Printemps dans une petite ville

Bien sûr, une fois de plus, c’est un remake... Mais cette fois-ci, il a l’avantage d’être réalisé par un metteur en scène de la même nationalité que l’original (comprendre : ce n’est pas le remake américain d’un film de n’importe où ailleurs dans le monde). Et ça doit permettre de garder un peu (beaucoup, j’espère) de l’esprit de l’original. Je dis "ça doit" parce que, malheureusement, je n’ai pas vu cet original. Il faut dire, aussi, qu’il a très longtemps été enfermé dans les archives chinoises, puisqu’il n’avait pas été considéré comme digne d’intérêt par les autorités au début de la Révolution culturelle de Mao Ze Dong. Qui, en-dehors des sinocinéphiles avertis, connaît Fei Mu, en France ?

Outre qu’il aura donc l’intérêt de susciter la curiosité des cinéphiles pas forcément "sinodoctes", le film de Tian Zhuangzhuang est un petit bijou : de photographie, de réalisation, de jeu d’acteurs (enfin, à part pour ce qui concerne le rôle de la jeune sœur, tenu par une actrice en surjeu total et constant), de scénario. Et pourtant, celui-ci est réduit au départ : dans une petite ville de province, dont les rues sont encore dévastées par le récent conflit avec le Japon (on est à la toute fin des années 1940), un homme d’une trentaine d’années se présente devant une maison encore belle, bien qu’abîmée. C’est Zhang Zhichen, ami d’enfance du maître de maison, Dai Liyan, qui se terre dans ses appartements, persuadé d’être atteint d’une grave maladie. La maîtresse de maison est aussitôt appelée pour accueillir le visiteur : le trouble est immédiatement visible. On comprend très vite que Zhang Zhichen et Yu Wen ont été très liés.

Sur cette base, de multiples développements auraient pu se greffer, d’une comédie tirant sur le marivaudage au drame le plus profond. Si c’est plus de ce côté-là que Tian emmène son histoire, il le fait dans des demi-teintes, des petites touches qui ne font jamais basculer complètement le film, mais parviennent à le maintenir toujours sur le fil, en tension. Certes, le personnage de Yu Wen est mis devant un choix cornélien (puisque son mari a la santé fragile, et qu’elle risque de le tuer en le quittant), mais le scénario lui permet finalement de ne pas avoir à prendre elle-même de décision, ou plutôt de se la voir dicter par la raison.

La raison qui forme les couples ! Il est en effet beaucoup question de mariages arrangés, de marieuses, d’âge auquel une jeune fille peut être demandée en mariage dans Printemps dans une petite ville, qui est donc aussi, en plus d’être une comédie dramatique de mœurs, une peinture des mêmes mœurs. Et puisque le réalisateur indique avoir modifié, dans sa version du film, les éléments qui risqueraient de ne plus être compris de nos jours, on peut en conclure que les mariages arrangés sont encore monnaie courante dans l’Empire du Milieu... Ils y sont du reste critiqués, puisque c’est un tel mariage (celui de Dai Liyan avec Yu Wen) qui constitue le nœud de l’histoire.

Assez disserté sur le fond du film, plus intrigant et profond qu’il n’y paraît : venons-en maintenant à la forme ! Tout est beau dans ce film : les décors (la demeure, somptueuse, dans laquelle se déroule 80% de l’action, a été construite par un membre du gouvernement... à la fin de la dynastie Ming, soit au 17ème siècle tout de même !), la photographie très soignée, la réalisation aux plans fluides, et les acteurs eux-mêmes, quoique puisse en dire le réalisateur, qui a justement voulu éviter que son actrice principale ne soit d’une beauté trop éblouissante (merci beaucoup pour elle !). Il y a une chaleur (les tons de la maison de bois), une lumière (celle du printemps naissant, très belle notamment dans les scènes de ballades sur le Mur), une rondeur, une douceur qui se dégagent constamment des plans qui à la fois vous emportent et vous apaisent.

Un très joli moment de cinéma chinois, dont je ne suis, habituellement, pas particulièrement client, mais qui m’a pour une fois enchanté en me faisant passer deux très belles heures. Comme quoi, les prix, dans les Festivals, des fois, ça veut quand même dire quelque chose : Printemps dans une petite ville avait remporté, en 2002, le prix San Marco du meilleur film au sein de la sélection "A contre courant" (l’équivalent du "Certain Regard" cannois) de la Mostra de Venise.

Lester D. Shapp | 10.01.2004 | Chine

Date de sortie en salles en France : le 21 janvier 2004.

aka Xiao cheng zhi chun | Chine / France | 2002 | Un film de Tian Zhuangzhuang | Avec Hu Jingfan , Wu Jun, Xin Baiqing , Ye Xiaokeng
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