Satya

Dès la séquence d’ouverture, le ton est donné. Oubliés les chants et les danseuses pour lesquels Bollywood est devenu célèbre, et que mes voisines de file d’attente sont venues voir. Le décor est planté, les bas-fonds sociaux et légaux de Bombay seront le cadre de Satya. Le réel a déjà supplanté le kitsch. Ces premières images montrent un barbu qui tire de rage et d’impuissance sur la une d’un journal annonçant la mort de Satya. Puis un plan subreptice livre la vision d’une flamme, celle des feux de purification des bûchers funéraires. La dimension tragique du destin de Satya est livrée sans équivoque dès le début du film.

Tout juste débarqué à Bombay, Satya trouve un emploi de serveur, avant de se faire remarquer par sa dureté lors d’un séjour en prison (qu’il doit à un policier véreux) par un caïd du milieu de Bombay, Biku Madre. Ce dernier est une sorte d’ours mal léché, très bien interprété par Manoj Bajpai. La bande de Biku Madre, qui est notamment chargée du racket des entrepreneurs en bâtiments, va prendre de l’assurance avec l’arrivée de Satya jusqu’à s’opposer frontalement au chef de la mafia de Bombay qui se lance dans une carrière politique...

Le réalisateur de Satya, Ram Golam Varma, ainsi que d’autres metteurs en scène indien, comme Mani Ratman qui a osé commettre un remake du Parrain, connaissent bien les classiques du film de gangster américain. L’arrivée de Satya à la gare de Bombay ressemble à celle de Tony Montana débarquant en Floride. La raison de leur ascension spectaculaire au sein de la pègre est la même, ils n’ont pas peur de s’attaquer aux caïds. Le Parrain est lui cité au moins trois fois. Le grand patron de la pègre de Bombay dispose de son "consigliere" ; le producteur de musique va signer un contrat avec la voisine/petite amie de Satya après avoir reçu un avertissement - mais pas la tête de son cheval préféré comme Jack Woltz. Enfin, le dernier et des plus importants assassinat se déroule lors d’une procession religieuse. Des références qui ne polluent toutefois pas le film.

La trame de l’histoire est un peu usée, on en conviendra, mais le film tient la route. Un de ses points forts est qu’il nous emmène au coeur de la famille que constitue le gang. Malgré leur brutalité, ce ne sont pas seulement des monstres froids. Ainsi Biku Madre se fait remontrer les bretelles par sa femme, lorsqu’il rentre passablement éméché chez lui, parce qu’il passe plus de temps en prison qu’avec sa famille !

Les numéros dansés et chantés du film sont les parents pauvres de ce film. Le réalisateur nous offre cependant une parodie de ceux-ci, sorte de gangstarap hindi. Les danseuses sont remplacées par les membres du gang de Biku Madre qui fêtent joyeusement dans l’alcool un de leur succès...

Ram Golam Varma nous livre une vision très noire de la pègre de Bombay, bien loin des clichés de Bollywood. Ni les malfrats, ni la police ne sont épargnés. Les premiers comme leurs confrères de par le monde s’adonnent à l’extorsion, l’assassinat... Quant aux seconds, ils n’hésitent pas à utiliser des méthodes dignes des escadrons de la mort pour se débarrasser des premiers. La vision du réalisateur - qui se veut sans artifices - des affrontements qui convulsent la pègre de Bombay, rend ces scènes d’autant plus impressionnantes.

Diffusé dans le cadre de la rétrospective Vous avez dit "Bollywood" ? à Beaubourg, Satya est notamment disponible en DVD chez Eros Entertainment.

aka Truth | Inde | 1998 | Un film de Ram Golam Varma | Avec J D Chakravarthy, Manoj Bajpai, Urmila Matondkar, Paresh Rawal
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