Shurayuki Hime

Tant que nous y sommes, autant boucler la boucle... Près de trente ans après les deux incroyables films de Toshiya Fujita avec Meiko Kaji, Shinsuke Sato décide de passer à la réalisation pour reformuler l’histoire de Kazuo Koike. A l’origine scénariste (Himawari de Isao Yukisada avec Kumiko Aso - 2000 ; Tokyo Lullaby de Jun Ichikawa avec Mitsuko Baisho), c’est Sato lui-même qui se colle à la ré-écriture de ce mythe du film de sabre, le transposant au passage dans un Japon futuriste, terriblement froid...

Autrefois gardes d’un royaume voisin, les membres du Clan Takemikazuchi ont fait les frais de la modernisation du pays. Assassins hors-pairs, ils vivent désormais en reclus et vendent leurs services aux plus offrants, obéissant tant que possible à un code d’honneur en voie d’extinction. Yuki, descendante directe de la lignée Takemikazuchi, découvre, avec l’aide d’un mystérieux vieillard, la vérité derrière l’assassinat de sa mère, la Princesse Azora. Dés lors, elle se retourne contre ceux qui prétendaient être les siens, afin de venger l’honneur bafoué de sa famille - et la mort de sa mère. Blessée après un combat contre les assassins, Yuki se réfugie dans la demeure du mystérieux Takashi, rebelle / terroriste insoupçonné...

En transposant l’histoire de Lady Snowblood dans un futur indéterminé, Shinsuke Sato ne perd pas de vue pour autant le contexte historique qui justifiait l’existence des deux films originaux. Le changement difficile de l’Ere Meiji est ici symbolisé par cette caste mourante de samuraïs modernes, par la remise en question d’un système de valeurs tournant autour de la mort et de l’honneur. Du coup, à l’image des films de Fujita - et surtout du second, dont Shurayuki Hime se rapproche le plus, le remake de Shinsuke Sato n’est pas un film de sabre à proprement parler. Ou alors si, mais dans un sens plus humain, plus moral.

Car si Shurayuki Hime n’est pas un véritable film d’action, c’est parce qu’il se positionne en tant que réfléxion sur l’avenir du Japon, et surtout sur la remise en question de valeurs ancestrales dans un monde complètement reconstruit par les modèles occidentaux. Yuki / Yumiko Shaku, comme Yuki / Meiko Kaji en son temps, incarne donc ce Japon qui prend conscience de cette dualité, le code d’honneur des samuraïs constituant à la fois une force (par rapport à soi-même) et une faiblesse (par rapport au monde extérieur, en évolution accélérée). Logiquement, donc, après une première demi-heure riche en action, Shura Yukihime laisse à chacun des personnages du film le temps de faire le point, chacun de son côté. Pendant près de trois-quarts d’heure, les différentes parties ne se croisent plus, sans pour autant se perdre de vue (d’un point de vue moral) : le chef des assassins ressasse ses convictions ; Takashi et Yuki retrouvent des valeurs de vie plus humaines et essentielles, tandis que Yuki ne soupçonne rien des activités de Takashi. D’ailleurs, les quêtes existentielles de Yuki et Takashi trouveront leur résolution, certes en parallèle, mais séparément.

Il est amusant de constater que ce remake s’intitule non plus, lors du carton de titre, Shurayuki Hime ("Princesse "Neige de l’enfer") mais Shura Yukihime ("Princesse Neige" Infernale). La nuance est de taille, et se retrouve aussi bien dans le personnage de Yuki que dans la réalisation de Shinsuke Sato. En effet, la où Yuki / Meiko Kaji était née uniquement dans le but de remplir une vengeance, Yuki / Yumiko Shaku se découvre une haine intérieure en cours de route. Du coup, à l’image de son héroine, la réalisation de Sato oscille entre la drame calme et l’action apocalyptique. Yuki ne devient Shura Yuki que dans ces incroyables scènes de combat (chorégraphiées par un Donnie Yen décidément au sommet de son art - dois-je vous rappeler d’aller voir Blade 2 ?), où elle donne l’impression de lutter, à chaque fois, comme si c’était la dernière fois. Yumiko Shaku, mois "femme" que Meiko Kaji (la jeune actrice, dont c’est le premier rôle au cinéma, est bien évidemment une "idol"), incarne parfaitement cette dualité du personnage, à la fois douce et innocente (lors de sa découverte de la vie avec Takashi), et proprement bestiale (toutes les scènes de combat).

Bien que visiblement déroutant pour beaucoup de spectateurs (sans doute à cause de la bande-annonce qui privilégiait le côté film d’action "à la Versus"), ce Shurayuki Hime cru 2002 est une véritable réussite, un film de sabre "dans l’esprit", à la fois doux et brutal - comme tout lame se devrait d’être, non ? Et puis, même si les scènes d’action sont finalement peu nombreuses, celles-ci sont suffisamment incroyables pour justifier une vision du film, aussi sceptiques que vous puissiez être. J’ai même regardé les 20 dernières minutes deux fois de suite, c’est vous dire, en applaudissant à plusieurs reprises ! Quand en plus on a Kenji Kawai à la musique... Non, vraiment, ce Shurayuki Hime est vraiment un film "moderne", intelligent, beau (la photographie est hallucinante), et apocalyptique. Une réussite, quoi.

Akatomy | 16.07.2002 | Japon

Shura Yukihime est disponible dans une pléthore d’éditions DVD - malheureusement toutes japonaises et sans sous-titres. Il y a tout d’abord la très belle édition collector double-DVD, avec sa multitude de suppléments (making-of à gogo, trailer, etc...), malheureusement déjà épuisée, à peine un mois après sa sortie. Du coup, il y a désormais l’édition simple, qui comporte uniquement le premier disque de cette double édition (pour le même prix !). Et puis, dans quelque temps sortira un coffret collector avec le film en DVD, et une photo encadrée de Yuki dédicacée par Yumiko Shaku. Autant dire que le prix augmente en conséquence...

Pour les collectionneurs / fétichistes, existe aussi un box "making-of" avec un documentaire, et surtout une superbe figurine de Princess Blade.

aka Princess Blade | Japon | 2002 | Un film de Shinsuke Sato | Avec Hideaki Ito, Yumiko Shaku, Shirô Sano, Yoichi Numata, Kyusaku Shimada, Yoko Maki
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