Shark Busters

« Nous sommes des flics... nous sommes le plus gros gang de ces rues ! »

Lee (Danny Lee), superintendent de la police hongkongaise, fait la une des journaux et ça déplaît beaucoup à ses supérieurs ; il faut dire aussi que ce n’est pas pour sa bravoure, mais à cause de la dette colossale - 400 000 dollars HK - que Lee a accumulée, au grand désespoir de ses créanciers institutionnels, les banques locales. Mais Lee n’est pas le seul cas de surendettement de son service : quasiment tous les flics de sa brigade sont noyés sous les emprunts et leurs intérêts, en raison d’investissements immobiliers encouragés par le gouvernement en 1997. A cette époque, celui-ci proclame en effet l’immobilier au plus bas et nombreux sont ceux qui achètent pour spéculer, faire un profit avec une revente rapide. Mais la crise ne fait alors en réalité que commencer, les chiffres du chômage ne cessent d’augmenter, et l’immobilier perd en l’espace de cinq ans, près de 50% de sa valeur... Dans ce cas parmi d’autres, l’agent Benz (Hui Siu-Hung), qui, contre les recommandations de sa femme, a investi dans un appartement et se retrouve acculé. Pas flambeur de nature, l’homme désespéré se tourne vers une société de crédit. Si la façade de cette dernière semble légale, elle est en réalité aux mains de Chang Ho-Lung (Lam Suet), malfrat chauve et vicieux qui use de pratiques peu recommandables pour récupérer l’argent qu’il prête à taux démentiel. Dans cette époque où nombreux sont ceux qui, sous la pression de loan sharks tels que les hommes de Chang, vont jusqu’au suicide, Lee et ses hommes vont tenter de renverser la vapeur et faire tomber le gang mafieux, symbole exacerbé de leurs difficultés financières...

Herman Yau restera toujours un réalisateur à part ; alors qu’on aurait pu croire il y a quelques années, qu’il se rangeait sur la voie d’un cinéma plus grand public qu’auparavant - c’était à l’époque de Master Q 2001 -, l’homme n’a depuis cessé de suivre son propre chemin, enchaînant les succès et les échecs, allant du très indépendant Give Them a Chance à la série b horrifique, et oeuvrant, au détour de comédies plus ou moins légères, contre les institutions kongkongaises. Une démarche qu’il avait déjà exprimée très ouvertement dans son chef-d’œuvre, From the Queen to the Chief Executive, et qui se retrouve ici dans un film certes de moindre envergure, mais néanmoins explicite. Les institutions visées ici ? Eh bien vous vous en doutez, il s’agit des établissements financiers, que ce soient les banques ou les établissements de crédit, avec leur détestable marketing du surendettement. Mais elles ne sont pas seules puisque même Tung Chee-hwa est montré du doigt, remercié par les gangsters pour son travail en faveur du chômage et félicité pour sa réélection...

Shark Busters est donc avant tout un coup de gueule, qui passe - Danny Lee aidant - par la défense/parodie d’une autre institution, policière celle-ci. L’occasion pour Herman Yau de jouer un jeu intéressant de dichotomie, entre le flic en uniforme et sa personnalité civile, l’une à même de poursuivre les gangsters tout en étant freinée par les procédures, l’autre craintive devant ces mêmes criminels. Parfaite incarnation, fantaisiste au possible, de cette dualité, l’occidental paumé joué par Brian Ireland, avocat de métier qui devient flic à temps partiel, et se retrouve donc, au cours de la même heure, à la fois défenseur de la loi et protecteur des mafieux qu’il poursuit ! Qui a dit que l’habit ne faisait pas le moine ?

La méthode est sympathique mais tout de même un peu sans queue ni tête ; l’histoire avance comme par miracle, du scandale autour de Lee au racket organisé par Chang, sans véritable lien de causalité mais plutôt au travers d’un groupe de personnages, reliés par le même mal social... une nonchalance narrative qui donne une certaine vitalité à Shark Busters, et l’entraîne jusqu’à sa jouissive conclusion, où les flics s’affirment en tant que gang à part entière pour affronter les mafieux, sur leur propre terrain de manipulation. Shark Busters n’est pas un grand film mais il n’en a pas la volonté ; il n’est même pas certain qu’il souhaite susciter la réflexion. Tout au plus dresser un bras d’honneur, au cours d’une heure et demie agréablement impertinente.

Akatomy | 2.09.2005 | Hong Kong

Shark Busters est disponible en DVD HK chez City Connection, dans une copie très propre et sous-titrée (approximativement) en anglais. Seul supplément : la bande-annonce du film.

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