Rouge

Descente aux enfers...

Une femme au foyer dont le quotidien est somme toute assez banal, voit peu à peu sa vie sombrer dans un monde de folie et de violence après que son mari ait été assassiné devant ses yeux, et que sa fille ait disparu de manière inexpliquée...

Il faut bien avouer que le monde merveilleux du V-Cinema nippon recèle parfois de petits trésors, parfois d’infâmes navets... Rouge fait partie de ces produits dont l’intérêt, au premier abord, se résume au physique de son actrice principale ; il faut dire que dans le cas présent, il s’agit de Yuuko Fujimori, ex-C.C. Girl dont quelques chanceux ont pu apprécier le physique irréprochable dans l’inoubliable Hakui no Amazonesu, chantre du direct to video des années 90 made in Gaga Communications... une certaine conception du bonheur à l’époque ! Entre les deux, cinq ans et neuf films, dont un réalisé par Teruo Ishii (Nejishiki avec Tadanobu Asano) et six œuvres de V-Cinema... je vous vois déjà vous poser la question : "parbleu ! -car vous parlez comme au moyen-âge lorsque vous êtes seul devant votre écran- mais pourquoi diantre ce maraud nous fait-il ici une biographie de la demoiselle ?" ; vous allez comprendre... Il faut bien avouer que le sujet de Rouge prête nettement moins à rire que celui du formidable Hakui no Amazonesu, œuvre non dénuée d’intérêt, dans laquelle les talents de comédienne de Yuuko, aussi belle femme soit-elle, étaient relativement faiblards. Oui mais entre 1995 et 2000, la belle est passée de vingt-sept à trente-deux ans, et il est clair que ces cinq années d’apprentissage dans diverses productions ont forgé sa personnalité d’actrice...

...bon avant toute chose, il faut savoir que Rouge est vendu au Japon comme un Eros & Action Movie, dont l’intérêt majeur est une scène de "Lesbianisme hard" d’une durée de sept minutes et vingt-quatre secondes, c’est écrit en gros au dos de la jaquette (sic !). Evidemment, entre cette audace scénaristique et la présence de la belle Yuuko Fujimori, difficile d’imaginer alors que Rouge puisse être un bon film... Dès les premières images du film de Shinsuke Inoue (Fuusen), le spectateur est plongé dans le V-Cinema pelloche, celui des yakuza eiga starring Hakuryû, Ozawa et consorts, avec son image 16mm granuleuse qui donne cet aspect légèrement daté, bien loin du cinéma lisse et conventionnel.

Rouge, ou lorsque le quotidien d’une femme est bouleversé, explosant tous ses repères dans un maelström de violence sans échappatoire ; une femme qui va sombrer dans un monde sordide, celui de la nuit, de la prostitution, des yakuza... Ce voyage sans retour, Yuuko comprends dès le début qu’elle n’en ressortira jamais indemne ; entre folie et furie, elle va peu à peu apprendre les codes inhérents à cette nouvelle vie qui lui est imposée. Pourquoi son mari a-t-il été assassiné ? Où est sa fille ? Elle ne sait pas... Sa rencontre avec une jeune femme qui passe son temps à la suivre et à la prendre en photo, qui va se transformer en une véritable histoire d’amour, ou encore cet enfant qui entretient une étrange relation avec un tueur psychopathe... Quatre personnages, deux "couples" paumés, qui vont se croiser, s’aimer, se détruire, se donner de l’espoir... survivre.

Rouge n’est pas un "film de femme", en ce sens qu’il comporte quelques éléments intrinsèques à une vision masculine relativement basique de l’amour saphique... et pourtant, Shinsuke Inoue parvient à faire de ce direct to video dont il est également le scénariste, un portrait de femme assez juste ; évidemment nous ne sommes pas chez Cukor, et nous sommes assez loin du magnifique (le mot est faible !) Vibrator ou de l’émouvant Charon, mais le ton choisi par Inoue est juste, tout en évitant soigneusement bon nombre de clichés, là ou d’autres se seraient volontiers fourvoyés dans un voyeurisme déplacé...

En passant outre certains aspects typiques du V-Cinema (notamment sa musique, à mi-chemin entre rythmes techno-world, ambient bizarroïde et composition Bontempi), dont une séquence finale qui "fatalement" se déroule dans un entrepôt (rempli de mannequins quand même !), Rouge est une véritable réussite en la matière. Tout ceci est très premier degré j’en conviens, mais Yuuko Fujimori donne suffisamment d’elle-même pour ne pas être ridicule, et le sur-jeu exacerbé de l’excellent Shingo Tsurumi trouve ici toute sa justification, ajoutant finalement au tragique de ces personnages en quête de leur propre vie, cherchant désespérément des réponses à leurs questionnements...

Kuro | 6.07.2005 | Japon

Disponible en VHS (NTSC) chez Tokuma Japan Communications au Japon, ainsi qu’en DVD chez Beam Entertainment.

aka Ruuju - Rûju | Japon | 2000 | Un film de Shinsuke Inoue | Avec Yuuko Fujimori, Shingo Tsurumi, Yuuna Natsuo, Shouji Koganezawa, Mitsuo Senda, Korokoro Sakamichi, Masaru Shiga, Billy, Media Girls
Dodes’kaden
Barberousse
 Les Bas-fonds
Manille
Entre le ciel et l’enfer
Les salauds dorment en paix
Stoic
Blood and Bones
Réflexions
Typhoon
A Man Who Went to Mars
Terminator 3 : Rise of the Machines
Hide and Creep
Pas un de moins
Mohabbatein
Kôji Fukada et Kiki Sugino
The Others
Le cheval de Turin
Le Voleur de lumière
Freeze Me
Serafuku to Kikanju
La 36ème chambre de Shaolin
The Tenants Downstairs
A Swordsman in the Twilight
You Shoot, I Shoot
Invisible Target
Esclaves de la souffrance
L’Homme sans nom
Grotesque
Un merveilleux dimanche