Revenge : A Love Story

Après l’incroyable Dream Home, la société 852 Films co-fondée par Josie Ho produit en 2010 un second Category III pas piqué des hanetons. Revenge : A Love Story, entité cinématographique hybride réalisée par le très inégal Wong Ching-Po (Jiang Hu, Mob Sister), qui s’ouvre sur l’assassinat de deux femmes enceintes et la traque de leur assassin, navigue entre prétention cryptique et exploitation hardcore, confronte philosophie pseudo-religieuse, amour simplet, infanticide pré-natal et abus de jeune femme porteuse de handicap mental... Le tout dans un motif de violence cyclique ultra-nihiliste, puisant son inspiration de mise en scène, non pas dans le Se7en de Fincher comme aiment le prétendre les services marketings occidentaux, mais dans le documentaire animalier. Cela vous semble incongru ? Et si je vous dis en plus, que Revenge : A Love Story ressort de tout ça en s’affirmant remarquable ?

Sa schizophrénie, Revenge : A Love Story l’affiche d’emblée avec ses cartons titres, qui égrènent d’obscures noms de chapitres à rallonge, plus bavards que ses images et pourtant moins saisissables. Car avec ses scènes de crime initiales, mêlant plein écran tripes de femmes enceintes et fœtus arrachés, Wong Ching-Po clame haut et fort ses intentions d’exploitation borderline, confortées par la présence à l’écran, hautement déplacée, de l’actrice japonaise Sora Aoi dans la peau d’une jeune femme handicapée dont s’est éprise le serial killer (Juno Mak) dévoilé dans ces premiers instants. Avant même que Revenge : A Love Story dénoue sa trame détestable et place rétroactivement ses protagonistes simplets en bien sordide posture, la seule présence de l’actrice, que l’on pouvait voir la même année à l’affiche du Big Tits Zombie de Takao Nakano et que l’on sait (et apprécie) peu farouche, suffit à faire disparaître toute illusion de discours sérieux.

Pour autant, fort d’un aplomb déconcertant, Wong Ching-Po conserve sa posture, vraie-fausse droiture intellectuelle au service d’un rape/revenge sauvage, tout au long du film, allant même jusqu’à oser un dernier acte à la symbolique noire et blanche grossière, à peine crédible. Justifiant à rebours la barbarie de son « héros », le réalisateur ne construit en réalité aucun discours, n’élabore aucune théorie mais s’amuse, à grand renfort de sentences bibliques et citations pompeuses, à faire croire que si, que vous ne l’avez juste pas comprise. Il n’est même pas certain que l’édifice soit très cohérent ou ne serait-ce qu’honnête. Le premier interrogatoire de Juno Mak par des flics pervers et amateurs de punaises, ne laisse par exemple transparaître aucun lien entre les protagonistes, et le viol collectif de Sora Aoi, méprise pour une prostituée désireuse de voler sa clientèle policière, apparaît d’emblée malhonnête, puisque forcément injustifiable. Wong Ching-Po nous trompe mais s’assume, fort d’une image léchée et froide, et de séquences saisissantes - de rage, de violence, de jusqu’au-boutisme meurtrier. Bref, Revenge : A Love Story a tout du film hypocrite.

Et c’est justement là ce qui fait sa force. Wong Ching-Po abuse le spectateur, certes, mais c’est pour mieux nous rappeler que l’on ne saurait intellectualiser l’instinct animal, lui appliquer justification réfléchie ou manichéisme. L’un des premiers ralentis du film, montrant un flic pourchassant Junko Mak, quittant la route pour de hautes herbes, peut passer pour un simple plaisir de mise en scène, à la Guy Ritchie époque Snatch ; la récurrence du dispositif, ainsi que son ultime incarnation (bruitages compris) sous les traits d’une meute d’enfants, permet toutefois de comprendre l’allégorie bestiale. Flics, victimes, tour à tour chasseurs et proies ; les protagonistes de Revenge : A Love Story obéissent à des pulsions animales que le réalisateur se complait à susciter et souligner. De possession, d’attaque, de défense, de survie... Sora Aoi fait preuve d’une très improbable, vilaine et masochiste intelligence, au cœur de l’ensemble, pour innocenter son protecteur, étincelle/twist qui contredit un peu cette bestialité, mais on la pardonne aisément à Wong Ching-Po, tant elle contribue à ancrer le film, merveille d’obstination éhontée, dans cette zone de non-droit hypocrite et opportuniste qu’est la Category III. Car n’oublions pas que c’est un autre instinct bestial que le réalisateur satisfait in fine : celui des spectateurs déviants que nous sommes !

Akatomy | 7.01.2014 | Hong Kong, Category III

Étonnamment, Revenge : A Love Story, forcément disponible en Asie, est sorti en France en DVD (chez Filmedia, le 10 octobre 2012).

aka 復仇者之死 | Hong Kong | 2010 | Un film de Wong Ching-Po | Avec Juno Mak Chun-Lung, Sora Aoi, Lau Wing, Chin Siu-Ho, Tony Ho Wah-Chiu
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