Rottweiler

Notre futur proche. Dante et sa douce, Ula, participent à un jeu de rôle taille réelle qui s’appelle Infiltration. Ils tentent, dans le cadre de ce jeu, de pénétrer illégalement dans la zone de Puerto Angel. Malheureusement, leur bateau est décelé par les gardes-côtes, et le couple comme les autres occupants, sont amenés à la prison du dénommé Kufard (Paul Naschy, égal à lui-même). Face à ce dernier, Ula négocie : une partie de jambes en l’air avec le détestable maton plus tard et le couple est libre. Dante voulait jouer, il est servi ; la jalousie l’envahit, persuadé que sa femme a pris plaisir à son sacrifice. Nous n’en saurons pas plus pour le moment... Quelques temps plus tard, Dante est malgré tout en prison. Alors qu’un détenu est victime d’une piqûre de scorpion, il parvient à s’échapper. Un garde est alors envoyé à ses trousses, un féroce rottweiler à ses côtés. Commence alors une course-poursuite aux allures de duel, entre l’homme et un chien qui pourrait bien être cybernétique...

Il y a bien longtemps que personne n’avait joué le jeu sur écran, de la bête domestique assassine. Croisement de Cujo et de Terminator, le dernier chien meurtrier à avoir aboyé sur grand écran s’appelait Max, héros du Man’s Best Friend de Bob Engelman en 1993. Un film pas si mauvais que ça dans mon souvenir, d’autant qu’il comptait sur la présence de Lance Henriksen, éternel Frank Black, au générique. Le Rottweiler de Brian Yuzna, réalisé comme il se doit au sein de sa Fantastic Factory, emprunte partiellement à ce film fantastique, tout en adaptant à sa guise la chasse entre un chien et un homme décrite dans le roman de Alberto Vázquez Figueroa. Le résultat ? Un film hybride et déconcertant, dont j’hésite encore à décider s’il est une réussite brutale ou un franc ratage.

Car le véritable sujet du film n’est pas réellement le rottweiler qui lui donne son titre ; du moins pas à première vue. Construit en gigogne autour de flash-backs volontairement incomplets, Rottweiler décrit la fuite de Dante, qui cherche à se souvenir de ce qu’il est advenu de sa compagne, ce soir où elle s’est offerte à Kufard. Il se trouve de plus, qu’il a un chien redoutable à ses trousses. Un chien aux crocs métalliques, qui résiste à tous les assauts... Pourquoi un tel acharnement de la part de la bête ? Yuzna dans sa mise en scène volontairement simpliste, presque barbare, semble bien insister sur le caractère personnel de cette traque ; pourtant l’histoire, qui dissimule sa linéarité par le biais du montage, n’appuie aucunement cette théorie. Dante court, le chien le rattrape régulièrement, tue les gens qui se trouvent sur son chemin. Point barre.

Le film suit ainsi son train, sur un rythme incertain, naviguant entre les scènes très longues, presque épurées mais brutes de décoffrage, de poursuite, et le reste, fait de dialogues, de sexe gratuit et de mémoires retrouvées qui, en bout de course, donneront - peut-être - un sens à l’ensemble. Et c’est bien le cas : rentrant dans la catégorie du film "à twist", Rottweiler devient cohérent dans ses derniers instants, secs comme l’ensemble du métrage. La véritable nature du chien ne nous y est par réellement explicitée mais on la comprend, de même qu’on comprend qu’il est bien l’adversaire conscient de Dante, et non pas Kufard.

Qu’est-ce qui cloche alors ? Difficile de trancher. Rottweiler est un film bâtard, qui renie son sujet supposé - un chien cybernétique - pour une espèce d’affrontement implicite, épuré et naturaliste, quasi-existentiel, parcouru d’attaques d’une violence rare. De là à dire que le rottweiler est l’incarnation de la culpabilité de Dante, son enfer personnel, il n’y aurait presque qu’un pas... Ce qui est amusant, c’est que s’il s’appelait par exemple, "Dante et le chien", ce film serait certainement moins troublant... Soit Brian Yuzna est un homme courageux auteur d’un film unique, à la fois old school et novateur, soit il est responsable d’un échec cuisant, incapable de donner consistence à son sujet. Il convient à chacun d’en décider pour lui-même ; je reste quant à moi dans le doute, mais dois bien avouer que Rottweiler reste là quelque part, un peu - dans une proportion moindre - à la façon de l’intriguant Battle Royale 2, s’imposant comme quelque chose que l’on ne peut ignorer, pas plus que qualifier.

Akatomy | 27.08.2005 | Hors-Asie

Rottweiler est disponible en DVD zone 1 chez Lions Gate Entertainment.

Espagne | 2004 | Un film de Brian Yuzna | Avec William Miller, Jacinto Molina (Paul Naschy), Ilario Bisi-Pedro, Ivana Baquero, Irene Montalà
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