Red to Kill

Crossing the line.

Le jour où son père décède, Ming-Ming (Lily Chung), handicapée mentale, se retrouve prise en charge par les services sociaux. Recueillie dans un institut spécialisé avec ses trois « frères » – autant de poissons rouges -, Ming-Ming partage alors sa vie entre le travail sous la supervision du bienveillant Chan (Ben Ng) et l’apprentissage fantasmé de la danse auprès de l’assistante sociale en charge de son cas, sœur de cœur interprétée par Money Lo. L’institut, situé dans un immeuble d’habitations, suscite la colère de ses locataires, qui accusent les handicapés d’être à l’origine de toutes les perversions qui menacent ses couloirs. Car un violeur, et assassin, rôde dans ces murs, chacun de ses crimes déclenché par la vue des habits rouges de ses victimes ; stimulus hérité d’un traumatisme infantile justifiant la terrible schizophrénie de Chan, bientôt employée à briser, physiquement et psychologiquement, notre fragile héroïne…

Le néophyte aurait presque pu imaginer, en lisant les premières lignes du paragraphe ci-dessus, Red to Kill en tableau social dévoué à la différence et l’insertion ; quiconque connaît Billy Tang (Run and Kill) toutefois, ainsi que Lily Chung et Money Lo (toutes deux au générique de Daughter of Darkness notamment), savent que les voir œuvrer de concert dans un film de Category III des années 90, pitchant simultanément handicap, assistance social et viol, a de quoi faire frémir. A juste titre.

Red to Kill – titre à la grammaire inexplicable et pourtant étonnamment compréhensible – affiche la couleur d’emblée. Dans son introduction, un viol esthétisant - aux cadrages élaborés qui se plaisent à dessiner un agresseur anonyme, tout en musculature et nervosité, dont les postures résonnent visuellement avec l’architecture des lieux - côtoie la présentation contextuelle de l’assistante incarnée par Money Lo, dépêchée sur les lieux d’un incident (une mère menace de se suicider avec son fils attardé qu’elle ne supporte plus) qui dégénère en drame sanglant. Alors que cette violence s’étiole, le temps de rencontrer Ming-Ming et de basculer dans le portrait presque généreux de bon nombre de différences, la prise de conscience de l’unité de lieu du film fait planer la menace du crime sexuel sur la condition, exprimée principalement en naïveté, de son héroïne inhabituelle. Billy Tang ne va tout de même pas mettre en scène l’abus cinégénique d’une handicapée, par un homme en charge de sa réhabilitation, si ?

Et bien si. Sans rechigner, le réalisateur expose Lily Chang, littéralement, à la violence du monstre incarné par un Ben Ng, en lycra et roue libre, à faire passer Anthony Wong pour un boy scout. Nue, inconsciente, l’actrice offre sa vulnérabilité à la caméra avec une insolence dont seuls les meilleurs (ou les pires, c’est selon) Category III savent faire preuve. Pire encore, le réveil de Ming-Ming à la réalité de son statut de victime, à l’issue d’un viol que Chan n’a pu se résoudre à transformer en meurtre – par affection, figurez-vous – confronte étalage exploit’ et force émotionnelle réelle, alors que la jeune femme essaye de nettoyer ses parties intimes, d’abord au savon… puis à la lame de rasoir. L’ambiguïté de la crème des Cat III est alors à son comble, à la manière d’un Untold Story, les compétences bien réelles, techniques et d’acteurs, en décalage complet avec l’odieuse manipulation, opportuniste et complaisante, d’un érotisme forcément coupable, répréhensible.

Un procès biaisé et inhumain, en sa défaveur, achève de victimiser définitivement Ming-Ming, et offre à Money Lo le rôle de la prédatrice vengeresse, intégralement versée, de la culotte au bout des ongles, dans le rouge provocateur pour faire tomber Chan. Engaillardi par notre propre culpabilité de spectateurs déviants, Billy Tang, après lui avoir offert le luxe de la justification, familiale et sordide, a alors le terrain libre pour faire payer ses frasques immondes à Ben Ng, et s’imposer durablement à toute cinéphilie marginale. Non sans égratigner encore un peu ses deux figures féminines, bien évidemment, le temps d’une escalade sanguinolente impressionnante et enragée, à coups d’yeux crevés, de poitrine percée de néons, de découpage facial à la scie circulaire. Aïe.

J’en vois d’ici qui vont s’offusquer de mon appréciation ; pourtant, pour qui aime le cinéma extrême, Red to Kill est une collision remarquable entre l’insulte et le talent, le mauvais goût et un raffinement presque giallesque ; la beauté de ses éclairages et de sa mise en scène, la force de ses interprétations habitées, exploitées pour franchir toute ligne de décence et satisfaire des instincts que l’on ferait certes peut-être mieux d’ignorer. Red to Kill, odieux, honteux et fantastique – et donc réservé à des amateurs qui se reconnaîtront - est un peu la quintessence de l’exploitation HK, telle que glorifiée dans l’âge d’or de la classification Cat III au siècle dernier, fourre-tout ultra-permissif, royaume du grand écart cinématographique, sans véritable équivalent ailleurs dans le monde. C’est grave si je vous dis que de tels films me manquent ?

Akatomy | 28.04.2012 | Hong Kong, Category III

Un temps disponible en VC et DVD chez Universe à Hong Kong, Red to Kill a même connu les honneurs d’une édition DVD française chez Metropolitan, depuis longtemps retirée.

Hong Kong | 1994 | Un film de Billy Tang Hin-Sing | Avec Lily Chung Suk-Wai, Ben Ng Ngai-Cheung, Money Lo Man-Yi, Bat Leung-Gum
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