Sayonara Midori-Chan

Yuko travaille à temps partiel dans le bar tenu par Yutaka, dont elle s’est éprise au premier coup d’œil. Simple employée de bureau le reste du temps, elle ne semble vivre que pour ce jeune homme qui lui offre une attention peu respectueuse, à défaut de son affection, celle-ci étant réservée à une jeune femme absente, Midori, qui est sa petite amie « officielle ». Ce qui n’empêche pas le garçon de profiter sexuellement de Yuko, et de lui exiger des choses plus ou moins anodines, sous couvert d’une grande liberté de mœurs. Aussi lorsqu’une nouvelle employée arrive, plus jeune que Yuko, Yutaka incite-t-il la jeune femme à quitter son bar pour un autre, à quelques mètres de là, et y travailler en tant qu’hôtesse. Alors que la nouvelle employée jette à son tour son dévolu sur Yutaka, Yuko va découvrir son nouvel emploi, entre générosité et soumission, tout autant que tenter d’évaluer son véritable attachement au jeune « womanizer »...

Troisième film de Tomoyuki Furiyama après This Window is Yours et Bad Company, Sayonara Midori-Chan est l’adaptation d’un manga en forme de parcours initiatique, une jeune femme s’y découvrant au travers d’une déception amoureuse. « Déception »... le mot paraît faible pour décrire le personnage de Yutaka. Incarné par Hidetoshi Nishijima qui après Le Retour de Koji Hagiuda, était présent pour la seconde fois consécutive à l’affiche d’un film en compétition au Festival des 3 Continents de Nantes, Yutaka est un homme monstrueux. D’aucunes diraient d’ailleurs certainement un Homme, tout court, dans toute sa relative splendeur : profiteur et railleur, obsédé et coureur de jupons, bien entendu picoleur et plutôt feignant... Difficile d’expliquer pourquoi Yuko s’est « fondue dans le néant » lors de sa première rencontre avec lui. Pourtant, ne semble-t-il pas que les jeunes femmes s’intéressent toujours à ces hommes, charismatiques à leur façon, ne serait-ce qu’un temps ? C’est la durée de ce « temps » à laquelle s’intéresse Sayonara Midori-Chan.

Une durée qui s’attribue aussi des caractéristiques géographiques : Yuko erre dans un microcosme au sein duquel la notion de couple est absente, au profit de relations à géométrie variable permettant à chacun de mieux s’intégrer sans pour autant évoluer en tant qu’être humain. Car évoluer c’est grandir, admettre ses responsabilités, et sans aucun doute quitter ce cocon d’innocence. Une innocence, une liberté sexuelle, qui sont ici très largement perverties par les paroles et actes de Yukata, insultants, dépréciateurs. Pourtant l’homme n’est pas non plus un tyran : en dehors de quelques manifestations sexuelles, il n’exige rien de Yuko, ne lui impose aucune règle, et n’est pas vraiment à cheval sur la fidélité. Encore que ; on pourrait discuter de ses véritables intentions lorsqu’il tente de la décourager de fricoter avec son assistant, nettement plus jeune. Il semble qu’il soit alors habité d’une certaine jalousie ; à moins que l’avertissement concerne la sincérité du jeune homme, qui risque de sortir Yuko de cet univers en suspension.

Tout le monde n’est pas méchant pour autant dans l’univers dépeint par Sayonara Midori-Chan ; à commencer par les clients réguliers du bar "de nuit", incarnations de solitudes qui véhiculent eux aussi d’étranges notions d’affection (« si tu n’as pas été frappée, tu n’as jamais été vraiment aimée »), mais dont la plupart le sont avec honneur et respect de la générosité - tout de même teinté de naïveté - de Yuko-Chan. Mais il y a aussi la jeune concurrente de Yuko, qui décidera de ne pas jouer le jeu du quartier, en raison d’une résitance moindre aux humiliations, et quittera rapidement Yutaka.

Sayonara Midori-Chan est tout de même un peu déprimant, car il impose un passage obligé par la solitude si une jeune fille souhaite s’extraire d’un système de faux altruisme, qui entraîne la plupart des figures féminines du film, de l’histoire ou hors-champ, vers la servitude/entertainement de l’homme (bars « roses », vidéos pornos). Sous couvert de comédie dramatique, portée de plus par la partition trompeuse car enjouée de Kôji Endô, le troisième film de monsieur Furiyama est donc en réalité très violent. Pourtant la jeune actrice qui incarne Yuko, superbe Mari Hoshino, donnerait plutôt des envies de protection. Mais elle semble ici constituer avant tout une victime de choix, incapable de dire non à qui ou quoi que ce soit pendant le gros de l’histoire. Dans son portrait de femme en devenir, Sayonara Midori-Chan renvoie très fortement à bon nombre de ses contemporains, parmi lesquels Tokyo Marigold avec Rena Tanaka. Bien que relativement pertinent dans sa mise à nu d’une émotion amoureuse destructrice, très bien incarnée par la fragile Hoshino, il paraît toutefois moins subtil et touchant, plus superficiel.

Sayonara Midori-Chan a été présenté en compétition dans le cadre du 27ème Festival des 3 Continents de Nantes, où il a reçu le prix Montgolfière d’argent (ex-aequo), ainsi que le prix d’interprétation féminine (pour Mari Hoshino).

Japon | 2005 | Un film de Tomoyuki Furiyama | Avec Mari Hoshino, Hidetoshi Nishijima, Toshinobu Matsuo, Mayuko Iwasa, Sumie Sasaki
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