Skins

It’s a wild world. [1]

Plus de dix ans après sa sortie dans les salles obscures, Kids de Larry Clark a trouvé un petit frère sur les écrans britanniques : Skins. Le titre constitue une ébauche de programme. Dans l’argot d’outre-Manche, skins évoque aussi bien le papier à cigarette servant à rouler des pétards, dont les lycéens qu’il décrit font un usage immodéré, que les capotes, dont on oublie qu’elles sont d’abord anglaises !

En deux saisons et dix-neuf épisodes, la série retrace les deux dernières années de lycée de filles et de fils de la classe moyenne britannique. Chaque épisode est centré sur l’un des membres de cette joyeuse bande tout en contribuant à l’avancement de la trame narrative. Mais tous les personnages ne sont pas égaux, l’histoire tourne surtout au tour de deux couples : Tony/Michelle et Syd/Cassie.

Tony est le meneur de cette petite bande à qui tout réussi, des filles aux études. Mais derrière ses airs de fils et d’élève modèles, c’est un cynique et un manipulateur. Il croit que rien ne peut lui résister et, sur ce point, il n’est peut-être pas aussi intelligent qu’il le croit.

Dans son ombre, on est sûr de trouver Syd(ney), le roi de la « loose », puceau amoureux de la copine de son meilleure pote. Tellement aveuglé par son béguin qu’il ne voit pas celle qui lui tend les bras. Toute ressemblance avec des faits qui auraient réellement existé ne me semble pas fortuite. A-t-il touché le fond ? Pas sûr. L’archétype du bon pote. « Je t’aime, mais comme un frère », une phrase qu’il entend trop souvent à son goût.

(Mi)chelle alias Tits [2] est la petite amie maintes fois trompée de Tony. Elle est élégante et jolie avec son petit nez pointu et son regard espiègle. S’accroche-t-elle à lui de peur de finir comme sa mère de boyfriend en boyfriend ?

Cassie est le personnage le plus attachant de la première saison. Elle retrouve ses amis après un séjour en maison de repos où elle soignait son anorexie et ses problèmes psychologiques. Elle nous offre un nouvel exemple de l’excentrique anglaise. Cassie reconnaît sans doute en Syd quelqu’un d’aussi paumé qu’elle. Une âme simple qui marque son enchantement en écarquillant ses yeux marrons et en gazouillant.

Le reste de la fine équipe est constitué de Jal, la clarinettiste surdouée. Elle est le personnage de la bande le plus normal et la voix de la raison. Anwar, d’origine pakistanaise, doit tracer sa voie entre sa foi musulmane, ses appétits sexuels et le fait que son meilleur ami Maxxie, autre membre de la bande, est homosexuel. Chris est l’électron libre, le roi du cacheton et des poissons, abandonné de sa famille. Heureusement, peu de filles résistent à son humour. Effie est la petite dernière, sœur de Tony, la plus jeune mais pas la moins experte dans le domaine des choses de la vie.

La distribution est donc politiquement correcte et n’échappe pas aux stéréotypes. La première saison suit ces adolescents en pleine période d’insouciance, au moment où leurs principales préoccupations se résument à leur vie sentimentale et leurs relations amicales. En ce sens, elle ne s’éloigne guère des autres séries du même genre.

Mais c’est la vision qui en est donnée qui diffère fortement, très brut de décoffrage, anti-Disney. Comme dans Kids, le voyeurisme en moins, les jeunes fument des pétards, font l’amour, se masturbent, vomissent... Rien n’est épargné de ce que les adolescents peuvent faire hors de la vue des adultes. Cela peut parfois être un petit too much [3], mais ne soyons pas non plus hypocrites, ce piment en fait aussi son sel. Du coup, les autres séries de ce genre sont en voie de ringardisation rapide. Surtout que le message moralisateur habituellement asséné lorsque ces thèmes sont habituellement abordés est singulièrement absent.

La deuxième saison, d’abord un peu chaotique en raison des bouleversements de l’année précédente, parvient ensuite à trouver son équilibre, puis à prendre de la hauteur et faire passer une vraie émotion. Cette saison est celle du rééquilibrage. Les personnages qui n’appartiennent pas au quatuor vedette sont plus développés. Et pour tous, leur personnalité est approfondie. Syd n’est pas que le loser de service et le chien-chien de Tony, Cassie n’est pas simplement cette jeune fille un peu timbrée, quant à Tony... Leurs expériences les ont mûris et l’adolescent laisse lentement la place à un jeune adulte. Même si on s’amuse toujours beaucoup des frasques de nos héros, le ton est plus doux-amer. Le temps de l’innocence touche à sa fin.

Une troisième saison est attendue, mais les producteurs ont pris une décision inattendue : le casting sera entièrement changé ! A part sans doute Effie, qui pourrait bien être au centre de ces nouvelles aventures.

Kizushii | 29.05.2008 | Hors-Asie

La première saison a été diffusée sur Canal + en décembre 2007 et est désormais disponible en DVD. La deuxième est seulement disponible en DVD en Angleterre. On préférera la version anglaise car les voix sont moins puériles.

[1Un monde fou : chanson de Cat Stevens reprise par les acteurs de la série à la fin de la première saison.

[2Nibards.

[3Skins n’est pas aussi trash que la campagne marketing quasi "porno chic" qui l’entoure voudrait nous le faire croîre.

Royaume-Uni | 2007 | Développé par Jamie Brittain et Bryan Elsley | Avec Nicholas Hoult, April Pearson, Mike Bailey, Hannah Murray, Joseph Dempsie, Larissa Wilson, Mitch Hewer, Dev Patel, Kaya Scodelario
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