Shaun of the Dead

Top of the Morning of the Dead !

Qui aurait cru les responsables de Quatre mariages et un enterrement capables de mettre au monde un film de zombies ? D’autant que, si l’Angleterre possède un passé riche en vampirisme et autres créatures classiques, elle n’a jamais été la patrie des non-morts ; du moins jusqu’à ce que Danny Boyle livre son 28 Days Later et sa horde de morts-vivants pressés [1]... Un pays longtemps absent du « territoire des morts » (pour reprendre une expression qui sera pertinente dans l’hexagone dès le 10 août prochain), qui a donc su y gagner sa place en l’espace d’un seul film, celui-ci ayant de plus eu l’audace de sacrifier la lenteur de nos amis les zombies sur l’autel d’une rage autrement plus véloce. Une audace qui allait d’ailleurs être reproduite avec succès par Zack Snyder à l’occasion de son Armée des morts, fabuleuse réécriture de la bible du genre, Dawn of the Dead. Plus audacieux encore s’annonçait Shaun of the Dead, « Une comédie romantique. Avec des zombies. » Si l’on omet Braindead et La Main qui tue, comédies dans lesquelles apparaissent des non-morts mais qui ne s’apparentent pas pour autant à des films de zombies, la dernière tentative humoristique (involontaire ?) du genre s’intulait Return of the Living Dead 2, était signée Ken Wiederhorn (Shock Waves), et constituait un cuisant échec - surtout pris en sandwich entre les chefs-d’œuvres de Dan O’Bannon et Brian Yuzna...

Shaun est ce que l’on pourrait appeler un type de base. Vendeur dans un magasin d’électroménager, il passe le gros de son temps vissé au comptoir du Winchester avec Ed, l’un de ses colocataires, au grand désespoir de sa petite amie, Liz. Liz d’ailleurs, aimerait que cela change : elle en a assez de passer toutes ses soirées dans le même pub, et voudrait que Shaun se remue ; une volonté partagée par Dianne et David, les colocs de Liz que Shaun n’apprécie pas particulièrement, pas plus que Liz n’apprécie Ed ou que Ed n’apprécie Pete, troisième laron de la maison de Shaun. Pete pour sa part, voudrait que Ed ramène un peu d’argent pour payer le loyer - autre que les maigres revenus de son trafic d’herbe -, qu’il fasse ne serait-ce qu’un peu de ménage et qu’il joue un peu moins à la console... avec Shaun. Cette micro-communauté compte par ailleurs Barbara et Philip, respectivement la mère et le beau-père de Shaun, et représente un bel échantillon d’une société anglaise caricaturale, ancrée dans une tradition quasi-mécanique. Une mécanique de glande huilée à la bière, qui va se trouver perturbée le jour où Shaun, plantant lamentablement une réservation au restaurant censée marquer sa volonté de changer pour Liz, se voit plaqué par sa belle. Ce n’est pas la fin du monde tout de même ? Peut-être bien que si. Car dans les rues de Londres, il semblerait que les morts refusent de rester coucher, et se mettent à aggresser les vivants...

N’y allons pas par quatre chemins, Shaun of the Dead vous ment. Il ne s’agit pas en effet d’une comédie romantique avec des zombies... mais bel et bien d’un véritable film de zombies, comique et romantique certes, mais avant tout brillant ! Difficile en effet de satisfaire à la fois les fans du genre et ceux des comédies à la Bridget Jones, pourtant je crois bien qu’Edgar Wright y est arrivé ! Bien entendu, Shaun of the Dead ne croûle pas sous des litres d’hémoglobines et de chairs outragées, mais il possède tout de même son lot d’effets gore, ses foules de non-morts déhanchés et geignards, sa critique en filigrane de nos sociétés par trop standardisées... tout en parvenant à installer un humour constant, un intérêt véritable pour une relation amoureuse en chute libre, une amitié masculine parfaitement crédible, un héros qui n’attendait qu’une opportunité digne de ce nom pour se révéler... il n’y a pas à dire, Shaun of the Dead, c’est la galette complète du film de zombies comique ! Soit, il n’y a pas vraiment d’autre prétendant au titre... mais les aspirants-champions vont avoir du pain sur la planche !

Car le grand talent de Shaun of the Dead - outre son casting remarquable - provient d’une écriture parfaite, réfléchie dans ses moindres détails, usant avec aisance des hommages, des emprunts et de l’autoréférence, afin de jouer au maximum avec une ironie dramatique à peine anticipée, conférant au film un rythme d’enfer, entre idées novatrices et bons mots qui font mouche... On pourrait croire, au vu de la mise en place impeccable, que le film va s’essoufler, sombrer dans une quelconque facilité ou céder aux sirènes d’une action redondante, si attractive lorsqu’on se trouve en huis-clos... mais non, bien au contraire ! Shaun of the Dead file à cent à l’heure, pesant chaque dialogue, chaque geste comme il se doit, au point d’en constituer un véritable morceau de poésie cinématographique ! Un tantinet morbide certes, mais quelle maîtrise des multiples langages utilisés ! Et toute reflexion faite, il se peut que les anglais soient les seuls à pouvoir maîtriser une telle recette ; Edgar Wright parvient à faire rimer film de zombie avec comédie, mais aussi hommage aux puristes avec spectacle populaire. Et c’est certainement - cerise sur le gâteau - la plus grande réussite de ce Shaun of the Dead, chef-d’œuvre remarquable d’un genre qui se décide enfin à faire comme ses principaux protagonistes - à savoir revenir à la vie. Merci, Edgar Wright et Simon Pegg !!!

Akatomy | 14.07.2005 | Hors-Asie

Déjà disponible en DVD en Angleterre et aux USA, Shaun of the Dead sortira sur les écrans français le 27 juillet prochain.

[1Il convient toutefois de signaler que, en dépit du bon sens, le réalisateur continue de nier que 28 Days Later soit un film de zombies.

UK | 2004 | Un film de Edgar Wright | Avec Simon Pegg, Kate Ashfield, Nick Frost, Lucy Davis, Dylan Moran, Nicola Cunningham, Peter Serafinowicz, Bill Nighy, Jessica Stevenson, Penelope Wilton
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