Public Enemy

Ce qui est vraiment agréable, avec le Cinéma, c’est qu’il nous offre une floppée de petits et grands plaisirs, adaptés aux goûts de chacun : pour certains ça sera uniquement la réalisation, pour d’autres le montage et les effets visuels. D’aucuns s’émerveilleront sur les costumes et les décors tandis leurs compagnons ne s’émouvront finalement que de l’évolution des sentiments des protagonistes...
Et puis, pour les autres - pour la plupart, d’ailleurs, puisque sans ça rien n’est possible - ce sera le jeu des acteurs. Car Dieu que c’est bon quand ça joue pour de vrai ! Masayuki Mori et Toshirô Mifune dans L’idiot d’Akira Kurosawa (Hakuchi - 1951) ; Paul Newman et Robert Redford dans L’arnaque de George Roy Hill (The Sting - 1973) ; Kevin Spacey, Guy Pearce et Russell Crowe dans LA Confidential (Curtis Hanson - 1997)... Les exemples sont légion, d’acteurs et d’actrices qui emmènent le spectateur à la jubilation totale en l’espace de quelques scènes, de quelques dialogues. En Corée du Sud, pour nous qui découvrons le cinéma du Pays du Matin Calme, des noms tels que Ahn Seong-Gi, Choi Min-Sik, Han Seok-Gyu, Shim Eun-Ha ou encore Park Jung-Hun sont devenus synonymes d’un tel plaisir. Jusqu’à la vision tout d’abord de Peppermint Candy (Lee Chang-Dong - 2000), et désormais de Public Enemy, dans lesquels s’illustre le phénoménal Seol Gyeong-Gu.

Public Enemy est la dernière réalisation en date de Kang Wu-Seok ; directeur d’acteurs s’il en est puisqu’il a travaillé de nombreuses fois, justement, avec Ahn Seong-Gi (Who Saw the Dragon’s Toenails ?, Love Song at 19, Bedroom and Courtroom) et Park Jung-Hun (How to Top My Wife, Two Cops 2), et qu’il a même réuni les deux acteurs dans le premier film de la série Two Cops, 6 ans avant leur confrontation de Nowhere to Hide (Sur la trace du serpent). Un registre principalement comique pour le réalisateur, qui s’étend aujourd’hui à la fresque policière avec ce Public Enemy, qui suit le parcours chaotique de Chul-Jung, un flic corrompu confronté à l’apparition soudaine d’une responsabilité morale...

Le film s’ouvre sur une présentation du travail de policier dans tout ce qu’il a de plus honorable : la protection du public au risque de sa vie. Rapidement, notre narrateur - nul autre que Chul-Jung - nous annonce qu’il ne fait pas partie de ces illustres représentants de l’ordre. Comme pour confirmer ses dires, on retrouve notre héros en voiture, en compagnie de son partenaire, après un raid chez des dealers de drogue qui a viré à la baston généralisée. Le partenaire reçoit un coup de fil annonçant le début d’une enquête de la Police des Polices sur leur unité. Effrayé, et très certainement écrasé par le poids de ses infractions, l’homme se suicide pendant que Chul-Jung répond à l’appel de la nature... Dés lors, la routine de corruption et de laisser-aller de Chul-Jung est perturbée par l’attention de ses supérieurs, bien décidés à le remettre dans le droit chemin.
Pendant ce temps là, on découvre les activités de Gyu-Hwan (Lee Seong-Jae), un business-man très "Korean Psycho". Facilement irritable, le multi-millionaire n’hésite pas à punir sévèrement quiconque le contrarie. Sauf que, cette fois, c’est au tour de son père. Ce dernier désire en effet récupérer près de 2 milliards de Won qu’il a prétés à son fils pour un placement financier, afin de pouvoir sauver un orphelinat de la faillite. Pour Gyu-Hwan, ces deux milliards représentent près de 10 fois la somme d’origine, maintenant que la société sur laquelle il a misé l’argent s’apprête à rentrer en Bourse... Gyu-Hwan assassine donc violemment ses parents.
Le destin veut que le même soir, non loin de là, l’unité de Chul-Jung soit en train d’enquêter sur une affaire non-classée vieille de plusieurs années. Tandis que Chul-Jung se voit contraint de faire la grosse commission dans la rue, sous la pluie, il est bousculé par Gyu-Hwan, dissimulé sous un ciré de pêcheur. Fortement irritable, Chul-Jung poursuit le maladroit, qui lui balance un coup de couteau au visage. Ce geste d’apparence anodin marquera le début d’une confrontation impitoyable entre les deux hommes, aussi bien dans le cadre de la loi, que dans le cadre de la haine pure et dure...

