Sex and Zen 3D

Wei Yangsheng, érudit qui critique le comportement lubrique du prince de Ning – qui ouvre les festivités de Sex and Zen 3D en jouant avec les attributs féminins d’une statue de la déesse Guanyin dans un temple – raille tout autant son ami sur le point de rencontrer sa promise, prétextant l’achèvement prématuré de sa jeunesse volage. Pourtant lorsqu’il pose les yeux sur la fille de Monsieur Tie, Yuxiang, c’est lui-même qui renie tout pour épouser la belle, qui lui rend bien son coup de foudre, le premier prétendant évincé. Seulement voilà, l’union des tourtereaux pèche par le peu d’endurance sexuelle de Yangsheng, qui finit par se rendre au Pavillon de la béatitude du débauché Ning pour y étudier l’art de la chair, notamment auprès de l’experte Ruizhu, qui ne peut satisfaire qu’un homme par jour. Tant et si bien que Yangsheng, qui échange son enseignement contre dix ans de garde au palais, en oublie sa belle, obnubilé par la possession de toute femme. Sauf que l’endurance et le savoir ne font pas tout, si la taille n’y est pas. Un sexe de cheval serait tellement plus opportun...

Révision techno-opportuniste du classique de Michael Mak (Sex and Zen, 1991), Sex and Zen 3D prétend se replonger dans le texte originel du dix-septième siècle, The Carnal Prayer, pour construire son édifice de délicatesses. La réalité bien entendu, c’est qu’il n’est qu’un successeur gonflé d’une dimension des deux opus de The Forbidden Legend : Sex and Chopsticks et autres pitreries sexuées, sans le sou et en costumes, de la dernière décennie du cinéma HK [1], peuplées d’actrices gémissantes issues du vivier JAV nippon, et gavé d’humour grossier, bien loin de l’érotisme frappadingue travaillé sur grand écran dans les années 90, lors de l’âge d’or de la Category III, au détour des Chinese Erotic Ghost Story et autres Eternal Evil of Asia. Mais qu’importe, les intentions de Christopher Sun sont forcément bonnes puisque cochonnes ; même si les néophytes, comme dans Sex and Chopsticks 2, risquent d’être désarçonnés. Car le titre complet de ce Sex and Zen aurait pu être Sex, Zen, Severed Limbs and Festering Wounds [2].

Il y a certainement un mémoire à écrire sur l’opportunité que les réalisateurs semblent voir dans le sexe en trois dimensions, de nous jeter des chibres sectionnés au visage – cf Piranha 3D... Toujours est-il que l’obsession secondaire de Sex and Zen 3D pour les membres sectionnés démarre avec un charmant diagnostic - « je crains qu’il ne te faille une autre bite » - émis par deux médecins porteurs de handicap (dont l’un n’est autre que Tin Kai-Man, que les fans de Stephen Chow reconnaîtront sans peine), et qu’à compter de cet instant il n’est plus trop question à l’écran de gentils ébats et de poitrines offertes, mais de membres coupés, de viols, de tortures alambiquées et de putréfaction. Et de bite d’âne, aussi. On rigole nettement moins, si ce n’est lorsque le providentiel champion des poignards volants du royaume fait son apparition avec ses lames boomerangs, à moins bien sûr de s’épanouir dans les atermoiements sanguinolents, les humiliations publiques, les castrations et les mutilations numériques (et n’est-ce pas là la définition du fan de Cat III, finalement ?) - tout ça au nom d’une pseudo-cohérence scénaristique qu’on ne réclamait pas. Un changement de ton qui n’enlève rien à l’exotisme de l’édifice, au contraire même, mais qui ne sera pas forcément du goût de tous.

Reste que ce Sex and Zen 3D vaut globalement le détour, ne serait-ce qu’en tant qu’anomalie cinématographique, entre carton pâte et technologie de divertissement de pointe, ainsi qu’entre érotisme désuet et méchanceté sadique - exception culturelle de fait qui explique en bonne partie son succès. Les spectatrices se trouveront peut-être réduites à peu de chose – les femmes du film, timides ou non, sont toutes avides de plaisir, et même la prude Yuxiang finit par se caresser à l’écran comme une pornstar – et pas mal violentées, tandis que ces messieurs eux, se reconnaîtront aisément dans l’un ou l’autre des protagonistes, queutards quel que soit leur rang. Celles et ceux qui possèdent des goûts interlopes, bien entendu, seront les mieux lotis, et se rabattront en sus sur la perversion de la belle Vonnie Lui, interprétant un androgyne ancestral dont le superbe décolleté contredit une voix à faire pleurer Vin Diesel ainsi qu’un sexe de deux mètres de long.

Une fantaisie parmi d’autres dans ce sympathique n’importe quoi qui ne prétend jamais – si ce n’est dans son discours ultra-hypocrite d’amour véritable, dénué de dimension physique, la blague ! - s’ancrer dans quoi que ce soit de réaliste ou même crédible. Ah si : moi je veux bien croire que Saori Hara, interprète de l’authentique gourmandise du film, Ruizhu, a en elle tout ce qu’il faut pour faire renier dévotion et chasteté, même semi-séculaires, à tout homme, aussi saint soit-il.

Akatomy | 10.12.2013 | Hong Kong, Category III

Sex and Zen 3D est disponible en DVD et Blu-ray (proposant aussi bien la version 3D que la version 2D du film) chez Metropolitan Filmexport, depuis le 4 décembre dernier. La copie est de très belle qualité - surtout pour un film de ce genre !
Remerciements lubriques à Zvi David Fajol et Way to Blue.

[2Sex, zen, membres coupés et plaies purulentes.

aka 3D Sex and Zen : Extreme Ecstasy – 3D肉蒲團之極樂寶鑑 | Hong Kong | 2011 | Un film de Christopher Sun | Avec Hiro Hayama, Leni Lan Yan, Saori Hara, Vonnie Lui Hoi-Yan, Yukiko Suo, Tony Ho Wah-Chiu, Irene Chen, Tin Kai-Man, Wong Shee-Tong, Naami Hasegawa, Cliff Chan Yat-Fung, Carina Chan Chau-Ping
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