Serpent’s Path

The Equation of Life and Death.

Nijima, professeur de mathématiques impassible enseignant à quelques génies, assiste un dénommé Miyashita dans l’enlèvement du yakuza qui aurait tué sa fille un an auparavant. Une enfant de huit ans, torturée, violée et plus encore, dont le visage s’affiche sur un écran de télévision amené devant le captif, enchaîné au mur d’un entrepôt désert en pleine ville, et face auquel Miyashita scande, dans une litanie obsédante, le rapport du médecin légiste. En dépit des privations et humiliations pratiquées par ses bourreaux, le yakuza ne cède aucunement à la culpabilité et désigne comme responsable l’un de ses aniki ; celui-là même que, selon lui, Miyashita était douze mois plutôt sur le point de balancer. Nijima décide donc d’offrir au gangster un second compagnon de souffrance, déclarant trouver dans la quête de vengeance de l’ébrèché paternel, matière à satisfaire un fantasme de longue date...

Un mois pour réaliser, sous l’égide de la Daiei, deux opus de v-cinéma usant de la popularité de Sho Aikawa, réunissant chacun la même équipe technique et les mêmes acteurs... Une méthode de travail économique, courante dans l’univers du direct to video, qui conduit Kiyoshi Kurosawa à écrire en 1998 le scénario de l’un des deux films – ce sera Eyes of the Spider – pendant que Hiroshi Takahashi, futur auteur de Ring et autre Crazy Lips, s’attelle à celui de Serpent’s Path. Un scénario qui inquiéta d’abord le réalisateur ; qu’il décida finalement de respecter du mieux qu’il pouvait même si, plus de dix ans plus tard lors de la projection de ce sombre substrat d’exploitation au Cinématographe, dans le cadre du Festival des 3 Continents, Kurosawa émettra des doutes quant à la bienséance de sa diffusion dans les murs d’une ancienne chapelle reconvertie en salle de cinéma.

Il faut bien avouer que l’inventivité narrative de Serpent’s Path est toute entière au service d’un sordide que le film dévoile avec nonchalance, dans une alternance progressive de motifs entêtants – la répétition par Miyashita, des atrocités commises sur sa fille – et de second degré déstabilisant – l’incongruité des enlèvements orchestrés par Nijima notamment. Une variation de ton rendue possible, paradoxalement, par la constance de Sho Aikawa en tant qu’acteur, son jeu étant globalement invariablement identique d’un film sur l’autre, quel qu’en soit le sujet. Son refus de donner un visage différent aux deux facettes de Nijima, tour à tour professeur, veillant sur une enfant surdouée et muette, et stratège cruel, porte la sévérité déconcertante d’un sujet qui, au fur et à mesure que les certitudes de Miyashita se désagrègent, ne cesse de s’assombrir.

La mise en scène à l’économie de Kurosawa, comme toujours riche en alternance de plans fixes et de plans séquences, délaisse le clair obscur pour une texture uniformément terne, à même de laisser les rouages du métrage dans l’ombre de la monotonie de Nijima, et s’attache comme souvent chez l’auteur-réalisateur à l’incarnation d’une trace, constituée par les images vidéo, réductrices, de la fille de Miyashita. La répétition orale du supplice de la victime par Teruyuki Kagawa, déjà devant la caméra de Kurosawa plus de dix ans avant Tokyo Sonata, tient de l’empreinte forcée ; comme si son père cherchait à se convaincre de la réalité de cette disparition, autant qu’à donner corps à sa rémanence. Comme s’il ne savait plus comment sa fille, réduite aux violences qu’elles a subies, était morte... Une auto-hypnose, pathologie partielle d’une persuasion à deux visages, que l’on découvre au terme de ce parcours teinté de snuff, et qui préfigure d’une certaine façon, la dualité et la réflexivité en plus, celle de Cure.

Dans ses dernières images, flashback improbable d’un lieu de compréhension situé en amont de la mécanique instaurée par Serpent’s Path, Kurosawa donne corps au potentiel des équations posées par Nijima qui, mal interprétées, peuvent selon le professeur inverser le cours du temps. Une faille temporelle volontaire dans ce remarquable chemin reptile, qui laisse envisager, quoiqu’on comprenne ou extrapole de sa résolution, plus de méchanceté et de violence qu’il daigne nous en montrer : l’art de faire énormément avec peu de choses, ce qui est toute la force du v-cinéma dans les mains de Kiyoshi Kurosawa.

Diffusé dans le cadre d’une rétrospective consacrée à Kiyoshi Kurosawa lors de la 31ème édition du Festival des 3 Continents (Nantes), Serpent’s Path est disponible en DVD au Japon, malheureusement sans sous-titres.

aka Hebi no michi – 蛇の道 | Japon | 1998 | Un film de Kiyoshi Kurosawa | Avec Shô Aikawa, Teruyuki Kagawa, Shiro Shitamoto, Hua Rong Weng, Yûrei Yanagi
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