mal de chef-d’œuvre ; sa compagne et actrice Sun Na (Zhou Xun), qui a toujours conté sur lui pour lui offrir un billet pour Hollywood, doute que sa nouvelle création y change quoique ce soit. L’arrivée sur le plateau à Shanghai de Lin Jiang-Dong (Takeshi Kaneshiro) n’arrange pas les choses : la tension entre les deux acteurs est colossale, Lin dérobant sans le moindre effort la caméra à sa partenaire. Entre les dialogues, une réalité commence à s’affirmer, étrangement similaire à l’histoire d’amour oublié contée par Nie Wen... et l’on s’en retourne une dizaine d’années en arrière à Pekin, lorsque Shun Na et Jiang-Dong se rencontrent et tombent amoureux...

Perhaps Love est un film de retrouvailles, à la fois contemporain et, d’une certaine façon, quasi-fantômatique, comme rémanent d’une époque oubliée du cinéma hongkongais. A la manière de l’histoire d’amour renié qu’il raconte, le nouveau film de Peter Chan nous renvoie en effet une dizaine d’années en arrière, aux environs de 1996, comme si le réalisateur et producteur de génie n’avait jamais quitté l’ex-colonie pour partir aux USA, comme si Comrades, Almost a Love Story venait tout juste de sortir sur les écrans. La preuve ? Takeshi Kaneshiro, loin des Returner et autres Secret des poignards volants, renoue avec son image UFO, acquise à juste titre dans Lost and Found et autres Anna Magdalena, et c’est un héros des années 90, Jacky Cheung, qui porte le film sur ses colossales épaules. Entre les deux certes, la belle Zhou Xun affirme le caractère contemporain du film. Mais son âme réside bien dans le passé - ne serait-ce qu’au travers de sa nature de comédie musicale.

Quel lieu plus propice que Hong Kong aux comédies musicales ? Quelle autre région du monde peut se targuer d’avoir un tel nombre d’acteurs et actrices qui sont aussi des stars de la chanson ? En dépit de la tradition chantée de la culture chinoise, la comédie musicale n’a pourtant jamais eu le vent en poupe à Hong Kong, autrement que sous la forme de certains opéras. La logique n’a pas sa place et le film de Peter Chan, alors qu’il apparaît comme un retour aux sources, est donc en même temps traditionnel et novateur ; l’une des caractéristiques constantes de son cinéma. Bien que situées dans un Shanghai coloré des années 30, les scènes musicales de Perhaps Love sont bel et bien modernes ; leur anachronisme, en moins exacerbé, renvoie sans hésiter vers celui du Moulin Rouge ! de Baz Luhrmann, avec une teinte indienne en plus, Bollywood mania oblige.

Perhaps Love... film moderne et old-school, hybride de cinéma hongkongais pré- et post- 1997. Une date centrale à l’action du film et pourtant délaissée, comme pour mieux souligner le non-événement de cette transition si redoutée. Même le titre du film renvoit à Comrades, « presque » une histoire d’amour... se pourrait-il que le désir de Lin Jiang-Dong, de faire avouer à Sun Na qu’elle l’a aimé dix ans auparavant, parte d’une démarche amoureuse ? Peut-être, peut-être pas... ce qui est certain, c’est que Perhaps Love n’est pas une histoire d’amour à proprement parler mais son récit ; une histoire sur l’être humain, et les souvenirs qui le constituent et le caractérisent.

Ces souvenirs sont comme des moments de cinéma, qu’il convient à un personnage de passeur, incarnation inconsciente de Peter Chan, de remémorer à leurs acteurs ; l’essentiel n’étant pas de leur redonner vie, de reprendre une histoire d’amour oubliée, une amitié délaissée, mais seulement de les reconnaître, de leur conférer une réalité. Le cas échéant, leurs protagonistes perdraient une dimension d’eux-mêmes, devenant des êtres plats et sans saveurs, incapables de conter une histoire (Nie Wen) ou d’interpréter de façon convaincante leur propre humanité (Sun Na)... Perhaps Love est donc une déclaration d’amour oui, mais au Cinéma, à sa force et à son caractère de mémoire collective. Il peut fabriquer des souvenirs, les modifier ou les transcender, nous faire revivre douleurs et joies, nous libérer de nos craintes ou au contraire les affirmer... l’essentiel étant qu’il nous ressemble. Avec Perhaps Love, Peter Chan amène une pierre essentielle à l’édifice du cinéma HK contemporain : il ne renie pas son parcours des dix dernières années mais le resitue, lui donne un visage nouveau fait de traits anciens et familiers ; bref, l’aide à retrouver caractère et personnalité. Une réussite d’autant plus belle et pertinente, que le film ne situe pas son action à Hong Kong mais en Chine ; preuve implicite que la Mère Patrie et son fils dissident, réunis en 1997, sont à leur façon indissociables. Certainement, comme Jiang-Dong et Sun Na, ont-ils juste besoin de se reconnaître une Histoire commune, de se souvenir d’une rupture, et d’y puiser leur consistence, leur identité.

Présenté dans la section Panorama du 8ème Festival du film asiatique de Deauville, Perhaps Love devrait connaître prochaînement une sortie sur nos écrans. En attendant, il est disponible en DVD HK, avec sous-titres anglais.

Hong Kong | 2005 | Un film de Peter Chan Ho-Sun | Avec Takeshi Kaneshiro, Zhou Xun, Jacky Cheung Hok-Yau, Ji Jin-Hee, Eric Tsang Chi-Wai, Sandra Ng Kwun-Yu
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