Sleeping With the Dead

Combien de fois peut-on dupliquer ou reformuler une idée avant que celle-ci se retrouve complètement dénaturée - et surtout dénuée du moindre intérêt ? C’est ce que les scénaristes et réalisateurs de films fantastiques et d’horreur semblent tenter de savoir, chaque fois qu’un nouveau filon se présente. Ce n’est pas la première fois que la vague surnaturelle initiée avec succès par Le sixième sens est mentionnée en ces pages. Au vu de Sleeping With the Dead, on en viendrait presque à souhaiter toutefois, que ce soit une des dernières...

David (Jordan Chan) est un médecin taciturne dont la mère vient de décéder, dans les murs de l’hôpital où il travaille. Comme si ce n’était pas suffisant pour justifier une baisse de moral, le couple de David bat de l’aile depuis que sa femme Jane est rentrée d’un séjour d’un an à Taïwan. Les époux ne se parlent presque plus, et pour cause : des photos prises par des détectives employés par David montrent Jane au bras d’un autre homme, de façon régulière. Cependant, David ne dit rien à sa compagne : c’est un homme seul, presque sans amis, qui garde tous ses sentiments pour lui, ne communiquant jamais la moindre émotion ou préoccupation aux quelques personnes qu’il fréquente.

Mais ce n’est pas tout : depuis qu’il est tout petit, David voit des choses que la plupart des gens ne peuvent pas voir. Des esprits ? David n’en est pas certain, et ne semble même pas curieux de le savoir. Hallucinations et cauchemars épouvantables suffiraient pourtant à préoccuper beaucoup de gens... comme nous - les spectateurs - d’ailleurs : car depuis le début du film, nous avons eu droit à plusieurs visions mystérieuses (une jeune femme en noir, des marches teintées de sang, un homme énucléé), fort inquiétantes, qui semblent avoir un lien avec une étrange série de meurtres.
Un soir qu’il tente de se changer les idées en discothèque, David rencontre Cindy (Kelly Lin), avec qui il a des rapports sexuels - après quoi la jeune femme disparaît dans la nature. C’est au tour d’une autre personne d’entrer dans la vie de David : l’inspecteur Cheung en charge de l’enquête autour des meurtres mentionnés ci-dessus. Cheung est en fait un ami d’enfance de David - tous comme les trois cadavres accumulés jusqu’ici. Tous trois sont décédés le jour de leur anniversaire, et c’est bientôt au tour de Cheung de rajouter une année au compteur. Et Ling, une autre de leurs amis de l’époque et premier amour de David, qui demeure introuvable...

Et pourtant Sleeping With the Dead démarre bien : des images percutantes alternées avec une réalisation lente et posée, un personnage principal attachant, une aura mystérieuse, et bien sûr l’arrivée de Kelly Lin...
Pendant les trois premiers quarts-d’heure de l’histoire, Sleeping With the Dead joue la carte de l’hésitation volontaire, comme Inner Senses a pu le faire avant lui : sommes-nous vraiment face à un film d’horreur, ou alors le dernier film de Steve Cheng (Bio-Cops) est-il un drame "humain" complexe ? Malheureusement, la nature du personnage de Kelly Lin est trop rapidement trahie, non seulement par un personnage maladroit de voyante, mais par le titre du film lui-même ; enlevant la majeure partie de l’intérêt du film.
Dés lors, Sleeping With the Dead se contente d’enfoncer le clou de façon moyennement honnête, jouant la carte du sordide de façon certes réussie mais parfaitement gratuite, voire malsaine. Et, plutôt que de loucher vers l’adaptation à la sauce asiatique "intelligente", à la manière d’un Visible Secret, Sleeping With the Dead s’impose comme une repompe cheap et malhonnête du fantastique Stir of Echoes (Hypnose - 1999) de David Koepp.

Restent tout de même quelques scènes sympathiques, un malaise certain provoqué par le dénouement de l’histoire, et l’attachement du spectateur pour les personnages de Jordan Chan et Kelly Lin. Mais le film demeure trop tortueux dans sa resucée, refusant d’assumer ses influences, pour atteindre son objectif de façon efficace. La preuve de cet échec de "mensonge" réside d’ailleurs dans le final du film, qui se rattache brusquement au personnage de David et à ses problèmes émotionnels de façon parfaitement incompréhensible - plombant davantage le peu d’impact que pouvait avoir une révélation cousue de fil blanc.
En désavouant le caractère fantastique de son film, Steve Cheng nous offre les derniers arguments pour pouvoir affirmer que Sleeping With the Dead est un film consciemment raté. Il suffit de jeter un oeil aux scènes coupées pour en être encore plus persuadé (sans même mentionner les effets spéciaux pathétiques qui y figurent). Foutez donc la paix à tous ces esprits tourmentés, si vous n’avez pas l’intention de les laisser s’exprimer !

Akatomy | 21.09.2002 | Hong Kong

Sleeping With the Dead est disponible en VCD et DVD HK chez Modern.
Le VCD du film contient - heureuse initiative - les scènes coupées ainsi que quelques trailers de films fantastiques coréens, en parfaite cohérence avec l’ambition de l’ensemble...

Hong Kong | 2002 | Un film de Steve Cheng (Wai Man) | Avec Jordan Chan Siu-Chun, Kelly Lin Hsi-Lei (Kelly Lam Hei-Lui), Chan Man Chi, Simon Loui Yu-Yeung, Cheung Tat-Ming, Wong Goon Chung
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