Royston Tan

Fer de lance du jeune cinéma singapourien indépendant aux côtés d’Eric Khoo, Royston Tan nous avait "estomaqué" par le réalisme et la violence de sa peinture de jeunes délinquants de la petite "suisse" asiatique avec son déjà culte 15. Sévèrement brimé par la censure étatique, peu soucieuse de l’éclosion d’un tel talent, le cinéaste revient avec un deuxième long-métrage au titre énigmatique 4:30, et au parti pris formel radical, mais au cousinage évident de par son regard sensible, sur la solitude d’êtres marginaux au coeur de la rigide "cité du lion", à la spectaculaire réussite économique. Une occasion de faire la rencontre d’un auteur précoce, bouillonnant et d’une réelle générosité.

Sancho  : Quelle est l’origine de 4:30, votre dernier film ?

Royston Tan : J’ai écris 4:30 à l’époque où je tournais 15. Après le tournage qui finissait souvent très tard, je rentrais chez moi et vers cette heure là j’étais souvent éveillé. J’ai alors constaté que 4h30 du matin était pour moi une heure de grande solitude. C’est cette solitude qui m’a inspiré ce film dans lequel deux personnages inventent une sorte de communication sans paroles. Ce que je voulais montrer à travers cette oeuvre c’est aussi que la solitude est quelque chose d’universel et dépasse toutes les frontières culturelles. C’est pour cela que j’emploie très peu de dialogues, l’essentiel des émotions passe en fait par le langage des corps, des gestes des mains, des regards.... Il parait aussi que c’est l’heure à laquelle le taux de suicide est le plus élevé.

4:30 n’est que vote deuxième film, mais donne l’impression d’une étonnante maturité pour un auteur d’à peine 29 ans. Avez-vous eu un apprentissage de la technique cinématographique ?

Merci pour votre compliment. J’ai fait des études de cinéma à l’université, mais à 18 ans quand j’ai eu pour la première fois une caméra numérique entre les mains, je ne me suis plus arrêté de filmer. Un vrai virus en quelque sorte. Avant de réaliser 15, qui était au départ constitué d’un court-métrage réalisé en 2002, j’ai fait de nombreux court-métrages qui m’ont permis de parfaire cet apprentissage technique et artistique.

Pourquoi avoir choisi un Coréen dans le rôle du colocataire de Xiao Wu ? Y-a-t-il une importante communauté coréenne à Singapour ?

En fait si j’ai choisi de faire de ce personnage dépressif et seul un Coréen c’est en grande partie pour remercier la Corée et le Festival de Pusan pour leur admirable soutien au cours de ces dernières années, vis à vis de la plupart de mes court-métrages. Néanmoins il y a une communauté coréenne importante à Singapour, qui doit comprendre environ 40.000 personnes je crois, mais ils vivent beaucoup en communauté et ont peu d’échanges avec les autres.

Justement, 4:30 laisse entrevoir la diversité culturelle de Singapour à travers le groupe qui pratique le Gi Qong matinal. On peut y voir des musulmans, chinois, indiens... Comment cohabitent ces communautés ? Y-a-t-il du racisme intra-communautaire ?

En fait il n’y pas vraiment de racisme à Singapour. Enfin pas au sens où il peut être présent dans les autres pays occidentaux. En fait le modèle social de Singapour est assez unique et original. On trouve en effet un pluralisme religieux et une grande tolérance, mais si l’on regarde bien, toutes ces communautés ne se mélangent guère, et des problèmes existent aussi comme ailleurs.

Votre approche narrative est particulière dans 4:30. Pourquoi avoir décrit votre film entièrement du point de vue de l’enfant ?

Oui, c’est tout à fait voulu. Ce qui m’intéressait c’était de montrer le processus de construction des souvenirs d’un enfant. Ces souvenirs ne sont pas réels mais assemblés et re-construits constamment par l’enfant. Ils ne sont jamais le reflet de la stricte réalité.

On a l’impression que Xiao Wu, même s’il est plus jeune que les délinquants de 15, n’est pas si éloigné d’eux.

