Poetry
aka |Corée du Sud | 2010 | Un film de Lee Chang-dong | Avec Yoon Jung-hee, Kim Hira, Lee David​, Ahn Nae-sang, Kim Yong-taek
Poetry

Avec Mother puis Poetry, le cinéma coréen nous a offert en quelques mois deux beaux portraits de femme âgée. Elles sont toutes les deux confrontées aux dérives de leur descendance et ​ne peuvent compter que sur elles-mêmes, les institutions étant défaillantes, pour ne pas dire plus.​

Dame d’un certain âge, Mija élève seule son petit-fils, dont la mère travaille dans une autre ville. Elle joint les deux bouts en travaillant comme aide ménagère chez un homme âgé. Cette vie pas facile ne l’empêche pas de conserver son tempérament joyeux.​ Pendant son temps libre, elle suit des cours de poésie et fréquente des clubs de lecture. Sa vie tranquille dans sa ville de province est bouleversée lorsqu’elle apprend le suicide d’une jeune fille fréquentant le même lycée que son petit-fils. Elle s’est jetée d’un pont après avoir été violée par plusieurs lycéens, dont le petit fils de Mija. Les familles des autres coupables souhaitent étouffer l’affaire en payant une compensation à la famille de la victime.​ Un docteur lui apprend également qu’elle est atteinte de la maladie d’Alzheimer.

Si Mike Leigh construit ses films autour de personnages créés en collaboration avec ses acteurs, au cours d’un travail qui court sur plusieurs semaines, Lee Chan-dong a écrit Poetry en pensant à Yoon Jung-hee, fameuse actrice coréenne absente des écrans depuis plusieurs années [1]. En créant ce personnage, il est parvenu à donner au film, qui touche à des sujets pour le moins délicats, un improbable équilibre sans jamais sombrer dans les excès mélodramatiques.​

Comme conseil pour composer une poésie, le professeur de Mija l’incite à regarder une pomme, ce qu’elle a déjà fait des milliers de fois, mais d’un œil neuf. Il la pousse en fait à se débarrasser des œillères du quotidien pour saisir la beauté de la vie. Sa volonté de confectionner un poème pour la première fois de sa vie prend un relief particulier car la sienne commence à s’étioler. Les premiers symptômes de la maladie d’Alzheimer se font ressentir : elle oublie parfois certains mots de la vie de tous les jours.

Elle est la seule de son cours de poésie à en avoir composé une au bout du délai d’un mois fixé par le professeur. Comme si elle était la seule à posséder ce supplément d’humanité pour pouvoir écrire une poésie, c’est-à-dire découvrir la beauté derrière la banalité ou la noirceur du monde. Mais aussi pour prendre une décision moralement juste à propos de son petit-fils, aussi pénible fut-elle. Lee Chan-dong construit un personnage complexe, ancré dans la réalité et habité par des sentiments contradictoires. Il lui est aussi difficile d’écrire une poésie que de prendre cette décision au sujet de son petit-fils.​ Je regrette cependant une profusion de digressions qui émoussent les qualités du film.

Sous ses airs de ne pas y toucher, Poetry est une charge féroce contre les institutions coréennes. Enseignants, parents, police, médias : tous les piliers de la société manquent à leurs devoirs les plus essentiels. L’aide ne vient que de la marge comme de cet ancien policier de Séoul, éloigné en province pour avoir dénoncé la corruption au sein de ses services.

Kizushii, le 20.02.2011 | Corée du Sud

Poetry est disponible en DVD en France, ainsi qu’en Corée avec des sous-titres anglais.

[1] Elle vit à Paris, mariée au pianiste Paik Kun-woo.

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