Please Teach Me English

Après le musclé Beat, puis le drame épique Musa, Kim Seong-Su opère un virage à 90 degrés avec la comédie romantique Please Teach Me English. Cette romance aux accents loufoques et burlesques, où s’entremêle séquences animées et bulles cartoonesques, est une relecture moderne du conte de Cendrillon, où l’on découvre les difficultés et l’engouement de tout un peuple pour l’apprentissage de la langue de Shakespeare.

La timide et lunatique Na Young-ju, employée des services municipaux, s’est toujours considérée comme malchanceuse, bien que persuadée de son charme extraordinaire ! Sa vie monotone et sans amour est sur le point de changer lorsqu’elle est miraculeusement tirée au sort pour suivre un cours intensif d’anglais, afin de répondre aux clients étrangers occasionnels. Dès son premier cours, elle tombe amoureuse de Moon-su, un Playboy vendeur de chaussures, qui n’a d’yeux que pour la pulpeuse et avenante Cathy, leur professeur d’anglais. Comme si la fatalité s’acharnait, Young-ju use de tous les moyens pour se faire remarquer auprès de Moon-su, aveugle à son charme. La rivalité va alors jusqu’à l’affrontement entre Cathy et Young-ju, jusqu’à ce que cette dernière s’aperçoive de la relative indifférence de la professeur pour Moon-su. Celui-ci faisant des efforts désespérés pour améliorer son anglais, essuie échecs sur échecs auprès de Cathy, et finit enfin, à force de fréquentation, par s’apercevoir de la personnalité attachante de la jeune Young-ju. Mais un malentendu les séparera avant que le destin et l’amour les réunissent, pour le meilleur !

Loin d’être une banale comédie romantique, Please Teach Me English devient le révélateur d’un phénomène social national, l’engouement pour l’anglais. Kim Seong-Su, s’appuyant sur une mise en scène rythmée et dynamique, en plus de sa maîtrise des ressorts comiques du genre, est un fin observateur de ses compatriotes. Sous couvert de gags visuels et d’une bluette sentimentale, pointe une satire sociale quelque peu diluée par la légèreté de l’ensemble.

L’anglais, langue désormais indispensable pour toute nation souhaitant accrocher le wagon de la mondialisation, est dés le début un handicap et une source d’angoisse pour l’héroïne qui se retrouve à accueillir un étranger, venu se plaindre de sa facture d’électricité. Ses collègues se cachant sous leur bureau dénotent une carence générale, alors que Young-ju n’a que son sourire niais à opposer à son ignorance de l’anglais. Comme le souligne un personnage, la Corée a organisée les jeux olympiques il y a plus de 15 ans et a été demie-finaliste de la dernière coupe du monde de football, mais ses 45 000 fonctionnaires ne parlent pas l’anglais ! S’il conçoit qu’un effort en la matière est nécessaire, le réalisateur critique l’engouement général qui telle une mode, soumet l’apprentissage de l’anglais à la réussite sociale ou amoureuse, comme le dit Moon-su : "quand je serai vraiment amoureux, je me déclarerai en anglais !". L’envahissement des logos et signalétiques anglo-saxons est dénoncé dans l’hallucination de Young-ju qui dans le bus, se demande ce qu’il y a de mal a être coréen et ne parler que le coréen.

Seong-su se moque ironiquement des jeunes (ainsi que des méthodes d’enseignement linguistique) qui sont capable d’ingurgiter un dictionnaire mais ne savent pas tenir une conversation basique. A l’image de l’héroïne qui arrache une page du dictionnaire pour l’avaler, comme si magiquement elle saurait prononcer les mots, les coréens sont atteints de folie et tous les sacrifices sont bons pour réussir. Mais si l’anglais est ici ressource comique et prétexte à des gags et quiproquos (Victoria devient Bacteria dans la bouche de la mère de Moon-su), c’est aussi le vecteur de communication et de réconciliation entre la mère de Moon-su et sa fille qu’elle a dû abandonner à l’adoption d’une famille américaine. Mais, fierté nationale et patriotisme obligent, c’est en coréen que les deux tourtereaux se confesseront finalement publiquement leur amour. Même si l’oeil attendrissant du réalisateur ne peux que constater la durable et imposante présence de l’anglais dans les premiers mots du bébé du nouveau couple.

Si la réussite de cette comédie repose en partie sur l’intelligence du traitement du thème de l’ "Anglais" comme ressort comique, la réalisation se met au service d’une débauche de gags visuels qui donnent au récit un côté cartoonesque et léger. Kim Seong-Su n’oublie pas ses références et l’on trouve quelques cascades et scènes d’actions fantaisistes. Les personnages sont parés de petites bulles qui signalent leurs pensées intimes, parfois épicées. Le caractère lunatique et fantaisiste de Young-ju est reflété par des séquences animées enfantines et autres "pop-up". Les tests d’anglais deviennent des parodies de Mortal Kombat. Bref, la production n’a pas lésiné sur les moyens pour séduire le public adolescent, exploitant intelligemment leurs codes. Du côté de la romance, rien de très original, le jeune Playboy associe l’amour à l’attirance physique alors que Young-ju ne rêve que d’être sauvée par le prince charmant ; la fin du film étant sans surprises. Si les personnages ont souvent un côté caricatural, c’est aussi pour montrer comment les coréens perçoivent les occidentaux.

Par ailleurs une tonalité dramatique, en la personne de la soeur adoptée et expatriée qui retrouve sa famille biologique, équilibre judicieusement l’humour slapstick du reste du récit. L’interprétation des deux protagonistes soutenant l’intensité et le rythme hyperactif de la narration. Lee Na-young (Young-ju) a des airs d’Audrey Tautou, avec les gros yeux en amandes et son sourire enfantin. Son interprétation brillante est appuyée par une variété d’expressions et de grimaces qui en font le personnage le plus attachant. On craque littéralement pour cette jolie frimousse ! Son partenaire, Jang Hyeok (Moon-su) n’est pas en reste. Jouant habilement l’autodérision, ses mimiques de Playboy et son accent au couteau lorsqu’il s’essaye à l’anglais, contrastant avec sa timidité sensible lors des pauses dramatiques.

Au delà de l’effort collectif démesuré pour la pratique de l’anglais, Please Teach Me English est aussi un film sur l’affirmation de soi et la reconnaissance de la différence. Sous ses traits fantasques et gauches, Young-ju affirme sa personnalité, rejetant la banalité et la monotonie de sa vie. Elle s’affirme aussi comme le portait d’une jeunesse coréenne affirmant son originalité. A l’image de My Sassy Girl (dont le remake est déjà prévu par le studio DreamWorks) ou My Tutor Friend, Please Teach Me English est une pierre de plus qui s’ajoute aux succès de la comédie romantique coréenne, qui a su se défaire des modèles occidentaux et s’imposer comme un genre à part entière.

Dimitri Ianni | 14.10.2004 | Corée du Sud

DVD Coréen | Starmax Co., Ltd. | NTSC - Zone 3 | Anamorphic Widescreen 1.85:1 | DD 5.1 Surround, DTS | Ce DVD contient des sous-titres coréens et anglais optionnels. Cette édition comporte 2 disques. Existe aussi en VCD chez Daekyung DVD.

Site Officiel : http://www.englishkiller.com

aka Yeongeo Wanjeon Jeongbok | Corée du Sud | 2003 | Un film de Kim Seong-Su | Avec Lee Na-Young, Jang Hyeok, Angela Kelly, Kim In-Mun, Na Mun-Hee, Kim Yeong-Ae, Choi Ju-Bong
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