Préhistoire des partisans

L’insurrection qui n’est pas venue.

Ichi ni, ichi ni... [1] Dans la nuit, des étudiants japonais marchent au pas, armés de longs bâtons. Le ton martial du documentaire est donné dès les premières images. Rentrée universitaire de 1969 au Japon, les groupes étudiants d’extrême gauche se préparent à en découdre avec le gouvernement, qui a mis fin par la force à l’occupation de plusieurs universités. Les négociations entre le Premier ministre Sato et les Américains sur la restitution d’Okinawa, mais pas sur le démantèlement de leurs bases militaires [2], leur fournissent une bonne occasion pour relancer le mouvement. En outre, l’AMPO, le traité de sécurité et de coopération mutuelle entre le Japon et son vainqueur, doit être renouvelé dans les prochains mois. La gauche radicale était née du combat contre sa première mouture en 1960.

Plus de quarante ans après les faits, ce documentaire nous plonge littéralement au cœur des derniers spasmes de la révolte étudiante au Japon. Le mouvement se dirige vers sa fin, coupé de la population qu’il s’est aliénée par sa violence et étouffé par une répression policière accrue. Une violence que l’Armée rouge japonaise, créée à cette époque, portera à un autre niveau dans les années suivantes : la lutte armée.

L’essentiel du documentaire a été filmé à l’université de Kyoto, encore occupée. Dans la première partie, le réalisateur montre le quotidien des militants : le verbe et l’action. Leurs discussions de théorie politique et sur la direction à donner au mouvement nous semblent aujourd’hui absconses et datées. Lance de bois à la main, ils s’entraînent aussi sur le campus à charger la police avant de passer aux travaux pratiques. Les étudiants opèrent des coups d’éclat comme bloquer la circulation sur une avenue afin de pousser les CRS à l’affrontement. Ils auront entre temps préparé des cocktails Molotov, dont on apprend au passage la recette.

La dimension militaire de l’entreprise est particulièrement frappante. Les actions des étudiants s’inscrivent dans une optique quasi-insurrectionnelle. Un de leurs leaders dit clairement qu’il y aura un moment où ils ne pourront plus se perdre dans les palabres.

Ce documentaire a été pensé dans un but de propagande. Mais aussi, ce qui est plus étonnant, dans une optique d’illustration de la geste révolutionnaire. Le titre est révélateur, l’objectif du réalisateur du documentaire, Noriaki Tsuchimoto, était de montrer la préparation de la révolution. Il militait autant que les étudiants qu’il filmait, a expliqué Adriano Apra, figure majeure de la cinéphile italienne, à qui nous devons cette projection au Cinéma du réel.

La seconde partie du documentaire dresse un portrait flatteur d’Osamu Takika, leader du Zenkyoto à l’université de Kyoto [3]. L’aspect propagandiste devient encore plus évident. Osamu Takika est filmé pendant ses activités de militant, au travail - il est assistant professeur d’anglais, mais enseigne aussi dans une boîte à bachot - et enfin en compagnie de sa femme et de ses enfants. Noriaki Tsuchimoto le montre comme un homme ordinaire, très loin de l’image d’un féroce révolutionnaire, à un moment où le mouvement est coupé des masses sans lesquelles le changement de société rêvé ne verra pas le jour.

Or ces étudiants sont des intellectuels petit-bourgeois, comme le reconnaît l’un d’eux. Une expérience ouvrière manque à leur pedigree. Le portrait d’Osamu Takika et le documentaire s’achèvent justement sur une scène où le professeur travaille sur une mini-plateforme de forage. L’implantation d’étudiants parmi les ouvriers pour partager leur vie et les inciter à rejoindre la révolte est le Graal de cette époque.

Mais cette tentative échouera, comme celle des précurseurs russes du groupe des Tchaikovtsy [4], partis prêcher la bonne parole aux paysans dans les années 1870. Quitter leurs habits d’intellectuels pour revêtir celui des travailleurs ne sera pas non plus concluant en cette fin des années 60.

Le spectre de l’échec apparaît au détour d’un plan sous la forme de la photo du cadavre de Rosa Luxembourg. La photo est posée à plat sur une table à côté de son journal que lit Osamu Takika. L’écrasement de la révolution spartakiste de Berlin en janvier 1919 aboutira à son assassinat et à celui de Karl Liebknecht, avec qui elle avait fondé le Parti communiste d’Allemagne.

Kizushii | 20.04.2012 | Japon

Préhistoire des partisans a été projeté lors du Cinéma du réel 2012. Il sera également diffusé lors de Nippon Connection 2012, qui se déroule à Francfort du 2 au 6 mai.

[1(Une deux, une deux...)

[2Ce point est d’autant plus important à cette époque que ces bases sont utilisées par les B52 qui bombardent le Viet-Nam.

[3Rassemblement lâche de différentes factions du mouvement étudiant.

[4La Russie, 1613-1917 ; révoltes et mouvements révolutionnaires de Korine Amacher (Infolio).

aka Paruchizan zenshi - パルチザン前史
 | Japon | 1969 | Un film de Noriaki Tsuchimoto
Désir meurtrier
Mon deuxième frère
The Tenants Downstairs
Headshot
Désirs volés
The Bodyguard
Sinking of Japan
Legend of the Mountain
I Wish - nos voeux secrets
Barber’s Sorrow
Breathless
Dance with the Wind
Les fleurs de l’enfer
Yôkai hyaku monogatari
Company
Dil Se
Partho Sen Gupta
Heaven’s Soldiers
Cartel
Cai Shangjun
Sakuya : yôkaiden
Never Let Me Go
Claustrophobia
Give Them a Chance
Hebano
La Colline aux coquelicots
Love Undercover
The Red Awn
Nid de Guêpes
Man of the House