Shakti the Power

Jamais sans ma fille à la sauce Bollywood...

Avec la sortie de Lagaan, une bouffée d’air frais est apparue dans notre paysage cinématographique. Il faut dire, qu’il y avait longtemps qu’on n’avait pas vu un film si "grand spectacle", mélangeant des héros et des méchants si manichéens (le héros n’a aucun défaut, mais alors aucun, et le méchant est vraiment très méchant), une belle histoire d’amour contrariée (et gentiment naïve), des rebondissements à la pelle - et bien sûr des chansons. Le plaisir de découvrir aujourd’hui le cinéma de Bollywood (bien que très internationalisé avec Lagaan), rappelle alors notre émerveillement devant la vision de nos premiers films venus de Hong Kong, il y a quelques années. Difficile en effet de ne pas mettre en parallèle le cinéma de l’Inde et de Hong Kong tant le goût du mouvement (l’importance du geste est primordiale dans les deux cinémas), du visuel, de l’émotion brute, du spectacle mais aussi du complètement barré se retrouvent dans leurs œuvres cinématographiques. Bref, autant d’éléments en commun qu’à Sancho on affectionne, et qui vous vous en doutez se retrouvent dans Shakti the Power.

Nandini (Karishma Kapoor) est une jeune indienne qui a vécu toute sa vie au Canada avec ses deux oncles. Elle est amoureuse de Shekkar, qui a quitté l’Inde six ans auparavant. Ils se marient, et ont un enfant Raja. Le bonheur est total pour Nandini, jusqu’au jour où Shekkar voit aux informations qu’un attentat a eu lieu dans le Nord de l’Inde. Nandini apprend alors que Shekkar a une famille, et que celle-ci habite précisément dans cette région. Nandini décide donc d’accompagner son mari en Inde. Pourtant une fois sur place, Nandini découvre un monde pauvre et violent, bien loin de sa vie "conte de fées" au Canada. Elle apprend surtout que le père de Shekkar, Narsimha (Nana Patekar) est le chef incontesté de la région (il régne sur 40 villages), et qu’il est en guerre avec une autre famille depuis des générations. Très vite, Nandini rejette ce monde violent et se heurte à Narsimha, un être rétrograde et brutal qui n’éprouve de la compassion que pour son petit fils Raja...

Il faut bien l’avouer, le début de Shakti fait peur, même très peur avec ses vues grisâtres du Canada sur une musique qu’on dirait sorti d’un film érotique des années 70 (heu... d’après ce que l’on m’a dit, n’allez pas croire des choses), enchaînées avec des plans sur Karishma Kapoor dormant en pyjama violet et dans des poses lascives, genre "j’aime dormir sur mon Dunlopillo". Heureusement tout s’arrange très vite, avec l’arrivée des oncles (comprenez comiques de services), qui viennent aider notre charmante Karishma Kapoor à trouver un mari. De ce fait, la première partie - qui ne dure pas plus d’un quart heure - est une pure romance un peu kitsh donc je vous reparlerai un peu plus bas.

Et puis, en un claquement de doigts, le film devient d’un seul coup très sérieux, bye bye le Canada et les oncles, et bonjour l’Inde et son univers violent. Cette partie du film voit dans un premier temps Nandini essayer de comprendre les codes d’un monde qu’elle ne connaît pas (elle s’habille à l’indienne, vit avec les femmes), pour finir finalement par combattre un système archaïque fondé sur la violence (on n’hésite pas à trancher la tête d’un homme), et sur des principes transmis de père en fils, dont le fils Raja va devenir le véritable enjeu.
L’affrontement entre Nandini (Karishma Kapoor tout en cris et larmes, agaçante à la longue) et Narsimha (Nana Patekar, impressionnant de froideur et d’autorité) devient progressivement le point central du film, où deux conceptions de la vie - et en particulier celle de la femme - se télescopent violemment (si Nandini sera battue et enfermée, elle montrera aussi aux femmes de la famille à se battre pour une cause).

Et puis une fois de plus, le film change encore d’aspect avec l’arrivée de notre acteur indien favori jusqu’à maintenant, j’ai nommé Shah Rukh Khan (ici dans un "dynamic role" comme le précise le générique). Cette partie du film est la plus débridée, la plus folle, la plus "n’importe nawak", quoi. Shah Rukh Khan apportant avec lui un certain humour (il fait le pitre avec clope et lunettes devant des flics enfermés dans leur propre prison, un grand moment de "poseur" que n’aurait pas renié Chow Yun Fat) souvent très mal placé, et en décalage tellement complet avec le reste du film qu’on a l’impression qu’il ne joue pas dans le même film (vu que comme à son habitude, il surjoue à fond, c’est impressionnant). Mais ce n’est pas tout, car Shah Rukh Khan se charge aussi de la partie action, et là encore ce n’est pas triste, on a ainsi le droit à des coup de pieds en l’air câblés (mais à quand Shah Rukh Khan avec Jet Lee ?), mélangés à des effets à la Matrix, mais aussi à des bonnes scènes bien sanglantes à l’arme blanche. Ajoutez à cela une tornade et une balle en CGI ainsi que des mouvements de caméra "clipesques", et vous comprenez que le côté Jamais sans ma fille a pris du plomb dans l’aile.

Evidemment qui dit Bollywood, dit chansons. Pourtant, il faut reconnaître que pour une fois c’est la partie la plus faible du film ; d’abord parce qu’elles ont bien du mal à s’inscrire dans la continuité du film (deux d’entre elles arrivent après des moments plutôt violents), ensuite parce que les chansons elles-même sont plutôt fades. Toutefois, la première qui accompagne le côté comédie romantique est l’une des plus marrantes, au vu des images qu’elle accompagne. On assiste à un véritable clip pour l’actrice Karishma Kapoor, on la voit marcher dans différentes tenues, sortir de l’eau, manger des glaces - sans parler des gros plans sur ses yeux (vive les poseuses). Et puis pendant la chanson, elle a le temps de se marier, de faire l’amour (très chaste, mais sur un tapis de fleurs), d’être enceinte (avec exercices de grimpettes de marches casses-gueules et pompes !!!), et d’avoir un bébé qui a vite atteint l’âge de trois ans. C’est pourtant le dernier morceau musical qui emporte mon adhésion, puisqu’il réunit Shah Rukh Khan et la merveilleuse Aishwarya Rai (soupir !!!), soit le couple amoureux de Devdas, dans un combat musical opposant les femmes et les hommes, le plus virevoltant et enjoué du film.

Une fois de plus, avec Bollywood, le spectacle est assuré, l’émotion présente et pour le spectateur une certaine idée du bonheur est au rendez-vous. Qu’attendez-vous ?

Torrente Wong | 24.04.2003 | Inde

Shakti the Power est disponible en DVD All zone chez Eros International. Copie correcte.

Site officiel du film: http://www.shaktithefilm.com

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