Seven Swords

Imaginez le contexte historique : dans la Chine du 17ème siècle, les arts martiaux, avec l’aide du pouvoir en place, se voient mis au placard comme de vieux rebus historiques. Tous les rebelles à cette séance de gommage historique se voient poursuivis par des mercenaires particulièrement sanguinaires. L’un des pires d’entre eux, Fire-Wind, suivi de sa troupe, écume la Chine en laissant derrière lui une immense trainée de cadavres, et ce sans distinctions de sexe ou d’âge. Pour lui tout le monde est égal face à la mort. C’est alors qu’entre en scène un rebelle bien décidé à sauver ce qui peut l’être de la folie destructrice du pouvoir en place. Certain que sa quête est juste, il part à la recherche de guerriers restés tapis dans l’ombre. Accompagné par deux villageois, il finit par trouver cinq guerriers qui chacun se verront remettre des epées collant à leurs aptitudes... Dès lors il ne reste plus qu’une option : la confrontation avec les mercenaires. Voilà en 30 secondes chrono le résumé d’un film dont il vous faudra beaucoup plus de temps pour apprécier la juste valeur.

Honnêtement, faire la critique d’un film de Tsui Hark est un acte quasi religieux pour tout fan de films asiatiques. Sorte de Spielberg asiatique, Hark ne cesse de se redéfinir film après film. En gros un film de lui, même le plus bordélique et OVNI de tous(hmm hmm... Piège à Hong Kong), reste nettement supérieur au lot de ce qui arrive sur nos écrans jour après jour. Ce qui frappe pour les néophytes comme moi, ne connaissant pas sur le bout des doigts la filmographie de Mr Hark, est l’étonnante richesse de ce film - et c’est aussi ce qui pourra en dérouter certains. Loin de Piège à Hong Kong ou de Time and Tide, Seven Swords se montre radicalement différent.

On peut reprocher après un premier visionnage que la forme employeée par Tsui Hark pour l’élaboration de son film baigne dans un trop grand classicisme, mais on doit bien admettre que cela n’affaiblit pas non plus le pouvoir de Seven Swords ; pouvoir qui réside autant dans l’attention prise pour donner vie à ces personnages, que dans la maestria de la mise en scène. Bien sûr la frustration n’est jamais bien loin et l’ombre d’un fameux director’s cut peut planer par moment dans les recoins de l’histoire. C’est un fait, mais jamais une faiblesse. Mais au-delà de la vision premier degré et de la trop grande attention que l’on pourrait porter - à juste titre - sur les scènes de combats du film, se cache un propos politique subtil faisant quelques parallèles évidents avec la politique actuelle de la Chine à l’égard de certains pays et de leur mode de vie. On éradique et l’on cause ensuite. Il est bon de noter que rares sont les réalisateurs osant jeter dans leurs films ces petits cailloux, pouvant mener le spectateur à ouvrir les yeux et réfléchir au travers d’une oeuvre à une situation qui, malgré le changement d’époque et de forme, continue de perdurer dans le fond. C’est d’autant plus courageux lorsque les films produits en Chine de nos jours se révèlent somptueux, mais pour certains finalement assez complaisants dans le fond.

Décortiquer Seven Swords en long en large et en travers est impossible car le film recèle des dizaines de niveaux de lecture. Niveaux qu’il est bon de découvrir en salle, vierge de tout avant-goût risquant de gâcher le plaisir. Hark a réussi ici à créer une alchimie quasi parfaite entre le style et la substance. Alliance certes contre-nature dans la production cinématographique actuelle, et qui déstabilisera les moins courageux. Cela serait dommage, car passer à côté de ce que l’on pourrait en simplifiant à l’extrême qualifier de magnifique relecture des Sept Samouraïs équivaudrait à refuser de voir une grande œuvre comme il en arrive peu sur les écrans. Magnifique et frustrant à la fois, car on en voudrait plus, Seven Swords est le genre de film sur lequel on revient sans cesse, pour à chaque fois redécouvrir de nouvelles choses. Froncièrement différent des canons de beauté cinématographique occidentaux, et à la fois si universel, Seven Swords est tout simplement un grand film, je ne vois pas ce que je peux dire de plus.

Marcus Burnett | 2.11.2005 | Hong Kong

D’ores et déjà disponible en DVD HK dans une floppée d’éditions plus ou moins collectors, Seven Swords atterrira sur les écrans français le 30 novembre 2005.

Hong Kong | 2005 | Un film de Tsui Hark | Avec Leon Lai Ming, Lau Kar-Leung, Donnie Yen Ji-Dan, Charlie Young Choi-Nei, Sun Hong-Lei, Lu Yi, Kim So-Yeon, Wang Xueqi, Zhang Jingchu, Duncan Chow, Tai Li-Wu, Huang Peng, Michael Wong Mun-Tak
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