Plaisirs inconnus

Après un premier film Xia Wu, Artisan Pickpocket qui avait en son temps ravi la critique française, puis Platform l’année dernière, Jia Zhang-Ke revient cette année avec un nouvel opus sur la jeunesse chinoise, Plaisirs Inconnus. Après s’être intéressé aux années 90, puis à la période menant de la fin de la révolution culturelle au début des années 80, le réalisateur s’intéresse désormais à la génération actuelle.

Le film est centré sur deux amis au chômage, Xiao Ji et Bin Bin. Nous les accompagnons dans leur ennui et leurs déambulations dans une cité industrielle du nord de la Chine. Une ville qui a parfois l’apparence d’une friche industrielle, mais qui est également une de ces villes chinoises sans âme, dont les constructions sont identiques que l’on soit à 200 km de Pékin, au Tibet ou au fin fond du Xingjiang. Le premier est un "bad boy" en devenir, qui poursuit avec et de son assiduité, Quiao Quiao, danseuse dans des spectacles publicitaires pour une marque d’alcool, et maîtresse d’un mafieux du cru. Le second, dont la petite amie est étudiante, cherche quant à lui à mener une vie normale. Son amie semble être le seul personnage du film qui possède un espoir concret pour le futur. Du moins, si l’on conçoit l’espoir comme de pouvoir aller en école de commerce... La fin du film éclaire définitivement sur le pessimisme du réalisateur.

Le but de celui-ci est de décrire la jeunesse laissée pour compte du développement et de l’ouverture de la Chine. Cet arrière-plan économique et politique est instillé tout au long du film par la télévision : la secte Falun Gong (à laquelle la mère de Bin Bin est affiliée), le choix de Pékin pour les jeux olympiques en 2008, les discussions sur l’entrée de la Chine dans l’Organisation Mondiale du Commerce... Une évolution qui va de pair avec un individualisme croissant et son occidentalisation. Cette dernière est évoquée à travers ses symboles les plus éminents (enfin éminemment américains), la canette de Coca-Cola, le billet vert et les films de Tarentino. Les États-Unis sont le pays du fric, dixit une des répliques du film, et le souvenir du braquage du restaurant dans Pulp Fiction va conduire nos deux héros à essayer de faire de même, avec une banque. Une référence qui permet au réalisateur une transition vers une de mes scènes préférées, qui se déroule dans une discothèque où passe une version techno du thème de Pulp Fiction. Xiao Ji s’y fait tabasser par les sbires du mafieux.

Ces évolutions de la société chinoise, alliées à une évocation de la "culture" occidentale abordée d’un point de vue uniquement négatif, laissent parfois émerger une impression de moralisme. Je ne suis pas sûr que l’âpreté au gain des chinois soit moins forte que celle des américains, ni que la violence dans les films de Honk-Kong a quelque chose à envier aux productions made in Hollywood.

Plaisirs Inconnus ne manque pas toutefois d’épingler certains aspects de la répression sociale qui persistent dans la société chinoise. Le responsable du quartier convoque la "coiffeuse", chez qui Bin Bin vient chercher du réconfort, afin qu’elle abatte une cloison. Plus de liberté économique, mais la lutte contre les "asociaux" et les criminels continue...

On accordera également au réalisateur un certain sens de l’autodérision, son Xia Wu, artisan pickpocket a pris du galon et est désormais devenu usurier. Plus tard dans le film, on l’entendra reprocher à Bin Bin qui s’essaye à la vente de VCD piratés de ne pas vendre de film d’art comme Xia Wu, Artisan Pickpocket et Platform avant de repartir à défaut avec Pulp Fiction.

Le film demeure un intéressant témoignage sur une certaine jeunesse chinoise, mais quant à savoir si cela en fait vraiment un bon film, j’avoue rester perplexe. Plaisirs Inconnus est tout de même à la limite de l’ennuyeux. En bon admirateur de Bresson et d’Hou Hsiao-Hsien, le réalisateur utilise sans parcimonie de longs plans séquences, qui parfois le sont trop. Le film a été entièrement tourné en DV et je dois confesser que le résultat est cependant fort correct. Je n’en suis pourtant pas, et même loin de là, un fan. Jia Zhang-Ke n’a pratiquement pas utilisé de caméra à l’épaule, la salle de cinéma ne s’est donc pas transformée en cabine de paquebot, au grand soulagement de mon estomac. Certaines séquences sont belles, mais ne vous attendez pas à des couleurs dignes de l’affiche. Autant l’utilisation de la DV me semble dans certaines productions occidentales être une totale aberration, autant les facilités de tournage qu’elle octroie dans certains environnements, deviennent un véritable avantage. Son utilisation a permis que le projet soit monté en trois semaines et le film tourné en 1 mois. Comme les deux précédents opus du réalisateur, ce long-métrage a été tourné en dehors du circuit officiel afin d’éviter la censure qui n’aurait pas permis au film de voir le jour. Aucun d’eux ne peut donc être officiellement distribué dans l’Empire du Milieu.

On remarquera que Office Kitano est l’un des producteurs de ce film !

En salles !

aka Ren xiao yao | Chine / France / Japon / Corée du Sud | 2001 | Un film de Jia Zhang-Ke | Avec Zhao Wei Wei, Wu Qiong, Zhao Tao, Zhou Qing Feng, Wang Hong Wei
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