Sasori – La femme scorpion

Soft Revenge Nami.

Contrainte, par simple jeu, de tuer sous ses yeux la sœur de l’homme de sa vie par une bande de tueurs aux trousses de son beau-père, Nami Matsushima coule des jours malheureux en prison, où elle subit les violences de ses co-détenues autant que les avances d’un directeur libidineux. Face au spectacle bestial de combats organisés, dans la boue comme il se doit, entre prisonnières, Nami décide de quitter le camp des victimes et de s’initier à la violence. Elle apprend les rudiments du combat en observant ces femmes s’entretuer, et a l’occasion de les mettre en pratique quand, après avoir poussé son ennemie à la faute en assassinant sa frangine, elle aussi détenue, elle est contrainte d’affronter au marteau, à la planche à clous et autre pommeau de douche, l’ensemble de sa garde personnelle. Victorieuse, elle est laissée pour morte par les gardiens de la prison à l’issue d’un châtiment en marge du système pénal. Retrouvée par un mystérieux adepte du kung fu, qui récupère les corps brisés de cette prison pour femmes peu recommandable pour en faire des sacs de frappe, Nami termine de se perfectionner au combat pour entreprendre sa vengeance...

Rencontre improbable que celle du réalisateur hongkongais Joe Ma, autrefois au service de Miriam Yeung (Dummy Mommy, Without a Baby, Love Undercover), et du manga de Tôru Shinohara immortalisé sur grand écran par Shunya Ito et Meiko Kaji [1] . Figure emblématique du cinéma d’exploitation dans tout ce qu’il a de plus merveilleusement déviant, blasphématoire et esthétique, Sasori nous revient aujourd’hui sous les traits de Miki Mizuno, héroïne d’un vrai-faux-film HK aux côtés d’autres transfuges nippons notables doublés en cantonnais, tels Ryo Ishibashi et Nana Natsume. Et s’il s’agit d’un enchaînement déconcertant, ce n’en est pas tant un de « freefights et de combats de sabre d’une rare violence » comme le proclame l’éditeur du DVD français, mais de qualités et de défauts dans une mesure très inégale.

Ainsi l’image du film, qui peine en 16:9 à rivaliser avec le scope somptueux de l’adaptation originelle, résume-t-elle cette trajectoire instable entre Derrick et Shamo. Toutes les scènes d’exposition et de flash back amoureux rappellent fâcheusement la télévision allemande des années 70, tandis que dans leurs contrastes trop numériques, les scènes de combat renvoient plus à la débauche étourdissante de Cheang Pou-soi qu’à la palette très italienne empruntée par Shunya Ito. Si Michael Mann pour ne citer que lui, sait créer à merveille un « z axis » dans l’image numérique, il n’en est pas de même pour Joe Ma qui livre ici des vignettes sans profondeur, là où Ito créait justement un univers superbement pluri-dimensionnel en jouant constamment de la profondeur de champ.

Un manque de profondeur qui, malheureusement, se retrouve aussi dans le film lui-même. Les personnages sont sans saveur - des bad guys aux motivations illisibles, une héroïne éponyme dont la révélation du goût pour la violence est un tantinet ridicule, son amour blessé et amnésique l’étant tout autant - et la trame sans grand intérêt ; sans doute est-ce pour cette raison d’ailleurs, que Joe Ma mélange les présents de narration, les actes et leurs conséquences, les décisions et leur exécution. Sasori est un texte qui ne se lit plus vraiment : de bande dessinée, il est passé à simple recueil d’illustrations. Les scènes du film à ce titre, tiennent régulièrement plus de la photo promotionnelle qu’autre chose – mais ne nous en plaignons pas car, dans ces moments là, les images très contrastées gagnent en composition et parviennent amplement à satisfaire.

La véritable déroute du film toutefois, tient à la parfaite étrangeté des scènes de combat câblées qui parsèment la vengeance de Nami, dans lesquelles les différents protagonistes s’envolent sans la moindre impulsion, dans une légèreté fantaisiste qui a rarement fait bon ménage avec l’utraviolence recherchée par le réalisateur en première partie de métrage. On comprend alors que Sasori tient plus de la Shaw que de la Toei, sans vraiment choisir son camp. C’était certainement là l’originalité de la relecture opérée, mais n’étant pas appliquée globalement au métrage, et dénuée d’une quelconque force motrice (alors que l’on sait depuis The Blade que les câbles peuvent parfaitement s’adapter à une hargne cinématographique), l’approche déstabilise un peu plus un édifice déjà bien instable.

Et pourtant. Dans ce film sans véritable nationalité ni âme, pointe un cœur sombre et brutal qui mérite à lui seul que l’on s’attarde sur cette nouvelle cuvée Sasori. Je ne parle pas de la séquence Karate Kid avec Simon Yam, qui renvoie elle aussi à Shamo et son intermède quasi-mystique dans les bambous, mais bien de ce combat qui oppose Miki Mizuno à Nana Natsume et ses consœurs taulardes. Pendant de longues et éprouvantes minutes, ces femmes se font les pires choses du monde et l’on se souvient pourquoi, en voyant Miki soulever à plusieurs reprises son adversaire pour lui briser le crâne sur un pommeau de douche, la belle incarne aussi, chez elle, la plus intéressante Hard Revenge Milly (vers laquelle lorgne d’ailleurs Sasori sans en avoir vraiment le courage). Dans ce combat animal, Joe Ma brille par une absence d’effets ; la platitude de son approche sert à merveille l’inertie terre à terre de cette violence primitive, qui débouche sur une véritable séquence d’exploitation à base de prothèse crânienne transformée en arme mortelle sur la personne de Nastume, toute de t-shirt mouillé vêtue. On est loin de l’esthétique Ito c’est certain. Mais la rage racoleuse, elle, est bien là, et si ce n’est pas assez pour garantir au film le statut de « film culte » proclamé par un sticker sur le DVD façon voiture de Nascar, ça l’est très largement pour éviter d’avoir perdu son temps.

On s’étonne tout de même au final, que ce « manga-live dans la lignée de Azumi » ait pu « inspirer Quentin Tarantino pour Kill Bill », Female Convict Scorpion lui étant indiscutablement supérieur. Comment ça, vous pensez que l’éditeur s’est trompé de version ? Qui pourrait douter de la bonne foi d’un tel argument marketing – après tout, ce n’est pas comme si le diptyque de Tarantino était bien antérieur à cette drôle de relecture de Joe Ma, non ?

Akatomy | 7.08.2009 | Japon, Hong Kong

Sasori est disponible en DVD zone 2 chez CTV, doté de deux pistes 5.1 (VO et VF) et d’une image anamorphique de qualité, mais d’aucun supplément. Personnellement je ne les regarde presque jamais, alors...
Remerciements à Tristan Tramoni et CTV.

Hong Kong / Japon | 2008 | Un film de Joe Ma Wai-Ho | Avec Miki Mizuno, Ryo Ishibashi, Simon Yam Tat-Wah, Lam Suet, Sam Lee Chan-Sam, Nana Natsume, Dylan Kuo, Emme Wong Yi-Man
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