Space Travelers

Katsuyuki Motohiro fait partie de ces réalisateurs dont nous aurons traité l’œuvre à l’envers sur SdA. Jusqu’à maintenant effectivement, seul Satorare : Tribute to a Sad Genius avait bénéficié d’un article en ces pages - et ce pour une raison simple, déjà évoquée récemment dans les lignes traitant d’un certain Wild Zero : la vision des autres long métrages du réalisateur remonte à bien avant l’existence de la Sancho Galaxy. Si aujourd’hui nous remontons jusqu’à Space Travelers, sans doute finirons-nous pas revenir à l’incroyable Bayside Shakedown, et - qui sait ? - peut-être même à la série à l’origine de ce dernier, le jour où Kuro, ayant bouclé Sancho does hitomi, se plongera dans son fantasmé Sancho does Dorama... Mais quittons le domaine de la spéculation pour revenir à une certaine vision de la réalité, déformée par une passion dangereuse pour l’animation...

Nishiyama (Takeshi Kaneshiro), Fujimoto (Masanobu Ando) et Takamura (Hiroyuki Ikeuchi) se mettent en tête de vider les coffres d’une agence de la Cosmo Bank (dirigée par Ren Osugi), afin de pouvoir rejoindre leur "paradis" - incarné pour les trois orphelins par une carte postale abîmée d’une île tropicale indéterminée.
Avant que les braqueurs ne mettent leur plan à exécution, le personnel de la banque termine de vaquer à ses occupations quotidiennes : Midori (Eri Fukatsu) attend patiemment qu’arrive l’heure de la fête costumée en l’honneur de son mariage avec un autre employé, Nomura (Masatoshi Hamada). L’intégralité du staff féminin met en doute le choix de Midori en se remémorant leurs frasques avec Nomura tandis que dans le hall de l’agence, un assistant timide tente de se dépêtrer d’un réparateur en électronique ayant perdu le code de sa carte bleue, un couple en instance de divorce règle ses comptes devant une Midori gênée, et un homme taciturne - un nounours flippant dans les mains (une réminiscence de Bayside Shakedown ?) - exige la conversion d’une quantité démesurée de pesos "honnêtement gagnés"... Ren Osugi surveille les activités de chacun, garant de la qualité de service de l’établissement.
C’est lorsque la Cosmo Bank ferme ses portes que nos trois héros, masqués et sévèrement armés, font irruption devant le staff effrayé. Midori croit d’abord à une blague, mais est rapidement convaincue par les coups de feu tirés par Takamura pour désactiver les caméras de surveillance.
Tout aurait pu se dérouler en l’espace des trois minutes initialement prévues par Nishiyama, si Ren Osugi et un garde ne parvenaient à contenir la tentative de vol en s’isolant à l’intérieur de la chambre forte, condamnant l’intégralité des individus alors présents à attendre la réouverture automatique de l’établissement le lendemain matin...

Pourquoi un film de casse d’apparence traditionnelle porte-t-il le nom trompeur d’une aventure de science-fiction ? A l’image de Party 7, le générique de Space Travelers est celui d’un dessin animé imaginaire éponyme. Véritable objet de culte pour Fujimoto, ce dernier transposera, au cours d’une nuit de confrontation avec les forces de l’ordre, les aventures de son anime préféré à l’intérieur des murs de la banque, chacun des "otages" présents se faisant passer pour un membre d’une organisation criminelle baptisée d’après la série, et reprenant le sobriquet du personnage qui lui correspond le mieux.
L’objectif de cette identification est posé dès le début de Space Travelers par un carton de texte : "Where are you now ?" - question à laquelle la bande-son des premières images apporte une réponse par le biais de la chanson "Now I’m Here" de feu Queen. Plus qu’une histoire policière, le second film de Katsuyuki Motohiro est un film sur la liberté des êtres humains, sur la poursuite de leurs idéaux. Et celle-ci est double : alors que la quête des trois braqueurs semble, dès le départ, toucher à sa fin, celle des otages improvisés criminels se définit peu à peu, au fur et à mesure que chacun des personnages prend conscience de la vacuité de son existence. Cette renaissance s’appuie sur l’absence d’une justification véritable à la démarche gaiement nihiliste de Nishiyama et ses amis, qui implique elle-même un refus de jugement de la part du réalisateur. Katsuyuki parvient même à nous rendre sympathique un terroriste ténèbreux ; l’important étant justement de juger l’acte présent, pour ce qu’il offre comme possibilités pour l’avenir, plutôt que de revenir sur le passé, souvent non représentatif des volontés authentiques de chacun des protagonistes.

Film hybride - comme tous les films du réalisateur - Space Travelers débute comme un véritable film policier, à tendance comique, pour se conclure en forme de fable humaniste on ne peut plus sérieuse. La scène d’exposition est un véritable modèle du genre : les plans s’enchaînent avec une telle fluidité, chaque personnage étant traité avec une réalisation propre, que l’on a l’impression de suivre un gigantesque plan séquence, en temps réel. Katsuyuki adapte par la suite sa mise en scène à l’évolution de sa narration, de moins en moins factuelle au privilège de l’humain, et donne au film les qualités de ses défauts : un rythme batard, au sens positif du terme s’il en existe un, qui confère à Space Travelers un caractère véritablement unique, au-dessus de tout critère cinématographique traditionnel.
Car au bout du compte, seule compte la démarche de Nishiyama qui, aussi naïve et imparfaite soit-elle - à l’image de la narration -, symbolise une des seules impulsions de vie digne d’être ressentie. A l’image de Midori/Eri Fukatsu, le spectateur ne peut s’y tromper, et doit désormais compter avec cette question essentielle, réitérée en fin de projection : "Where are you now ?". A chacun de trouver sa réponse ; toujours est-il que Space Travelers peut certainement vous y aider !

Akatomy | 9.12.2002 | Japon

Dispo en DVD zone 2 NTSC au Japon, sans sous-titres anglais - dommage, car le prix est pour une fois très compétitif...
... Mais c’est sans regrets, puisque Space Travelers existe aussi en DVD HK chez Universe, dans une copie sous-titrée magnifique, agrémentée de 5.1 ou 2.0 au choix, et au prix très attractif.

aka Supeesu toraberaazu | Japon | 2000 | Un film de Katsuyuki Motohiro | Avec Takeshi Kaneshiro, Eri Fukatsu, Masanobu Ando, Hiroyuki Ikeuchi, Masatoshi Hamada, Ken Watanabe, Sawa Suzuki, Masahiro Komoto, Teruo Takeno, Shigemitsu Ogi, Ren Osugi
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