Play

L’essence et les sens.

Cristina vit dans les quartiers populaires de Santiago de Chili. Seule, silencieuse et quelque peu taciturne, elle partage son temps entre son travail, qui consiste à assister un viel homme d’origine hongroise, gravement malade, à vivre au quotidien, et ses promenades dans les rues de la ville. Cristina est une fille aux longs cheveux noirs et aux grands yeux, et ses derniers lui servent à tout regarder. C’est ainsi qu’elle voit Tristan, architecte des quartiers chics à peine plaqué par sa femme Irene, se faire aggresser dans la rue et dérober sa sacoche, qu’elle récupère le lendemain matin, dans le container à poubelles de son immeuble. En fouillant dans les affaires du jeune homme, elle s’approprie peu à peu sa vie, apprend à le connaître, retrouve un peu d’une perception anesthésié. Tristan lui, erre dans une incertitude fatiguée, découvrant la vacuité insoupçonnée de son existence. Press Play and Live...

Première réalisation d’Alicia Scherson, Play s’ouvre successivement sur ses deux protagonistes principaux, au travers de deux acceptations de son titre. Cristina est dans une salle d’arcade, occupée à jouer à Street Fighter 2, tandis qu’Irene appuie sur le bouton « lecture » d’une platine CD pour lancer la chanson qui va accompagner la tristesse nouvelle de Tristan. Cette tristesse du personnage masculin, qui paraît presque second degré au premier abord, va s’expliciter tardivement, comme pour mieux préciser l’apathie dans laquelle l’a plongé la rupture proclamée par sa femme. Le début de son errance marque pour Cristina, qui s’immisse dans cette vie perdue d’un autre, simulacre de bonheur, le début d’une vie nouvelle, plus ouverte sur le monde et l’autre, moins passive.

Play est un film surprenant, en ce qu’il est à la fois anodin, dans sa présentation d’un quotidien social fait de petits riens, et global, car ce quotidien est aussi celui de la vie, d’une humanité. Play s’attache à définir l’essence de la vie, au travers de cette composante essentielle qu’est l’existence au travers des autres, mais aussi et surtout par le biais de la perception sensorielle. Le film de la réalisatrice chilienne est en effet, grace à Cristina, un film très porté sur les cinq sens.

La vue tout d’abord, apparaît comme primordiale mais non suffisante. Car aussi bien Cristina que Tristan regardent mais semblent le faire sans voir, sans percevoir. L’ouïe déjà, va venir compléter le panorama de Cristina, lorsqu’elle va s’approprier l’iPod de Tristan et se plonger dans son univers musical pour enrichir ses promenades. L’odorat ensuite, fait partie de la façon qu’a la jeune fille de rencontrer silencieusement les gens, de les définir et les comprendre, ainsi que le prouve sa rencontre d’un jeune jardinier dont elle s’éprendra plus ou moins, ou encore sa tentative de compréhension du mystère féminin qu’incarne l’apparente superficialité d’Irene. Il est aussi question de goût, parent proche de l’odorat avec une notion tactile, implicitement autant qu’explicitement, comme l’illustre la conversation autour d’une obligation imaginée d’ingérer des excréments, moment comique qui illustre, dans sa non vulgarité, toute la pudeur du film. Le toucher enfin, presque le plus intime des cinq sens en ce qu’il implique le contact, intervient en dernière instance, pour compléter le processus de compréhension de l’autre.

Play est donc un film sensoriel, qui passe du passif au participatif avec un humour certain, relativement désabusé mais jamais déprimé. Et quelle meilleure représentation du participatif que le jeu ? Cristina pour mieux nous le faire comprendre, passera ainsi de la borne d’arcade à son incarnation, en punissant façon jeu de combat une mère qui porte violemment la main sur son enfant aux yeux de tous, en pleine rue. Play est ainsi, en plus d’une fable contemporaine, un film moderne sans user d’effets ostentatoires, ou se résoudre à un montage démonstratif. Sa structure cède aux sirènes d’une explosion très 21ème siècle, mais celle-ci est parfaitement utilisée, et c’est finalement dans son exploitation de la musique qu’il s’affirme le plus comme un film de notre époque. Mais ses personnages conservent quelque chose d’intemporel : ils appartiennent plus à un lieu caratéristique d’anonymat qu’à une époque. Ce lieu, c’est Santiago de Chile, ville belle et anesthésiante à la fois, son immensité et sa modernisation favorisant le jeu, l’illusion d’une vie, plutôt qu’une véritable incarnation. Le film d’Alicia Scherson illustre très joliment cette évolution du jeu de la vie, du spectateur à l’acteur, et les nombreuses qualités de son actrice principale, remarquablement belle et « réelle » Viviana Herrera, n’y sont certainement pas pour rien.

Play a été diffusé en compétition officielle fiction au cours du 27ème Festival des 3 Continents à Nantes.

Site officiel (en espagnol) : www.playlapelicula.cl

Chili | 2005 | Un film de Alicia Scherson | Avec Viviana Herrera, Andrés Ulloa, Aline Kuppenheim, Coca Guazzini
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