Siti

Femme au bord de la crise de nerfs

Depuis l’accident de son mari qui a laissé ce dernier paralysé et muet, Siti doit subvenir aux besoins de celui-ci, de son fils et de sa belle-mère. Mais elle doit également rembourser l’argent emprunté pour acheter le bateau de pêche de son époux. Aidée par sa belle-mère, elle vend des gâteaux aux touristes pendant la journée sur une plage près de chez elle et travaille le soir comme hôtesse dans un bar-karaoké. Elle rencontre alors un policier au charme duquel elle n’est pas indifférente. Mais elle hésite à pousser plus loin ce flirt qui vient compliquer une vie qui l’est déjà suffisamment comme cela.
 
Siti est le très beau portrait d’une femme proche du point de rupture, écartelée entre ses devoirs de mère, d’épouse et de bru, et ses propres désirs qu’elle réprime. Une fois seule, après avoir réalisé une série de tâches ménagères, dont celle de convaincre son fils de partir à l’école, elle transforme une lessive en séance d’extériorisation de cette frustration.

Le cinéaste fait preuve d’un goût très sûr dans la mise en place de ses personnages dans le cadre. Il les suit aussi bien à la trace dans de longs plans séquences pour montrer la pression s’exerçant sur eux, comme il peut les laisser s’échapper dans le cadre.
 
Il en est ainsi des moments de bonheur de Siti avec son fils, qui sont renvoyés dans les confins du cadre, histoire de montrer qu’ils existent mais sont périphériques à l’histoire qui se déroule sous nos yeux. Visuellement l’effet est très réussi, comme dans cette scène où mère et fils jouent au cerf volant sur la plage. Mais la scène la plus réussie est celle qui clôture le film, même si elle m’a dans un premier temps laissé interrogatif sur son sens. Siti s’échappe de l’ombre de la nuit qui s’achève – qui est aussi celle de sa vie actuelle comme souligné par le choix du noir et blanc - pour s’approcher de la mer et du jour.

Les paroles prononcées par son mari avant son accident prennent alors un relief particulier : Il n’y pas de tristesse dans l’océan, que du bonheur.

Le film est dans son ensemble plastiquement réussi, avec un noir et blanc somptueux. Eddy Cahyono et son directeur de la photographie n’hésitent pas à plonger leurs personnages dans l’ombre la plus noire, seules quelques touches argentées délimitant le contour du visage.

Ils appliquent leur art à l’océan, qui s’il est peu présent à l’écran joue néanmoins un rôle important. La grande bleue ici transformée en grande grise est montrée splendidement dans son ambivalence : pour ce village de pêcheurs, elle est à la fois synonyme de subsistance, et de danger.
 
Si la taille du budget d’un film n’est pas proportionnelle à sa qualité, Eddy Cahyono apporte ici une encore la preuve - et de quelle manière - que même si celui-ci est très réduit – ici seulement 10 000 dollars - un excellent film peut être mis en scène.

Kizushii | 19.10.2017 | Indonésie

Siti est disponible chez Spectrum Films depuis le 25 septembre.
Remerciements à l’éditeur.

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