Porco Rosso

Porco Rosso est le premier film d’Hayao Miyazaki [1] que j’ai vu, l’ordre des choses voulait donc qu’il soit le premier film d’animation à passer par le filtre de ma plume. Beaucoup d’eau (tiède) a coulé sous les ponts (rouges puisqu’il s’agit de cinéma japonais) depuis cette époque et, malheureusement comme trop souvent, le souvenir de ma réaction initiale à cette œuvre s’est effacé avec le temps. Elle m’avait tout au moins suffisamment marqué pour je souhaite la revoir (et aussi récupérer sa magnifique affiche à la fin de son exploitation).

Porco Rosso vit seul sur une petite île de la mer adriatique et gagne sa vie en défendant la région des pirates qui attaquent des bateaux de croisière. Cet ancien pilote de l’armée italienne et être humain, s’est transformé en cochon au cours de la guerre. Il vit en retrait des humains sauf en soirée lorsqu’il rend visite à son amie d’enfance Gina, propriétaire d’un hôtel et chanteuse. Une nouvelle fois surclassés par ce très bon pilote d’hydravion, les pirates font appel à un jeune pilote américain qui possède un hydravion de combat très performant. Porco Rosso et cet Américain, Curtis, vont s’affronter à plusieurs reprises.

Les notes du Temps des cerises retentissent dès l’ouverture, imprégnant d’emblée le film dans un parfum de nostalgie. Ce thème musical est idéal pour le personnage de Porco Rosso, dont il résume l’état d’esprit et les convictions politiques. La chanson écrite par Jean-Baptiste Clément est traditionnellement associée à la Commune de Paris et plus largement aux partis de gauche. Les deux thèmes, nostalgie et politique, sont d’ailleurs liés, le fascisme en Italie et la crise de 1929 s’inscrivant en filigrane du film de Hayao Miyazaki.

Cette évolution politique et sociale semble aller contre les idéaux de l’aviateur. Le choix de la couleur rouge pour son hydravion n’est pas anodin et cela à plusieurs titres. Elle « claque » dans le ciel bleu de l’Adriatique d’un point de vue graphique, elle renvoie à la couleur de l’avion de l’as allemand de la première guerre mondiale, le baron von Richtofen, et possède une connotation politique évidente. Notre cochon volant ne fait d’ailleurs pas mystère de ses préférences politiques. Il vaut mieux être un porc volant qu’un fasciste, assène-t-il lors d’une course poursuite avec la police.

Mais plus profondément, il se sent coupable d’avoir survécu tandis que tant de ses amis n’ont pas eu cette chance. Ne vous méprenez pas, l’aspect mélancolique cède souvent le pas à des épisodes comiques, dont le moteur principal est l’affrontement entre Porco Rosso et les pirates. Le film est loin d’être neurasthénique.

Si Porco Rosso est le héros de ce film, les personnages les plus sensés sont deux femmes, Gina et Fio Piccolo. Donner des rôles prépondérants à des personnages de sexe féminin est l’une des constantes des films du maître de l’animation japonaise, et en particulier des jeunes héroïnes. Fio n’est âgée que de 17 ans mais elle est déjà un ingénieur aéronautique consommé et fait même penser à l’aviateur que tout n’est peut être pas foutu.

En termes d’animation, Hayao Miyazaki ne permet pas au spectateur de s’ennuyer, variant aussi souvent que possible les cadrages des dessins. Si les duels aériens se prêtent particulièrement à des prouesses d’animation, l’animateur japonais n’est pas dans la démonstration technique. Même si on peut voir à travers les duels entre Porco Rosso et l’Américain, une confrontation entre ce dessin animé venu d’Extrême-Orient et celui très dominateur et sûr de lui d’Hollywood. Le personnage de l’amerloque l’est aussi et est séduit par les sirènes de Tinseltown.

Le talent de l’animateur est une chose, mais c’est son imagination qui fait la différence. Ma scène préférée, en raison de l’émotion suscitée, est celle où Porco Rosso, croyant avoir été tué lors d’un combat aérien, voit ses camarades d’escadrille, dont son ami, rejoindre les autres pilotes tués au cours de la guerre, l’escadre de tous leurs avions formant un simulacre de voie lactée.

Kizushii | 31.10.2014 | Japon, Animation

[1Son premier film distribué en France, je crois.

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