Public Enemy n’est pas vraiment un drame, ni une comédie, ni un film d’action. C’est simplement un film policier dans le sens lambda du terme : une fresque sur la vie d’un flic en particulier. La narration est rythmée par les différents objectifs que le personnage de Chul-Jung s’attribue (ou se voit attribuer), plus que par les agissements "criminels" de Gyu-Hwan. Plus le film avance, plus ceux-ci deviennent "personnels", jusqu’au jour où Chul-Jung se positionne, une fois pour toute, en défenseur de l’ordre. Le film ne présente donc pas véritablement l’habituel jeu du chat et de la souris, mais plus une chasses, rythmée par les prises de conscience violentes de Chul-Jung.
Luttant seul contre tous pour prouver la culpabilité d’un homme dont tout le monde clame l’innocence, Chul-Jung fait écho au personnage inteprété par Park Jung-Hun dans Nowhere to Hide : un flic brutal, sans foi ni loi, et surtout acharné à tel point que ça en devient effrayant. Seol Gyeong-Gu donne à ce personnage une consistance démentielle en multipliant ses facettes, en alternant une nonchalance abusée avec ces crises d’hystérie qui lui avait déjà valu d’impressioner le public dans Peppermint Candy. Plus paumé encore que son personnage militaire dans le film sus-cité, Chul-Jung lui permet de nous faire peur, de nous faire rire, de nous faire réfléchir sur la difficulté de faire le travail de flic avec intelligence.
Face à lui, Lee Seong-Jae se la joue comme toujours mi-ange mi-démon, avec toutefois un caractère nettement plus hardcore qu’à l’habitude. Véritable Patrick Bateman du cinéma coréen (il suffit de voir sa présentation, qui poursuit une séance de mastrubation énergique sous la douche avec un câlin mielleux avec son fils et sa femme), le personnage de Gyu-Hwan est un peu l’alter-ego de Chul-Jung. C’est l’ennemi qui va justifier le caractère psychotique du redresseur de tort, légitimer l’utilisation de ses méthodes souvent illégales pour faire de notre protagoniste un véritable (super-)héros du 21ème siècle : pervers, violent, torturé, mais juste.

Tout au long des 138 minutes du film, Kang Wu-Seok prend son temps pour faire évoluer son personnage, affirmer la ligne subtile entre l’ordre et le désordre, dresser le portrait d’un homme / chaos aussi juste que justifié - et laisser l’incroyable talent de son acteur principal s’étaler aux yeux de tous. Rien que pour ça, Public Enemy mérite de rentrer au Panthéon de ces grands films "classiques", transcendés par une interprétation jusqu’au-boutiste. Impressionnant !

Akatomy | 7.07.2002 | Corée du Sud

Public Enemy est disponible en double DVD coréen zone 3 chez Bitwin / Cinema Service.
Copie 2.35:1 anamorphique sans le moindre défaut, 5.1 approprié, quelques erreurs de sous-titrage.
Sur le deuxième DVD, une floppée de suppléments non sous-titrés : documentaires, interviews, scènes coupées, music video, trailer et j’en passe, ainsi que les excellents trailers de Volcano High et No Blood No Tears...

Corée du Sud | 2002 | Un film de Kang Wu-Seok | Avec Seol Gyeong-Gu, Lee Seong-Jae, Kang Shin-Il
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