Protégé

Trois ans et deux réalisations après One Nite in Mongkok, un des meilleurs films sortis des studios hongkongais ces dernières années, Derek Yee était attendu au tournant. Malheureusement, le réalisateur a raté le virage, sans doute en glissant sur une seringue. Protégé se voulait plus ambitieux que One Nite..., mais le résultat s’avère finalement mitigé.

Nick est inflitré depuis plusieurs années au sein d’un réseau de trafiquants d’héroïne. Son boss Lin Quin, malade des reins, est tellement satisfait de son travail en tant que responsable du transport qu’il s’apprête à lui passer le relais. Nick préférerait faire tomber le réseau, mais son supérieur dans la police souhaite obtenir de l’avancement. Et pour cela, le fournisseur doit également tomber dans le filet. Nick poursuit donc son travail de taupe et de trafiquant tout en se liant avec la jeune et séduisante femme qui habite dans l’appartement d’en face avec sa petite fille. Il s’agit d’une junkie qui préfère acheter de la dope plutôt que de la nourriture pour sa fille.

On sera grè à Derek Yee de continuer à travailler dans une veine réaliste. En ce sens, Protégé s’inscrit dans la lignée de son illustre prédécesseur. Le spectateur qui viendra pour l’épate en sortira fort marri : pas de gunfight, pas d’agent quadruple. Le réalisateur hongkongais conduit le spectateur au sein de la filière de la drogue, de sa production dans le triangle d’or à la frontière thailando-birmance à sa livraison dans les quartiers de Hong Kong. Dommage que Nick, trafiquant depuis des années, semble le découvrir en même temps que le spectateur ! Il est pourtant sur le point d’être nommé vizir à la place du vizir. Et ce n’est pas la seule incohérence qui plombe le film. On se demande également pourquoi, un homme dans sa position habite dans un immeuble si vétuste ?

Le réalisateur accorde aussi la priorité aux personnages, mais la réussite n’est pas au rendez-vous. Le principal problème, à mes yeux, réside dans la relation entre Nick et la junkie, que je trouve trop didactique, trop moralisatrice. Oui, l’héroïne est un poison, nul besoin de grossir le trait. En outre, des pistes sont parfois évoquées pour ne plus réapparaître. Nick aurait ainsi une petite amie enceinte, ce que le spectateur apprend au détour d’une conversation entre deux portes, puis mystère...

Mon jugement par rapport au film pourra paraître sévère, mais cette sévérité est relative à mon attachement à One Nite in Mongkok, qui est tout simplement l’un de mes films favoris de ces dernières années. Le film comporte quand même de bonnes idées, comme la scène où le seigneur de la guerre thaï et de Quin, interprété par un Andrew Lau en grande forme, analysent le marché de l’héroïne sur la base de documents de l’ONU !

J’aurais pu avoir plus d’indulgence pour Protégé sans la scène finale. Je n’en dévoilerais le contenu, mais elle intervient à contre-courant total de toute la trajectoire de Nick. Elle tombe comme un cheveux sur la soupe. Derek Yee n’a sans doute pas pu resister à la belle image du geste de la fillette.

Reste une dernière question sans réponse : pourquoi les boss de Hong Kong aiment-ils autant pêcher ?

Kizushii | 1er.10.2007 | Hong Kong

Protégé est disponible dans une édition double DVD chez Deltamac. Le film est présenté dans une belle copie sur le premier, tandis que les suppléments remplissent le second.

aka Men Tu | Hong Kong | 2007 | Un film de Derek Yee | Avec Daniel Wu, Andy Lau, Zhan Jing Chu, Anita Yuen, Louis Koo, Derek Yee
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