Séance

PEUR. n. f. Crainte, frayeur, émotion pénible produite par l’idée ou la vue d’un danger...

Banlieue de Tôkyô. Les Satô forment un couple simple et sans histoire. Kôji est ingénieur son pour la télévision, et Junko femme au foyer. Mais elle possède un étrange don de médium, qui lui permet notamment d’entrer en contact avec les morts, ou de savoir ce qui est arrivé à une personne en touchant un objet lui ayant appartenu. Un jeune universitaire, Hayasaka, s’intéresse de près à ces aptitudes assez inhabituelles...

Une petite fille est kidnappée. L’enquête menée par la police tourne en rond, jusqu’au jour où le ravisseur est finalement interpellé. Malheureusement, durant la course poursuite avec les policiers, il est blessé et tombe dans le coma... Hayasaka parle des dons de Junko à la police. Dans un premier temps sceptique, l’inspecteur en charge de l’affaire finit par confier un mouchoir de la petite fille à Junko. Arrivée chez elle, elle perçoit très fortement la présence de l’enfant...

S’il est bien des symptômes que Kiyoshi Kurosawa n’a jamais dû ressentir, ce sont ceux de la flémingite aiguë ! A la tête de trente-sept films réalisés entre 1973 - il n’a que dix-huit ans lorsqu’il tourne son premier film - et 2003, son appétit cinématographique tient de la boulimie ! Pinku, polar, comédie, fantastique/horreur, expérimental, direct to video... Kurosawa se frotte à tous les genres, s’y pique parfois, mais retombe toujours sur ses pattes en fonçant tout droit à l’opposé... Lorsqu’il découvre - par le biais d’un ami - le roman de Mark McShane Séance on a Wet Afternoon [1], il le trouve tout d’abord très intéressant, puis se dit qu’en faire une adaptation cinématographique dans le Japon d’aujourd’hui relèverait bien trop du défi improbable... le temps passe, et Kurosawa se décide à adapter le script original à sa manière. Si le projet a tout pour être un long-métrage de cinéma, c’est finalement la télévision, en l’occurrence Fuji Terebi, qui lui commande l’adaptation du livre de McShane. Tourné en 16mm, Kourei (traduisez "séance de spiritisme") est diffusé en septembre 1999 sur cette même chaîne...

Kourei fait peur. Pas une peur liée directement à ce que l’on y voit, mais plutôt une peur psychologique, une peur qui naît de la projection que l’on se fait des évènements qui arrivent à ce couple... Le jour de la disparition de la petite fille, Kôji se rend au pied du Mont Fuji afin de faire des prises de son, mais à son retour plus rien ne sera comme avant... Kôji ne sait pas ; il ne sait pas que cette journée va changer la vie de son couple à tout jamais. Evasif ? oui... ben désolé hein, mais si je vous raconte le film, l’intérêt sera moindre vous êtes d’accord... Bref, toujours est-il que Kurosawa transforme un film - a priori - d’horreur, en une quasi-étude de la vie de couple, en introduisant l’ "élément" de la prise de conscience, de la réflexion, l’élément par lequel les questions vont se poser, les langues se délier et les esprits tenter d’y répondre. En fait, au-delà du "simple" thriller-fantastique, Kurosawa pose une question essentielle à ses yeux, et récurrente de son oeuvre : "l’Amour peut-il conduire à autre chose qu’à une relation engoncée dans le conformisme ?"... Amusant de constater que la même année, Kurosawa signe deux films aux antipodes l’un de l’autre, mais dont le sujet de fond est finalement identique : Kourei, et l’ovni cinématographique inclassable Oinaru Genei (Barren Illusions).

...s’il traite de la relation du couple, des non-dits aux aspirations enfouies par résignation, Kourei n’en demeure pas moins un véritable film fantastique qui surclasse bon nombre de ses condisciples nippons sortis à la même période. Les fantômes "à la Kurosawa" sont réellement effrayants, notamment grâce à ses trouvailles ; leur absence de visage - l’une des marques de fabrique de Kiyoshi -, leur apparence calme qui les rend émouvants/terrifiants, ou encore à l’ambiance visuelle générale (des tonalités ternes dans un ensemble généralement sombre) comme la baisse de température des pièces dans lesquelles les esprits apparaissent - qu’il matérialise physiquement à l’écran par la condensation formée par le souffle des vivants...

L’ambiance de Kourei vient en grande partie de la mise en scène de Kurosawa ; plans statiques, mouvements de caméra lents ou imperceptibles, Kurosawa s’attache à mettre son (télé)spectateur dans un état quasi-hypnotique durant lequel celui-ci devient malgré lui l’otage d’un metteur en scène incontestablement doué...

Egalement de premier choix, la distribution du film, sans faille. Koji Yakusho (Face à son Destin) campe ici un Kôji Satô tourmenté... un homme dans toutes ses contradictions, confronté à l’innommable, et qui se retrouve face à lui-même, face à sa vie et ses choix. A ses côtés, Jun Fubuki (Charisma) qui interprète sa femme Junko avec une fragilité et une force indicible. On y retrouve également - et pêle-mêle - Tsuyoshi Kusanagi (Messengers) de SMAP dans le rôle d’Hayasaka, Kitarô en inspecteur pugnace, Ittoku Kishibe (39) en professeur d’université incrédule, Hikari Ishida (Futari), Ren Ôsugi, ou encore Shô Aikawa en prêtre Shintô... plutôt moderne !

Fort du succès qu’il rencontra lors de sa diffusion sur petit écran, Kourei eut le privilège de se voir offrir un gonflage en 35mm et bénéficier ainsi d’une sortie en salles - en circuit restreint - le 12 mai 2001. Thriller inquiétant, étude de l’âme humaine brillamment mise en scène et interprétée, Kourei s’impose comme l’un des meilleurs films de son auteur.

PS : Un grand merci à Hervé Dupont et Matilde Incerti.

DVD (Japon pas vu) | Taki Corporation | NTSC | Zone 2 | Format : 1:1:85 - 4/3

Ce DVD ne comporte pas le moindre sous-titre.

Existe également en VHS (NTSC) au Japon.

Sorti cinéma en France prévue le 5 Mai 2004.

Bonus - Site Officiel : http://www.slowlearner.co.jp/movies/kourei/

[1Déjà adapté au cinéma par Brian Forbes en 1964, sous le titre... Séance on a Wet Afternoon !

aka Kourei - Seance - Kôrei - Ko-Rei - Kourei-Ushirowomiruna | Japon | 1999/2001 | Un film de Kiyoshi Kurosawa | D’après le roman Séance on a Wet Afternoon écrit par Mark McShane | Avec Koji Yakusho, Jun Fubuki, Tsuyoshi Kusanagi, Kitarô, Hikari Ishida, Ittoku Kishibe, Shô Aikawa, Ren Ôsugi, Daikei Shimizu, Haruhiko Katô
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