Running Out of Time 2

Ekin Cheng, Robin des Bois des temps modernes sur fond d’Internationale ? Vive la révolution ! ... euh, vive le cinéma !

Sang, ex-négociateur fraîchement promu superintendent, s’ennuie dans sa nouvelle position sociale et semble nostalgique d’une ancienne vie légèrement plus excitante... C’est alors qu’un dénommé Ken entre en jeu. Fameux criminel international, il dérobe à une grosse compagnie d’assurance trois objets d’art réputés, et demande en échange une rançon s’élevant à 20 000 HK$. Pour ne pas créer de remous autour d’elle, la firme, dirigée d’une main de fer par Teresa, une jeune cadre supérieure, accepte sans rechigner, et ce malgré les avertissements de la police. Mais au fur et à mesure que l’enquête progresse, Sang découvre les véritables intentions de Ken...

Jouissif ! C’est le premier mot qui me vienne à l’esprit en pensant à ce second volet de Running Out of Time, dont les deux mamelles sont l’humour et le second degré, voire même parfois troisième ou quatrième. Johnnie To (accompagné pour l’aventure de Law Wing-Cheong) se fait plaisir en filmant ce polar de cours de récré, cette ode à la liberté, ce pamphlet anti-capitaliste, véritable brûlot à mi-chemin entre Le Capital de Marx et Le Petit Livre Rouge de Mao... Ben oui, il faut dire que l’on est à des années lumières du premier opus, beaucoup plus grave dans le ton, puisque le personnage interprété par Andy Lau était atteint d’un mal incurable et que le titre avait une réelle signification par rapport à son état... Exit donc toute référence directe (certains personnages sont tout de même là pour nous rappeler où nous sommes... bien que...) à ROOT, pour entrer de pleins pieds dans une histoire hallucinante transposant l’univers de Robin des Bois dans celui du polar HK de la fin des années 90 ; le ton est donné d’entrée de jeu par To qui décide de nous balader dans un périple déroutant et jubilatoire d’à peine plus d’une heure et demie.

Pas de cabotinage mais du plaisir ; c’est en tous cas l’image que nous revoient Lau Ching-Wan (très en forme !) et Ekin Cheng (excellent... vous vous rendez compte !), tous deux visiblement heureux du sort que leur a réservé Johnnie To. Course dans les rues de Hong Kong avec arrêt buvette pour l’un, et chez le glacier pour l’autre, cascades à vélo à en faire pâlir Derrick (l’une de mes idoles du petit écran... Horst Tappert über alles !!!) durant une poursuite monumentale qui doit se dérouler à dix à l’heure, sauts d’immeubles insensés des fumigènes pleins les mains, bref, autant de moments totalement barrés qui font de ROOT 2 un monument de kitsch cinématographique, en même temps qu’un film à la réalisation soignée et chic, paradoxalement...

Debout les damnés de la terre!
Debout les forçats de la faim!
La raison tonne en son cratère,
C'est l'éruption de la fin.
Du passé, faisons table rase,
Foule esclave debout! debout!
Le monde va changer de base:
Nous ne sommes rien, soyons tout!
*

... évidemment, certains verront le côté infantile et maladroit de traiter un sujet tel que celui choisit par les scénaristes... et bien tant pis pour eux ! Le but ici n’est pas de faire un film didactique, ni même moralisateur : on prend et on jette ce qu’on veut. Le personnage joué par Ekin Cheng est tout aussi attachant que celui campé par Lau Ching-Wan, et là est le secret ; personne n’est tout blanc ni tout noir, et ce qui différencie nos deux héros se trouve être le côté de la loi duquel chacun se trouve. Une ligne fine, qui peut être franchie à tout moment... Ken, le malfrat, expose de manière purement graphique, au sens propre, ses intentions. Sang, le flic, lui répond qu’il n’est pas la bonne personne pour écouter sa plaidoirie, alors qu’une connivence indéniable s’installe entre eux. Ken et Sang seraient-ils deux enfants perdus dans un monde d’adultes ? Très certainement, car à l’exception du flic tout droit sorti d’un dessin-animé interprété par Hui Siu-Hung (ROOT, Expect the Unexpected), les autres personnages paraissent plus moralisateur qu’autre chose ; Teresa (Kelly Lin - The Legend of Zu, Fulltime Killer) et la supérieure de Sang (Ruby Wong - Lifeline, The Loser’s Club) sont les seuls personnages du film à avoir un certain pouvoir de décision, et possèdent une espèce d’aura maternelle vis à vis de Sang lorsqu’il risque d’être en contact avec un quelconque danger ; Johnny To a choisit son camp, les femmes sont fortes et réfléchies, et les hommes des enfants...

C'est la lutte finale,
Groupons-nous, et demain
L'Internationale,
Sera le genre humain.
C'est la lutte finale,
Groupons-nous, et demain
L'Internationale,
Sera le genre humain
*

Running Out of Time 2 est un film fédérateur ; un spectacle pour les yeux au même titre qu’un hymne à la générosité... Après avoir redonné au polar un nouveau souffle à la fin des années 90, Johnnie To adapte l’idéologie marxiste au film de genre en ce début du XXIème siècle... ça, c’est du cinéma !

* Extraits tirés de "L’internationale", poème écrit en juin 1871 par Eugène Pottier (1816-1887), mis en musique en 1888 par Pierre de Geyter.

Kuro | 14.03.2002 | Hong Kong

DVD | Mei-Ah (en association avec Chinastar) | NTSC | All Zone | Format : 1:1:85 - 16/9 | Images : Magnifiques ! un pressage anamorphique ahurissant de beauté ! | Son : Au choix pistes en 5.1 ou DTS ; énorme ! | Sous-titres : Anglais, chinois ou chinois simplifié. | Suppléments : Making of (5’44’’) uniquement sous-titré en chinois (imposé), synopsis, et - toute petite - fiche technique/artistique... bah alors, même pas un p’tit trailer ?!

Existe également en VCD.

aka Aau Chin 2 | Hong Kong | 2001 | Un film de Johnnie To Kei-Fung et Law Wing-Cheong | Avec Lau Ching-Wan, Ekin Cheng Yee-Kin, Kelly Lin Hsi-Lei, Hui Siu-Hung, Lam Suet, Ruby Wong Cheuk-Ling
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