Solos

Dur dur le monde des films d’auteurs. Il est très facile de sombrer dans les clichés, filmer des protagonistes l’un de face et l’autre de profil, regardant dans le vague en tirant sur des cigarettes ; ou encore de se borner à filmer un tuyau aspirant de la fumée pendant 1min30 comme dans le Syndromes and a Century de l’année dernière.

Un homme d’âge mûr regarde son compagnon. En plein sommeil, il le caresse, le sent, l’embrasse… Ils sont nus, le jeune homme n’ouvre pas les yeux et se laisse faire une fellation. Quelques heures plus tard, les deux hommes plient bagages et se rendent chez la mère du garçon. Les trois partagent un repas. Aucun mot n’est échangé, le film sera muet de paroles… en surface.

Kan Lume, l’un des co-réalisateurs, a bien insisté sur ce fait : « mon film est simple ». Son propos l’est aussi. Aussi la façon de faire l’est-elle forcément. Des plans fixes pour l’identification des lieux : l’appartement que partage le couple, et celui que partage la mère avec son fils. Une économie de dialogues puisqu’il n’y en a que peu, le plus souvent hors champ et particulièrement inaudibles. Enfin l’histoire est la plus simpliste du monde et se résume à des rapports affectifs entre une mère, son fils, et son amant plus âgé. Sur fond de chocs de générations (hétérosexuel / homosexuel) et de conflits, non pas dus à l’homosexualité du jeune homme mais au manque total de communication par la voix, par le toucher et les autres sens.

En effet le propos véritable de Solos est que, dans un monde esclave de l’ultra technologie, les humains ont oublié le réel, le plus simple des outils de communication : la parole et surtout l’écoute de celle-ci. Mais ce fléau, tout aussi universel qu’il soit, ne constitue qu’une première couche.

Pas besoin de gratter bien longtemps et de se poser des questions existentielles, puisque le film est une fois encore le plus simple du monde ; il nous suffit d’ouvrir les yeux pour nous rendre compte que le personnage de la mère se réfugie dans tout un tas de gadgets (un lustreur de sol, un siège auto massant) pour combler un vide et entendre autre chose que le silence de sa vie.

Certes l’homosexualité et les rapports sexuels plutôt crus entre les personnages masculins tiennent une place importante, mais accentuent encore plus le manque de communication. L’échange est corporel, les amants ne se voient pas. Les relations paraissent saines ou du moins, elles sont normales : la mère reçoit le petit ami de son fils, mais elle ronge son frein, non pas à cause de la « déviance » de son fils, mais parce qu’il sont devenus sourds aux attentes de chacun. Ce même personnage est profondément triste et seul, comme beaucoup trop de citoyens, pas seulement à Singapour mais de par le monde. Peut-être que l’une des portes de sorties de ce « cancer social » reste simplement l’art, l’art dans toutes ses formes

Car au bout du compte, ce que tous ces réalisateurs, ces compositeurs, ces artistes essayent de nous dire, de nous communiquer - et ce malgré les oppressions et les censures en tous genres - c’est l’amour de l’art et la force incroyable que l’on obtient en le faisant partager aux autres : ce qui est la plus simple des pensées.

Ainsi comme Kan Lume l’affirmait en préambule de la projection, les habitants de Singapour ont complètement oublié l’art au profit de, et/ou à cause de la technologie. Peut être que ces Solos à plusieurs nous démontrent une forme de solution. En tout cas, Solos est la surprise du festival.

Solos a été diffusé au cours de la dixième édition du Festival du film asiatique de Deauville (2008), en compétition officielle.

Singapour | 2007 | Un film de Kan Lume et Loo Zihan | Avec Loo Zihan, Lim Yu Beng, Goh Guat Kian
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