SPL

« On ne peut retenir la balle lancée sur une pente.
On n’arrête pas la vague déchaînée. »
M.Susini

L’Inspecteur de Police Chan et son équipe voient leur vie basculer lorsque la famille qu’ils protégeaient est exécutée sous leurs yeux. Le témoignage qui aurait dû envoyer pour de bon à l’ombre Po, la tête de proue de la pègre locale, n’aura pas lieu. Dès cet instant, Chan décide de stopper par tous les moyens, Po. Pourtant à quelques jours de sa retraite, Chan n’est toujours pas parvenu à le mettre sous les barreaux, et doit passer ses derniers moments à la tête de sa brigade d’intervention à débroussailler le terrain pour son remplaçant, l’Inspecteur Ma.

Bien vite, ce dernier remarque qu’un lien invisible unit cette équipe et que son intégration ne se fera pas sans efforts. D’ailleurs il est tout juste mis au courant, lorsqu’une vidéo montrant Po s’acharnant à coup de club de golf sur un malheureux, arrive sur le bureau de Chan. Effaçant la fin de la bande qui prouvait l’innocence de Po et la culpabilité d’un de ses hommes de main, le jeune retraité Chan empoigne un mandat d’arrêt bien résolu à incarcérer le responsable de tant de maux...

Incroyable retour aux sources du cinéma d’action made in Hong Kong, celui sans concessions, celui poussé à l’extrême, celui de Sammo sur l’île qui a fait de lui une légende, celui de Donnie plus rapide que jamais, et enfin celui de l’éternel et renversant Simon Yam. Formidable réponse au films thaïlandais contemporains dit d’action (Ong-Bak et Born to Fight en étant les fers de lance) qui restent de simples compétitions, filmées sous plusieurs angles, de cascadeurs déjantés aux prouesses physiques relevant de la fatigue cérébrale.

SPL, comprenez Sha Po Lang, nom des trois étoiles de mauvais augure qui , toujours selon Wilson Yip et l’astrologie locale, correspondent à chacun des personnages, Chan le flic, Po le mafieux, Ma le violent. De la confrontation de ces trois étoiles, pourtant porteuses de calamités, il pourrait même en sortir une certaine générosité, ce qui, en sachant cela, transformerait le final, mal amené pour certains voire indigeste pour d’autres, à une conclusion bien plus stellaire. Ainsi le destin de chacun ne serait plus écrit d’avance, il dépendrait entièrement d’un cycle céleste finalement positif et surtout rédempteur.

Ici pas de découpage putassier comme celui de Wu-Ji, censé nous faire croire en la rapidité des acteurs. Les combattants maîtrisent parfaitement leur gestuelle respective, ce qui nous donne des long plans volant autour d’eux. De ce fait, ce sont les images qui se servent de la caméra et non le contraire. Mais ce n’est pas l’unique différence avec l’action traditionnelle. En effet, Yip va se servir de codes de poses définis quelques années auparavant pas un Johnnie To Kei-Fung en grande forme, dans un The Mission halluciné, tant les acteurs furent bridés de tout jeu. Désamorcée par une musique ultra synthétique, l’action en ressortait encore plus acharnée, et faisait du film de To, une œuvre d’emblée inclassable dans le paysage cinématographique de l’ancienne colonie.

Mais revenons à SPL. Certes le scénario ne brille pas par son originalité (quoique !!) ni par sa profondeur. Donnie Yen n’est clairement pas l’acteur le plus doué qui soit ; mais sa vélocité tendue et les enchaînements de clés qu’il effectue sont d’une majesté impressionnante. Et puis quelques scènes resteront inoubliables. Et la confrontation finale entre Sammo et Donnie (Po et Ma) rassasie et confirme la première place que le cinéma d’action de Hong Kong n’avait jamais réellement perdu. La détermination dans le regard de Simon Yam lorsque qu’au volant de sa voiture il percute celle de Po, ce dernier n’hésitant pas à le défier en duel, club de golf à la main... Ou encore cette séquence de pose sur un toit alors que Chan et ses hommes viennent de tuer le responsable de la mort de leur coéquipier... Rarement des images se sont autant plues sur grand écran. On ne peut réellement que prendre un pied monumental devant un tel étalage de puissances, de poses, de névroses... et de violences.

SPL est revigorant, donne bien sûr envie de se jeter vivant contre les murs et les gaillards taillés comme Sammo Hung, de crier debout dans la salle : « ENCORE, ENCORE !! », de prendre une douche bien chaude puis se mettre devant la glace pour observer son corps en train de fumer, d’écouter la musique de Conan à fond... ahh tiens tiens, la musique justement.

La bande son est signée Chan Kwong Wing qui, depuis les succès de la trilogie Infernal Affairs, a trouvé son créneau en employant des sonorités puissantes et quelque peu pompières, notamment celle qui recouvre la scène du terrain de jeux, théâtre d’une très belle séquence en quasi clair-obscur. D’autant plus que la gigantesque salle de projection du CID de Deauville est pourvue d’un système d’enceintes à la puissance frôlant l’évanouissement, et provoquant la vibration de la structure de béton à chaque coup porté à l’écran.

A noter au passage que la BO d’Infernal Affairs II reste une prouesse de composition, tant Chan s’était retenu sur la partition du premier volet. D’ailleurs il fit de nouveau marche arrière pour IA 3, livrant des thèmes bien plus pompiers, à l’image de ce qui avait fonctionné aux yeux des producteurs et aux oreilles du public pour Infernal Affairs.

ShaPoLang est une réussite visuelle remarquable !!!

SPL fut présenté dans la section Panorama du 8ème Festival du film asiatique de Deauville. Le film de Wilson Yip est disponible en VCD et DVD HK, édité par Deltamac, sous-titré en anglais. Il existe même une édition double DVD avec une affiche au format A4. Courez-y !!!

Sites officiels :
- http://www.donnieyen.com/
- http://www.shapolangthemovie.com/
- http://www.sammohung.com/
- http://simonyam.com/

aka Sha Po Lang | Hong Kong | 2005 | Un film de Wilson Yip Shun-Wai | Avec Sammo Hung Kam-Bo, Simon Yam Tat-Wah, Donnie Yen, Kenji Taginaki, Jacky Wu-Jing, Ken Chang
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