Police contre Syndicat du Crime

Kinji et les yakusas...

1953, Kinji Fukasaku entre à la Toei, il a alors 23 ans. Six ans plus tard, Kinji réalise son premier film, Hakuchu No Buraikan (Du Rififi chez les truands /1961). Film quelque peu référencé, Hakuchu... reste un essai cinématographique très réussi. Cette réussite était loin d’être évidente car il fallait mêler casting international, huis-clos et action pure sans s’éloigner de son sujet de prédilection : les bouleversements sociaux et économiques dûs à la défaite de 1945 et de tout ce qui en découla (omniprésence et ingérence des forces alliées dans les affaires internes du pays, émancipation des yakusas, famine, misère et racisme...). Alternant polars, films de yakuzas, superproductions (Tora !, Virus), ou encore adaptations cinématographiques de séries telles que Satomi Hakkenden (voir article) ou Uchu kara no messeji (San Ku Kai), Fukasaku est un réalisateur que l’on pourrait qualifier de touche-à-tout, tant il pratique l’éclectisme scénaristique et réalistique. Fukasaku est aussi un réalisateur des plus prolifiques (près de 60 longs-métrages). Aussi, nous sommes en droit de nous poser cette question : Est-il ce réalisateur génial, qui a révolutionné à jamais le cinéma japonais des années 60/70, ou bien ce réalisateur opportuniste qui a dû attendre Battle Royale ( !!??) pour acquérir une reconnaissance hors frontières ? Mais ne nous attardons pas sur cette polémique à deux balles et attachons nous à ce nouvel opus du film de yakuza qu’est Kenkei Tai Sishiki Boryoku (Police contre syndicat du crime /1975).

L’inspecteur Kuno (Bunta Sugawara) est un policier qui, à l’image de ses collègues et supérieurs, ne rechigne pas à copiner et à se laisser corrompre par les yakuzas. Il a pour seul ami Ken Hirotani (Hiroki Matsukata) qui est, accessoirement, le chef de gang remplaçant du quartier. Tout irait pour le mieux, si le préfet de police local n’avait pas décidé de ne plus le soutenir et d’apporter son appui à son rival Kawade (Nobuo Kaneko). Grâce au soutien de son ami de toujours, Hirotani va pourtant remporter une affaire immobilière très juteuse, au nez et à la barbe de Kawade. Ce dernier mécontent, lâche ses "troupes" sur le gang d’Hirotani. Suite à ce nouveau bain de sang, les autorités vont constituer une brigade anti-corruption. Cette brigade anti-gangs est dirigée par le plus incorruptible des flics, Kadai (Tatsuo Umemiya). Parmi cette nouvelle élite de policier se trouve l’inspecteur Kuno et certains de ses collègues corrompus. Bizarre ? Pas tant que ça, car Kadai compte se servir de ces flics "pourris" pour éradiquer toute forme de corruption au sein de la police.

C’est l’immense Bunta Sugawara qui prête ses traits à l’inspecteur Kuno. Plusieurs fois mis à contribution par Kinji Fukasaku, dans Nihon Bôryokudan Kumicho (Le Caïd de Yokohama /1969), mais aussi dans Jingi Naki Takakai (Combat sans code d’honneur /1973) aux côtés des autres acteurs de Kenkei.... Mais Bunta Sugawara est surtout l’homme qui affronte Monsieur Kenji Sawada dans l’excellentissime Taiyo wo Nusunda Otoko (The Man who stole the sun /1979-voir article). Le meilleur ami de Kuno est interprété par un habitué des Fukasaku : Hiroki Mastukata. Parmi le casting, on retrouve également Tastuo Umemiya et Nobuo Kaneko, le fils de Takashi Shimura dans Ikiru [1] (Vivre /1952).

Il s’agit d’un film de yakuzas qui va à l’encontre totale des règles posées par Fukasaku lui-même, dans la série des Jingi Naki Takakai (Combat sans code d’honneur et Qui sera le boss à Hiroshima /1973, notamment). Kenkei... est un film diamétralement opposé car au lieu de dépeindre le quotidien d’un gang de yakuzas, Fukasaku a choisi, cette fois, de décortiquer entièrement les liens regroupant les flics, les mafieux, les politiques et les riches hommes d’affaires. Dans cet univers en quatre mouvements, la différence entre les protagonistes est infime. On ne sait plus qui est dans quel camp. Ainsi, l’inspecteur Kuno promet d’installer Hirotani à la tête du gang Ohara. Le préfet de police rejette Hirotani au profit de Kawade. L’incorruptible Kadai, se faisant fort d’une telle croisade, cherche plus à coincer les corrompus que les criminels qui les corrompent ; quitte à utiliser des méthodes de gangsters.

Véritable dissection, Kenkei Tai Soshiki Boryoku met aussi le doigt sur l’hypocrisie des politiciens qui ne réagissent qu’au moment d’un bain de sang entre deux bandes rivales. Politiciens qui soit dit en passant trempaient et continuent de tremper jusqu’au cou dans les magouilles de "l’underworld yakuzien".

Mais Kenkei Tai Soshiki Boryoku est surtout une formidable histoire d’amitié entre deux hommes qui n’auraient jamais dû se lier. Cette scène sublime où Hirotani vient avouer un meurtre à Kuno. Et ce dernier, au moment de le dénoncer, qui se ravise après l’avoir vu laver un bol de riz. Bon je sais cela peut paraître louche écrit comme ça, mais c’est terrible je vous assure. C’est aussi le point de départ dont Fukasaku se sert pour alimenter l’argument principal de son film : la seule différence entre les policiers et les criminels est au niveau des lois, du code d’honneur ; c’est la seule chose qui change.

Bref, c’est un film qui vaut beaucoup plus qu’un simple détour, entre Bakuto Gaijin Butai (Guerre des Gangs à Okinawa /1971) et Nihon Bôryokudan Kumicho (Le Caïd de Yokohama /1969).

Takeuchi | 18.02.2002 | Japon

Pas grand chose. On vous tient au courant...

[1Bah oui réalisé par... vous savez bien.

aka Kenkei Tai Soshiki Boryoku - State Police vs. Organized Crime - Cops vs. Thugs | Japon | 1975 | Un film de Kinji Fukasaku | Avec Bunta Sugawara, Hiroki Matsukata, Tatsuo Umemiya, Nobuo Kaneko
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