Oui, ces personnages portent en eux une grande solitude de par leur abandon et leur maginalisation. Pour moi, ces enfants ne sont pas des victimes mais plutôt des rebelles à la rigidité sociale ambiante. Le jeune enfant qui perturbe les séances matinales de Gi Qong, ou qui résiste à son professeur de classe, se dresse face à la société ambiante.

Votre personnage cherche désespérément à créer un lien avec son colocataire adulte, mais ce dernier semble l’ignorer ou ne pas y être sensible. Vous vouliez montrer l’incommunicabilité entre le monde adulte et celui de l’enfance ?

Mon film est une réflexion sur ces deux mondes. Pour moi les enfants ont une certaine sensibilité dans leur façon d’appréhender le monde et sa vérité. Les adultes se cherchent toujours des excuses et finissent par se rendre aveugle face à cette réalité.

Comment s’est passée votre collaboration avec Xiao Li Yuan, l’acteur qui interprète l’enfant ?

En fait j’ai passé beaucoup de temps avec lui car je voulais apprendre à bien le connaître. Il est toujours délicat de travailler avec un enfant, surtout lorsqu’il s’agit d’exprimer des émotions bien réelles, ce qui a demandé une grande confiance mutuelle et une certaine honnêteté. Le tournage était assez compliqué car nous ne pouvions tourner qu’un jour par semaine, autrement il devait aller à l’école. Mais ce qui est exceptionnel dans notre collaboration c’est que nous avons réalisé pratiquement toutes les scènes en une seule prise. D’habitude j’évite de fraterniser avec les acteurs avec qui je travaille, mais là nous sommes devenus des amis.

Est-il un acteur amateur comme ceux de 15 ?

Non, pas du tout. Il jouait dans une mini série d’horreur sur laquelle je travaillais quand nous nous sommes rencontrés. C’est sa facilité à incarner ses rôles qui m’ont séduit. De plus je lui trouvais une certaine mélancolie dans le regard, qui correspondait bien au personnage que je souhaitais qu’il interprète. Mais nous avons pas mal travaillé avec Liam Yeo, mon scénariste, pour adapter le rôle.

Le choix des décors et de l’appartement donne un côté hors du temps au film, et ne ressemble pas du tout au Singapour très urbain de 15, où avez-vous tourné ?

On a tourné dans un appartement abandonné de River Valley Road. C’est un quartier ancien de Singapour qui était bordé de quantité de magasins dans les années 50. Je cherchais justement un décor naturel qui puisse accentuer l’intemporalité du film, qui est voulue dans la mesure où il s’agit des souvenirs d’un enfant, et comme je l’ai indiqué ils n’ont pas la même emprise sur la réalité.

Comment a évolué la censure à Singapour depuis votre film 15, avec lequel vous aviez eu beaucoup de problèmes ?

Disons que les choses ont tendance à s’améliorer, il y a une plus grande ouverture. Mais les censeurs qui sont des fonctionnaires ne comprennent rien à l’expression artistique. Il est vital pour le développement de notre société de pouvoir explorer notre identité comme nous le faisons avec le cinéma.

La société Zhao Wei qui produit vos films est devenue une référence pour le cinéma d’auteur Singapourien. Est-elle à l’origine d’un mouvement de jeunes cinéastes indépendants ?

En fait Zhao Wei, la société de mon ami Eric Khoo et James Toh, ne produit que mes films et ceux d’Eric Khoo. J’ai eu beaucoup de chance de rencontrer Eric car il a produit tous mes films. Ils cherchent des jeunes réalisateurs mais c’est assez difficile de trouver des talents originaux.

Avez-vous un nouveau projet en cours ?

Je ne peux pas en dire grand chose car j’en suis encore au stade de l’écriture, mais le titre sera encore celui d’un nombre. En fait ce film traitera des odeurs.

Lire aussi l’article sur 4:30.

Entretien réalisé lors de la 8ème édition du Festival du film asiatique de Deauville. Remerciements à Magali Montet de Celluloid Dreams.

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