Sengoku Jieitai

Blockbuster ahollywoodien. C’est probablement ce barbarisme linguistique qui définit le mieux ce film grandiose, émanation typique et paroxysmal du cinéma japonais de cette époque. A l’heure où un remake (Sengoku Jieitai 1549) paraît sur les écrans du Japon, peut-être n’est-il pas inutile de revenir sur Sengoku Jieitai, le film original, qui marqua bien des Japonais lors de sa sortie à l’époque.

Ahollywoodien parce qu’il semble que le film s’acharne à faire exactement tout ce que tout réalisateur de blockbuster hollywoodien sait qu’il ne faut pas faire. Le film n’a pas de cohérence claire (il est composé de deux parties, voire de deux films mis bout à bout), il est long (deux heures vingt dans sa version japonaise, mais seulement 85 minutes dans sa version américaine !), ne définit pas un héros de manière non équivoque, refuse obstinément toute digression romantique (l’amour n’est pas exclu mais l’emphase est loin d’être mise sur cet aspect), se montre parfois violent et érotique, ne cherche pas à fournir la moindre explication logique à tout ce remue-ménage et enfin s’amuse comme un gamin à foutre en l’air toute vérité historique. Car Sengoku Jieitai, c’est un peu comme un gamin disposant de soldats de plombs (ou plutôt en plastique) de deux époques, moderne et 16ème siècle au Japon, et s’amuse à les faire se battre dans un bac à sable représentant le Japon médiéval.

Le principe de Sengoku Jieitai est d’une incroyable simplicité et le film ne s’attarde d’ailleurs pas sur ce point. Un groupe des forces d’autodéfense japonaises est victime d’un glissement temporel avec tout son matériel et se retrouve transporté 400 ans en arrière. Une fois ce petit changement opéré, la fête peu commencer. Le Lt. Iba (Sonny Chiba), qui dirige le groupe, va en venir à s’allier avec le chef Kagatori dans son désir de conquête du Japon. Avec l’aide des armes modernes (notamment un hélicoptère et un char d’assaut) amenées par le groupe du Lt. Iba, ce dernier va mettre en œuvre son plan de conquête et notamment venir à bout du puissant chef Shingen, un véritable personnage historique.

Sengoku Jieitai ne cherche pas à nous amener dans les arcanes de la relativité ou de la mécanique quantique pour chercher à savoir comment il serait possible de revenir à l’époque moderne, ou accessoirement comment en est-on venu à se retrouver au milieu de samouraïs. Loin s’en faut. Le groupe à vite fait d’abandonner l’idée d’un retour et décide plutôt de s’organiser. Mais plutôt que d’organisation, le groupe se scinde globalement en deux. D’une part les fidèles du Lt. Iba qui choisissent la cohésion, pour ne serait-ce que survivre et voir comment les choses se passent, et ceux du mentalement instable et particulièrement violent Nobuhiko, un ex-ami du Lt. Iba avec qui il avait fomenté un coup d’état avorté, qui ne pense qu’à profiter de sa présence ici, dans un espace de non-temps, pour violer et massacrer. Cette dualité offre la première partie du film, qui peut presque être vue comme un seishun eiga. Absence d’action, aucune interaction véritable avec les indigènes de l’époque mais seulement une confrontation interne aux troupes, et surtout une opposition entre le Lt. Iba et Nobuhiko qui se conclut par le Lt. Iba achevant ce qui peut être vu comme son propre côté sombre. Ou plus exactement se l’approprie pour mieux l’exprimer. Cette première partie installe le Lt. Iba comme le héros charismatique, posé et un poil humaniste (il laisse ses hommes déserter s’ils le désirent), par opposition aux cruel Nobuhiko, incarnation du soldat sans pitié et sanguinaire.

Cette première partie est également celle qui développe brièvement chaque personnage en le confrontant à lui-même. Ainsi, c’est le moment où chacun fait ses choix : s’intégrer à la population locale, suivre Iba qui n’a cependant pas d’objectif très clair si ce n’est patienter, partir seul à l’aventure ou suivre Nobuhiko dans sa razzia.

Le film opère ensuite une véritable volte-face. Une fois Nobuhiko mort, le Lt. Iba est le seul espoir de ceux qui n’ont pas eu le courage de suivre leur propre chemin (pas nécessairement une très bonne solution puisqu’un seul survivra). Mais ce dernier a également changé. Sans tomber dans l’extrémité de la fuite en avant de Nobuhiko, Iba comprend bien qu’il ne peut pas attendre éternellement ici que la chance le ramène à son époque. Il décide donc de s’allier avec un chef de clan, Kagatori (également un personnage historique), et d’aider se dernier dans ses plans guerriers. Il se lie d’amitié avec Kagatori et va mener ses hommes à la mort dans le seul but de puissance. Peu à peu la véritable personnalité de Iba émerge. Il s’agit d’un homme assoiffé de puissance, parfois violent, jusqu’au-boutiste et né pour faire la guerre, surtout depuis que sa propre folie n’est plus écrasée par celle de Nobuhiko. Mais à la différence de ce dernier, Iba agit avec plus d’égard pour ses hommes, pouvant se montrer compatissant même si son lent glissement vers la folie meurtrière (une des scènes les plus mémorables est une décapitation par Iba) a tendance à souder les hommes autour de lui.

Le seul hic avec Sengoku Jieitai est probablement ses régulières baisses de rythme avec des séquences musicales (sur fond de titres pop-rock peu adaptés) particulièrement longues où rien ne se passe (un peu comme certains passages de Virus, le film de Kinji Fukasaku). Mais le spectateur est récompensé de sa patience par une séquence de bataille impressionnante, qui bénéficie du talent de Sonny Chiba, directeur de l’action pour la première fois sur ce film. Cela donne d’ailleurs lieu à quelques scènes égocentriques et particulièrement inutiles (Iba accroché à un filin sous l’hélicoptère, un saut en contre-plongée). Comme dans Shogun’s Samourai (1978, de Kinji Fukasaku et avec Sonny Chiba), il ne faut pas trop être sensible à la vue de chevaux qui ont visiblement soufferts du fait de cascades particulièrement brutales.

Si Sengoku Jieitai est avant tout un film d’action et de divertissement (ainsi les quelques scènes humoristiques ou érotiques), il n’est pas totalement exempt de message anti-militariste. On se souviendra notamment d’une scène particulièrement marquante, d’une plage jonchée de cadavres de civils au milieu desquels errent un enfant nu et une grand-mère. Une scène qui évoque directement certaines scènes de la guerre du Vietnam. De plus, le glissement temporel, bien qu’inexpliqué, pourrait bien être dû à un essai nucléaire.

L’ironie omniprésente fait également de Sengoku Jieitai un film à part, du moins pour le genre. Ainsi après avoir tué Shingen grâce à un pistolet, le Lt. Iba sera lui-même victime de la technologie moderne. Cruelle ironie pour un homme qui pensait avoir trouvé sa place dans cette époque, et en était venu à en accepter ses codes. Kagatori lui rappellera d’où il vient.

Film grandiose qui ne prend pas de gants ni avec la réalité historique ni avec les conventions, Sengoku Jieitai est, n’ayons pas peur des mots, l’un des meilleurs blockbusters jamais réalisés. C’est aussi l’un des plus déconcertants.

Zeni | 15.07.2005 | Japon

Sengoku Jieitai est disponible en DVD au Japon (version longue, sans sous-titres) et aux USA (version longue aussi, sous-titrée) dans la "Sonny Chiba Collection" éditée par Ventura.

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