Princess Arete

La Princesse Arete vit enfermée dans un donjon ; un isolement qui, loin d’être de son propre fait (elle s’échappe d’ailleurs régulièrement en secret), est le résultat de la volonté de son père le Roi et de sa cour, de la protéger de la corruption des hommes, jusqu’à ce qu’elle soit en âge de prendre époux. Pour sélectionner les prétendants, le Roi envoie des chevaliers à la recherche de reliques magiques dispersées de par le monde, vestiges d’une époque révolue où les sorciers reignaient en maître sur la planète. Cette magie disparue est à l’origine du questionnement existentiel de la princesse : se pourrait-il réellement que ces talents, créés par l’homme pour l’homme, aient été oubliés, qu’il n’en reste rien ? Comment qualifier alors cette capacité de l’homme à œuvrer de ses mains pour façonner milles choses, améliorer son quotidien et celui de ses prochains ? Chacun d’entre nous - et par conséquent la jeune fille elle-même - ne possèderait-il pas un peu de magie ignorée au fond de lui-même ? Un jour, un sorcier du nom de Boax se présente à la cour et enchante la princesse qui, de jeune fille, devient une superbe jeune femme, cependant privée de volonté ; il obtient donc d’elle qu’elle l’épouse, et l’emmène dans son château où il vit accompagné de Grovel, un crapaud transformé en homme pour tromper son ennui, et de sa servante Ample. S’il a enlevé Arete, c’est parce qu’une prophétie prédit qu’une princesse homonyme marquera la fin de son immortalité. C’est ainsi que la jeune mariée se retrouve enfermée dans une tour, privée du monde extérieur, dans une région térassée par la sécheresse, mais surtout prisonnière de la magie de Boax, incapable d’exprimer ce qu’elle ressent réellement...

Princess Arete est un film à la fois simple et complexe, insaisissable et pourtant d’une immense cohérence. Intimiste au point d’en être introverti, il dévoile son objectif narratif par bribes, avec pour seule véritable trame le questionnement intérieur de son héroïne rendue inerte. Techniquement aussi, le film est insaisissable, intemporel : le réalisateur use de toutes les technologies contemporaines avec parcimonie pour créer, une fois le royaume derrière nous, un univers dépeuplé, d’une grande tristesse, propice à la lenteur contemplative et introspective de l’univers qu’il veut développer. Dans sa mélancolie solitaire, l’univers de Princess Arete renvoie un peu à celui, vidéoludique, d’Ico et de sa fausse suite, Shadow of the Colossus. Pour renforcer l’isolement de la princesse, Katabuchi abuse de plongées quasi-verticales, écrasant la petite fille dans des espaces sans contours. Les paysages et le calme qui les surplombe, trahissent une menace silencieuse autant qu’un espoir indicible ; les anomalies graphiques des décors expriment des mystères qui resteront, pour la plupart, non résolus.

Qu’importe, puisque la démarche de Sunao Katabuchi est toute autre ? Alors que beaucoup d’œuvres d’animations contemporaines multiplient les détails, les intrigues et les personnages, pour faire passer des messages simples sur le monde qui nous entoure, Katabuchi lui, restreint son univers au minimum nécessaire à la recherche des réponses qui se trouvent, non pas à l’extérieur, mais en nous. Et si le contact des autres est indispensable à la reconnaissance de soi, celle-ci passe avant toute chose par l’affirmation d’une identité, semblable à la connaissance d’un nom, telle que mise en avant dans Le Voyage de Chihiro de Miyazaki. Cette connaissance de sa propre identité ouvre la porte des rêves, en ce qu’elle permet l’affirmation d’aspirations qui sont autant de forces d’espoir et de vie : c’est là la magie qui traverse chaque être vivant, dans la mesure où il accepte de vivre non seulement pour lui-même, mais aussi pour les autres, dans un élan généreux, conscient et respecteux de son entourage.

Dans sa démarche, Princess Arete déroutera certainement plus d’un spectateur : l’intrigue n’est définie qu’au terme du métrage, et le film dénigre volontairement le potentiel spectaculaire et épique de son propre univers. Mais il est justement intéressant de voir un réalisateur se consacrer à ce point à faire rejaillir - au sens figuré comme au sens propre - le moi de l’héroïne sur la réalité de son univers, sa fertilité, ses possibilités retrouvées, et non de forcer les incidences circonstancielles d’un univers graphique sur son personnage. Comme si le destin d’un monde dépendait des rêves d’une petite fille, à même dans sa générosité, de mettre fin à la sécheresse comme de venir à bout des plus égoïste des tyrans. Princess Arete est un film à tiroirs, auto-suffisant, qui se résume tout entier dans sa plus fantastique trouvaille : une pierre qui, placée dans un récipient, fait couler éternellement de l’eau de celui-ci, proportionnellement à sa taille. Et la princesse de jouer au jeu des réservoirs-gigogne, pour faire renaître une mer entière... Chaque idée du film obéit à ce même principe, trouvant dans la précédente matière à grandir, afin d’en abreuver une nouvelle. Un parcours atypique mais ô combien enchanteur, dans un monde dont on ne sait s’il se situe avant ou après nous, mais qui résume avec une retenue merveilleuse (sublimée par la chanson de la chanteuse russe Origa, à qui l’on doit le subline générique de la série Ghost in the Shell : Stand Alone Complex) les préoccupations qui devraient être les nôtres, aujourd’hui comme demain. Et rappelle combien notre monde est dans les mains de nos enfants, son potentiel enfoui dans leurs rêves, aussi mineurs puissent-ils sembler.

Princess Arete a été diffusé au cours de la 28ème édition du Festival des 3 Continents (Nantes), dans le cadre du Focus Japon : Hommage au Studio 4°C.

aka Arîte Hime | Japon | 2001 | Un film de Sunao Katabuchi | Avec les voix de Houko Kuwashima, Takeshi Koyama, Minami Takayama, Yûsuke Numatan, Satomi Koorogi, Yûko Sasaki
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