Rikidozan

« Tu es maître ou esclave...

Kim est un émigré coréen qui ne poursuit qu’un seul but : celui de devenir « yokozuna », le plus haut niveau que l’on puisse atteindre en pratiquant le sumo. Ainsi, malgré les brimades de ses collègues, et plus particulièrement celles d’un virulent rival, le jeune Kim reste dévoué à sa passion. Le souvenir de sa mère et sa rencontre avec Aya, jeune maïko, pendant un bombardement, le pousseront encore plus à se dépasser. Mais voilà qu’à nouveau ses origines l’empêchent d’accéder à son rêve, et ses mêmes origines le remettront quoi qu’il arrive à sa place, tant qu’il ne trouvera pas un protecteur qui le prendra sous son aile. C’est alors qu’un jour il rencontre le principal mécène de la région : Kano. Suite à un habile stratagème, il parvient à obtenir une entrevue avec ce dernier, et dès cet instant il devra prendre le nom de Rikidozan et deviendra un sumo à part entière et fera d’Aya sa femme.

...tu commandes ou tu obéis...

Et pourtant, malgré le changement de nom, la protection de Kano, sa complète dévotion pour ce sport, les hautes instances de la fédération lui tiennent la bride serrée, clamant officiellement que son comportement est indigne d’un lutteur, et pensant officieusement qu’un ressortissant coréen ne doit pas devenir Yokozuna. Comprenant cela, Rikidozan tranche sa natte de sumotori et expédie ces vendus de la fédération au diable.

C’est alors qu’un soir de débauche, dans un bar, il fait la connaissance d’un catcheur étranger qui lui donne rendez-vous sur un ring d’entraînement. Là il se prendra une déculottée grandiose et aura l’illumination : apprendre le catch et l’introduire au Japon et bien entendu surclasser tout les lutteurs qui y participeront. Aussi, une fois de plus, il demande assistance à Kano et parvient à convaincre sa femme qu’il doit partir aux Etats-Unis pour maîtriser cette porte de sortie... d’une nouvelle entrée.

...tu perds ou tu triomphes...

De l’autre côté du Pacifique, il deviendra bien vite un combattant admirable et aura le surnom de Tigre du Japon. Auréolé de belles victoires, il revient après plusieurs années et décide d’organiser les premiers combats, toujours avec l’aide de Kano. Bien vite, l’engouement du public pour ce sport nouveau, violent, spectaculaire et violent, prend le pas sur tous les autres sports, y compris l’ancestral sumo. Les spectateurs découvrent en même temps que cette activité, où se mêlent une agressivité et une animosité sans précédent dans l’histoire, un nouveau héros « japonais » : Rikidozan.

...tu es l’enclume ou le marteau... » Goethe.

Ce dernier, ayant saisi la portée considérable d’une telle renommée, ne tarde pas à transformer sa vie en un plan de carrière royal où seule sa personne comptera. Ses exhibitions triompheront, elles seront à guichet fermé, l’audience télé des affrontements explosera, et même les héritiers de l’Empire auront un aperçu privé du catch. Mais toute médaille possède son revers et celui de Rikidozan commence à prendre des dimensions hallucinantes ainsi que des proportions destructrices...

Adaptation en trois mouvements de la vie pleine de fougue du lutteur Rikidozan, qui relança la télévision nippone en organisant des matchs crossovers entre lui et des judokas, ou même des sumos. Rikidozan restera un héros incontesté et un catcheur exceptionnel pendant plus d’une décennie, sera un formidable déclencheur de vocations pour des générations, et son caractère de combattant acharné restera dans les mémoires pour des décennies. Il est à noter que Rikidozan fera des brèves apparitions dans deux films : Yagate aozara (1955) de Motoyoshi Oda et Otsukisama ni wa warui kedo de Kiyoshi Horiike (1954). Dernière chose, Rikidozan n’avouera jamais publiquement ses origines.

Le film de Song Hae-Seong oscille tantôt dans le romanesque, tantôt dans l’hagiographie, et tantôt dans le témoignage sincère. Les rapports qu’entretient Rikidozan avec sa femme, Aya, restent anecdotiques et peu crédibles, tant les préoccupations du lutteur sont reportées d’une part sur d’autres femmes et d’autre part sur ses aventures « ringesques ». La façon dont Riki se procure les faveurs et la main d’Aya ne laisse présager que des rapports conflictuels parsemés d’incompatibilité de caractères, d’incompréhension et de non-communication. Ainsi le personnage d’Aya devient comme son rôle, insignifiant. Dommage pour Riki, dommage pour eux, dommage pour nous.

