Soie noire

Soie noireTom est amoureux de Puree, une jeune femme, veuve et maman (la « soie noire » du titre, c’est elle), qui accepte les sentiments de son prétendant, sans pour autant vouloir se montrer à ses côtés, et encore moins se marier. Cela fait pourtant longtemps que les tourtereaux convolent en douce... Tom travaille dans le night club de Sema. Celui-ci, pas foncièrement honnête, vit sous la menace permanente de son créancier, refusant de payer ce qu’il lui doit. Prétextant que Tom va trouver au terme de son plan de quoi organiser son mariage avec Puree, Sema profite de la mort de son frère jumeau Senee, au fin fond de la jungle, pour assassiner ses créanciers avec l’aide involontaire des amoureux, se faire passer pour mort et prendre la place du frère défunt, afin de vivre une vie tranquille, sans dettes. Mais Puree est hantée par les remords, et refuse d’accepter l’acte meurtrier de Tom, qui lui-même fait ressentir ses doutes à Sema. Le vil gérant décide donc de séparer les amoureux, obligeant Tom à jouer le mort et kidnappant le bébé de Puree, pour acheter son silence. Un acte qui va avoir de bien tristes conséquences...

Nominé à l’Ours d’or à Berlin en 1961, Soie noire est un film de R.D. Pestonji, réalisateur considéré comme la plus influente figure de l’histoire du cinéma thaïlandais, père fondateur du nouveau Cinéma Thaï. Tourné dans un scope flamboyant - le « Hanuman Scope », qui semble avoir pour particularité un effet grand angle prononcé sur les bords de l’image - Soie noire est un mélodrame tout ce qu’il y a de plus... mélodramatique, avec un soucis de la dramaturgie quasi-théâtral et un intérêt pour le moins démonstratif pour la mise en scène des cheminements du Karma.

Soie noireLe film de Pesonji s’ouvre en effet sur une cérémonie religieuse au cours de laquelle un moine explique à son assemblée médusée - à l’exception de Puree qui désespère, à juste titre, de voir Tom arriver au temple - les principes du Karma, et la notion de conséquence. Un mot qui résume le film à lui seul, tant celui-ci s’acharne à cumuler les conséquences de l’acte de Tom, à l’origine généreux (si tant est que prendre la vie de quelqu’un par intérêt économique puisse passer pour un acte altruiste), au final plus que funeste. Car lorsque le karma aura terminé de régler ses comptes avec le malheureux amoureux, celui-ci aura perdu la vie, sa dulcinée, cette dernière son bébé... argh ! Soie noire rivalise d’ingéniosité pour mener toutes ses figures, positives ou négatives, à leur perte, dans un gigantesque battement d’ailes de papillon. Le chaos maîtrisé par Sema est régulièrement abracadabrant - comment Tom peut-il accepter de se faire passer pour mort, plutôt que de se retourner contre Sema et couler des jours heureux avec sa belle ? - mais toujours prenant, si l’on excepte le rythme longuet de l’ensemble. La caméra de Pesonji est loin d’être dynamique, même si, à sa façon et certainement à cause de la palette de couleurs employée autant que grâce aux développements atypiques, elle lorgne un peu du côté de celle de Suzuki. Mais pour que la comparaison aille au-delà de l’anecdote, il faudrait que le rythme soit plus soutenu, plus dense.

Car si Soie noire manque d’une chose, c’est bien de densité. Pour justifier sa durée abusive de 129 minutes, le film cumule par exemple les séquences chantées et inutiles, simples prestations scéniques et contextuelles, et profite un peu trop de sa vocation de documentaire dramatique. Pour ses scènes de cérémonies religieuses et de procédures légales et pénitentiaires, Soie noire bénéficie en effet de l’aide de consultants spécifiques (c’est le générique qui nous le précise). Ce qui nous offre de longues séquences d’ordination et de tribunal, méticuleuses certainement - si l’on accepte de faire abstraction des figurants momifiés - mais passablement ennuyeuses.

Alors que Soie noire est certainement baigné de bonnes intentions, constituant une mise en garde sincère aux amoureux qui penseraient à tuer pour mieux vivre leur idylle ( ?!? ), il ne lui manque finalement qu’un peu d’excès graphique pour basculer dans le film d’exploitation involontaire. On retrouve en effet cette même volonté de mettre en scène des actes ignobles (toutes proportions gardées), en confrontant fiction et velléités « informatives »... Voir Soie noire reste toutefois une opportunité précieuse de comprendre les origines du cinéma, lui aussi karmique et pourtant libre, fait tout entier d’actions et de réactions, de Pen-ek Ratanaruang et de ses compatriotes.

Soie noire a été diffusé au cours de la 28ème édition du Festival des 3 Continents (Nantes), dans le cadre du Focus Thaïlande : Tout à fait Thaï.

aka แพรดำ - Prae Dum - Black Silk | Thaïlande | 1961 | Un film de R.D. Pestonji | Avec Rattanawadli Rattanaphan, Tom Wisswachat, Seni Utsenisan, Thawin Worawiboon
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