Poseidon

Le Poseidon, paquebot de luxe immense lancé à l’affront du Dieu des océans, promène sereinement son équipage jusqu’au réveillon de fin d’année, en pleine mer. Alors que la fête bat son plein, une vague scélérate s’abat sur le navire, qui chavire en quelques minutes. L’équipage est réduit de beaucoup par la catastrophe. Parmi les survivants de cet échantillon de civilisation - où se cotoient millionaire suicidaire, ancien élu et pompier, arnaqueur, mère célibataire, jeunes tourteraux et autre passager clandestin au féminin - une poignée d’hommes et de femmes décident de tenter de rejoindre la surface en s’attaquant à la verticalité inversée de l’immense bateau, condamné à sombrer...

Le réalisateur Wolfgang Petersen, plus à l’aise en milieu aquatique que dans les sandales du Péplum, cloture avec cette nouvelle adaptation du roman de Paul Gallico, une triologie marine entamnée par Das Boot en 1981. Entre ces deux extrémités, l’injustement oublié En pleine tempête s’était affirmé en 2000, comme un portrait fantastique de l’insolence d’une poignée de marins. De ce film éprouvant, Poseidon conserve la vague scélérate, mur d’eau meurtrier qui avait déjà eu raison de George Clooney et de son équipage. Liant implicite entre les deux films, elle ne se fait pas désirer le temps d’un prologue humanisant, entrant en scène quinze minutes à peine après le début de la narration. Trois minutes et une claque visuelle plus tard, le Poseidon est détruit et la course contre la montre lancée.

C’est là l’étonnante réussite de ce film entièrement voué au divertissement spectaculaire. Alors que la première adaptation posait les bases d’un cinéma catastrophe qui allait au fil des années devenir avant tout humain, construit sur la longueur avec au moins un tiers d’introduction destiné au dessin d’individualités sur le point d’être transcendées, Poseidon purge le concept de toute humanité au profit de la seule catastrophe. Un concept que l’on retrouve jusque dans son titre, qui retire au livre comme à sa première adaptation, son "aventure". Les personnages principaux ici, n’étant pas tant les Hommes que le bateau et l’enfer qui s’y déchaîne.

Ce qui ne veut pas dire pour autant que Poseidon s’affranchit de toutes les règles du film catastrophe : les égoïstes trouvent dans l’évènement l’occasion de devenir des êtres meilleurs, les amoureux matière à s’exacerber, les héros déchus de quoi redorer leur blason. Leur parcours est juste réduit au minimum syndical nécessaire à la tenue de l’édifice, au maintien de la sympathie du spectateur. C’est là que la réussite de Poseidon est tout de même à double tranchant : à force de faire la part belle à l’image, grandiloquente dans sa mise en scène de forces ravageuses et dans son utilisation de décors immenses, le film prend le risque de distancier le spectateur des protagonistes. Mais Wolfgang Petersen, tenant la barre avec conscience, trouve le ton juste, limitrophe, pour empêcher le désintérêt - puisant tout de même pour cela dans les clichés de rigueur, fortement porteurs. La tension s’installe aisément et ne se relâche qu’au dernier instant, sans la moindre conclusion superflue.

Dans sa débauche visuelle - prouesse tellement maîtrisée qu’elle passe presque inaperçue, comme lors de ce plan séquence d’ouverture, mi-réel mi-virtuel, de deux minutes trente qui ouvre le film - Poseidon s’affirme paradoxalement comme une oeuvre dépouillée. Un film spectacle qui prend le risque de ne pas compter sur le facteur humain pour s’ancrer dans les mémoires. C’est là la seule teinte négative du projet : à force d’être immédiatement et violemment consommable, Poseidon court le risque, excusez la facilité, de sombrer rapidement dans l’oubli, en dépit de son indéniable force cinématographique.

Akatomy | 8.02.2008 | Hors-Asie

Sorti sur les écrans en 2006 dans un certain mépris, Poseidon est aujourd’hui disponible à bas prix en DVD, et mérite largement le rattrapage.

USA | 2006 | Un film de Wolfgang Petersen | Avec Kurt Russell, Josh Lucas, Jacinda Barrett, Richard Dreyfuss, Jimmy Bennett, Emmy Rossum, Mike Vogel, Mía Maestro, Andre Braugher, Stacy Ferguson, Kevin Dillon, Freddy Rodríguez
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