Sorum

Le pathétique The Record, l’inégal Nightmare, les bourrins Say Yes et The Snare... Pour l’instant, à l’exception de la réadaptation du roman Ring original de Koji Suzuki (The Ring Virus), l’horreur coréenne ne m’a toujours pas convaincu. Certes, hormis The Record, les films cités ci-dessus sont sympathiques et se regardent avec plaisir. De là à laisser une marque durable dans nos eprits, il y a encore un pas que les cinéastes coréens n’ont pas su franchir. Et franchement, ce n’est pas Sorum ("chair de poule" en coréen) qui risque de modifier la donne...

Kim, un chauffeur de taxi sans le sou, se trouve une piaule crade et pas chère dans le complexe d’appartements Migum ; un immeuble condamné dans un avenir plus ou moins proche, et par conséquent délesté de pas mal de ses habitants... Sur place, il fait tout d’abord la rencontre de son voisin direct, un éditeur déchu du nom de Lee qui travaille sur un roman d’horreur basé sur l’histoire des lieux. La jeune Sun-Young, vendeuse au 7/Eleven du coin, doublée d’une femme sauvagement battue par son mari, lui apprend en effet que son appartement, le 504, fut le lieu d’un accident quelque temps auparavant. Un jeune aspirant écrivain (tiens donc...) du nom de Kwag-Tae, y aurait trouvé la mort dans d’étranges circonstances... En se rendant chez son coiffeur (et accessoirement propriétaire), Kim assiste à une conversation entre Lee et ce dernier, au cours de laquelle il apprend que, 30 ans auparavant, une femme et son enfant furent aussi assassinés dans l’appartement 504...

Si j’insiste sur le concept de deux personnages écrivains, au cours de ce résumé qui aurait pu aboutir sur une histoire vraiment intéressante, vous vous doutez bien que ce n’est pas gratuit. En effet, Sorum est une vague tentative d’intellectualisation cinématographique de Shining. Avec, bien sûr, toutes les erreurs de compréhension linguistique que peut entraîner un tel projet.

Car le film de Kubrick, s’il n’est pas, à mes yeux, parfait, possède au moins une véritable qualité - plusieurs en fait - la principale étant bien sûr de faire sacrément peur. Mais avant tout, Kubrick sait faire la différence entre mystère et incompréhension, et le processus qui aboutit à la démence meurtrière de Jack est "fantastique" tout en restant parfaitement intelligible.
Yun Jong-Chan, quant à lui, est complètement à côté de la plaque. On aurait pu croire pourtant qu’il avait bon nombre d’atouts de son côté. Le setting du film notamment, à savoir un immeuble particulièrement repoussant dans lequel la lumière peine constamment à pénétrer, aurait pu tenir lieu d’interprète principal - tout comme l’Overlook de Shining. Ici, les couloirs se contentent juste d’être sales, jamais effrayants, là où le côté très "clinique" de l’Overlook débouchait justement sur une perversion autrement plus intéressante.

Dans les premières minutes du film, on se dit qu’aborder un film d’horreur "à la Kim Ki-Duk" - à savoir en ancrant l’horreur en surface, de façon anodine, plutôt qu’en utilisant des mécanismes stylistiques outranciers - peut avoir un intérêt certain.
Mais justement, c’est là que réside le problème de Sorum : contrairement à Kim Ki-Duk qui parvient toujours à nous plonger de façon pernicieuse dans un malaise "global", Yun Jong-Chan reste, pendant 1h45, en surface de son sujet, contamment en esquisse d’une horreur diffilement saisissable pour nous qui sommes extérieurs à l’histoire. Au bout du compte, si l’on parvient à recoller les morceaux de cette tragédie moderne orientée maison hantée, le malaise reste trop plat pour nous mener vers une véritable compréhension/appréhension. Il y a bien quelques flashs fugitifs (au total moins d’une minute, supposée contenir la clé du mystère), d’une violence telle qu’ils suscitent une réponse physique immédiate, mais ils sont tellement courts qu’ils ne laissent qu’une impression subliminale, et ne suffisent pas à faire naître chez nous la "chair de poule" du titre du film. Pas plus que les quelques instants malsains (j’en veux pour exemple la scène de l’accident qui provoque l’hilarité du héros, absolument gratuite) répartis au long de l’histoire, d’ailleurs...

En fait, à force d’avoir voulu conceptualiser son sujet pour en faire un film d’horreur subtil, Yun Jong-Chan a abouti à un applat terne et sans aucun impact, qui ne parvient, à la fin, qu’à énerver le spectateur : à force de trop vouloir intellectualiser une approche, on se retrouve à prendre l’intégralité de son public pour des cons, tout simplement. Bien tenté, mais moi je ne marche pas, monsieur Yun !

Akatomy | 21.05.2002 | Corée du Sud

Sorum est disponible en double DVD coréen chez Atlanta, avec même un bout de pellicule en prime !
Sur le premier DVD, le film en 5.1 dans une copie correcte mais qui aurait bien aimé être anamorphique, sous-titrée en anglais, avec la liste habituelle de suppléments : trailer, interviews, filmographies...
Sur le second DVD, trois court-métrages du réalisateur, que je ne me suis pas encore aventuré à découvrir. On n’a qu’une vie, voyez-vous, et tellement de bons films à regarder !

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