Mais ce qui nous préoccupe le plus, en ce qui concerne le personnage de Rikidozan, c’est son caractère entier, à la limite de l’imbécillité. L’homme a pris pour habitude de ne compter que sur lui même, pourtant dans un effort stratégique incroyable, il parvient à obtenir le protectorat de Kano, et de ce fait la main d’Aya, le budget nécessaire pour devenir un sumo accompli, un nom et des droits. Mais ce stratège pourtant assez fin, ne peut réfréner sa rage de querelleur et ce en dépit du bon sens. Mais qu’est-ce qui le pousse à agir de la sorte ? Les années de brimades qu’il a dû endurer en tant qu’expatrié coréen lui sont sans doute restées en travers de la gorge, et le trop plein de frustrations n’a de cesse de se déverser sur l’entourage du catcheur. Les succès télévisés de ces combats, la création d’une fédération nationale de catch, l’intérêt que lui porte la famille de l’Empereur, la reconnaissance du public et tous les honneurs qui lui échoient, ainsi que son statut de héros national... rien y fait, l’homme a l’esprit harcelé par la plus grande des bêtises. Peu à peu Rikidozan deviendra paranoïaque à souhait, alcoolique et drogué aux fortifiants, homme à femmes, imbus de sa personne et malgré son adoption sans partage par le peuple japonais, il se refusera à avouer qu’il est coréen, car quoiqu’il soit, Rikidozan a peur. Peur de tout perdre, sa femme, sa vie, son envie de combattre. Et c’est justement cette peur qui rend cet homme attachant. Cet homme a l’imbécillité affligeante, qui récusera tout simplement la vie qu’il aurait pu connaître.

En fait le caractère de Rikidozan oscillera entre le louable, car il refusera d’être un pantin et forgera de ses mains un caractère, une carrière, une vie, et le pitoyable car son destin pourtant ahurissant n’apaisera jamais ni son courroux, ni sa fureur de vivre. Rikidozan n’est plus, Longue vie à Rikidozan !!!

Le 7ème Festival du Film Asiatique de Deauville a clairement mis l’accent sur le Japon vu par la Corée, ou plutôt les destins de ressortissants coréens qui ont connu une émigration difficile et une insertion des plus compliquée. Ainsi aux côtés de Rikidozan, nous avons eu le plaisir de découvrir le décevant Fighter in the Wind et le très attendu Chi to Hone (Blood and Bones) de Yoichi Sai.

Ecrit et réalisé par Song Hae-Seong, que Deauville connaît bien puisque son film précédent, Failan, a raflé la plupart des prix voilà déjà 2 ans, Rikidozan est tout d’abord une bien belle performance d’acteur puisque le lutteur est ici incarné par Sol Kyung-Gu. Après avoir tenu le rôle principal de Peppermint Candy, Sol erra du côté d’un Gingko Bed 2, qui n’a pas grand chose à voir avec le premier volet. Quelques temps plus tard il sera exceptionnel dans Public Enemy et monumental dans le très bruyant Sil Mi Do avec Ahn Seong-Gi.

Outre sa carrière de chanteuse à succès, la belle Miki Nakatani est apparue dans Ring et Ring 2, Chaos de Nakata (clairement sa meilleure réalisation !!), Rasen (The Spiral) et dans de très nombreux « drama » : Ai to seishunno Takarazuka, Eien no ko (2000), Otousan (2002), Renai Hensachi (2002), R-17, Manatsu no Merry Christmas, Koi suru Top Lady ; sans oublier Keizoku, en série et en film bien entendu et quelle douche !! Sa plus récente apparition sur le grand écran est dans le Mibu gishi den de Yojiro Takita (When the Last Sword is Drawn).

Allez je vous parle de sa musique. Les débuts de Mademoiselle Nakatani commencèrent avec deux singles, Mind Circus et quelques mois plus tard Suna no Kajitsu. Après trois trop petits albums qui répondent aux doux noms de Syokumotsu Rensa (1996/10 titres), Cure (9+1 dixième titre sans le piano qui apparaissait dans la précédente plage), et Vague (8 titres), tous deux datant de 1997, il faudra attendre 1998 et l’album Absolute Value qui comprenait à nouveau des titres dont les compositions de Ryuichi Sakamoto nous enduisent de bonheur à chaque note. En 2000 et 2001 Miki Nakatani sort deux singles, Kowareta Kokoro et Air Pocket, puis la fin de l’année marque l’arrivée de MIKI dans les bacs de tous les bons disquaires. A noter qu’un mois auparavant, un best-of intitulé , permis aux fans de patienter quelques jours.
Bon allez autant tout balancer, trois DVDs sont sortis à ce jour. Coup sur coup en 2000, Completeness pour les clips et Butterfish (sorti en VHS en 1997) pour le live. En février 2002, Air Pocket nous présenta une Miki Nakatani décolorée et décidément sublime.

Pour en revenir et surtout conclure avec ce film, Rikidozan de Song Hae-Seong est à l’image de la vie de Rikidozan : c’est un film qui connaît des hauts et des bas, l’honnête et le malhonnête, la mise en scène talentueuse et parfois pompeuse, l’aboutissement d’un rêve et l’inachèvement d’une vie, l’assurance de faire le bien sans voir le mal. Au Royaume de Rikidozan, rien n’est noir et rien n’est blanc... nuances de gris... nuances de Rikidozan.

Le double DVD coréen est sorti le 31 Mars de cette année, accompagné de sous-titré anglais. Il comprend une piste 5.1 et le pressage est bien évidemment anamorphique.

aka Yeokdosan - Rikidozan, a Hero Extraordinary | Corée du Sud / Japon | 2004 | Un film de Song Hae-Seong (Song Hae-sung) | D’après la vie du lutteur japonais d’origine coréenne Rikidozan | Avec Sol Kyung-Gu (Seol Gyeong-Gu, Sul Kyung-ku), Miki Nakatani, Tatsuya Fuji, Masato Fugiwara, Masakatsu Funaki, Keiji Mutoh, Park Cheol-Min, No Jun-ho
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