Still Life

Still Life [1] débarque sur nos écrans auréolé du Lion d’Or de la Mostra de Venise. Une consécration pour Jia Zhang-ke qui avait créé la sensation il y a dix ans avec son premier film, Xiao Wu, artisan pickpocket. Son film précédent, le premier tourné officiellement, The World, faisait déjà partie des tous meilleurs films de l’année 2005.

Sanming, mineur originaire du Shanxi [2] revient à Fengjie, avant que la ville ne soit submergée par le lac de retenue du barrage des Trois Gorges. Sa femme l’a quitté avec sa fille il y a 16 ans, et depuis ils ne sont jamais revus. Malheureusement, ni sa femme ni sa fille ne sont présentes. Décidé à attendre leur retour, il prend pension dans un foyer pour travailleurs et se fait embaucher pour participer au nivellement de la cité. Au même moment, Shen Hong, également du Shanxi, vient son voir mari qu’elle n’a pas vu depuis deux ans et dont elle veut divorcer. Son mari lui a bien donné son numéro de téléphone, mais il n’est pas complet... Un mari qui prend de plus en plus des airs d’homme invisible.

Jia Zhang-ke nous offre une mise en scène au charme discret à base de panoramiques. Les scènes se dévoilent devant nos yeux comme les chinois des temps anciens les contemplaient lorsqu’ils déployaient leurs rouleaux de peinture. La scène d’ouverture nous en fournit une splendide illustration. Sur un fond de mélopée, sa caméra remonte le bateau dévisageant les passagers : familles, travailleurs tapant le carton, fumant... Le réalisateur chinois se permet une coquetterie, passant d’un panaromique à un autre par un flou enchaîné du plus bel effet. A la proue, nous faisont connaissance avec Sanming à l’instant où le bateau arrive en vue des célèbres gorges.

Le projet du barrage des Trois Gorges offre une métaphore à la taille des (r)évolutions qui choquent la société chinoise. Déplacements gigantesques de population, désagrégation des familles, dissolution des liens sociaux et familiaux, arasements d’anciennes villes pour construire des barres d’immeubles au charme soviétique... La Chine contemporaine entre en collision avec la Chine mythologique de ces paysages de roche, de brume et d’eau reproduits dans les tableaux classiques.

Still Life est film ying/yang. A la femme répond l’homme, la première veut se séparer de son mari et le second retrouver sa femme. Shen Hong se tourne vers l’avenir, Sanming vers le passé. Mais la séparation entre le ying et le yang n’est pas étanche. Le film repose sur deux récits indépendants, mais qui sont aussi rassemblés par une thématique, des liens organiques. Les chemins de Shen Hong et Sanming vont ainsi croiser celui de l’enfant qui chantait des chansons d’amour ou du manchot qui veut être dédommagé pour son bras perdu lors d’un accident de travail.

Le film de Jia Zhang-ke ne cache rien de l’apreté des rapports sociaux de la Chine actuelle. A peine Sanming à quai, qu’il est convié manu-militari à assister au spectacle d’un magicien qui transforme du papier en billets de banque. Et pas question de quitter l’entrepôt sans avoir payé son écot. A moins d’être équipé comme Sanming d’un couteau à cran d’arrêt ! Pourtant il finira par se lier d’amitié avec la gouape qui l’avait attiré dans ce traquenard. It’s nothing personal, it’s just business. Lui penche plutôt vers John Woo et a hérité son surnom, « Frère Mark », du personnage interprété par Chow Yun-fat dans Le syndicat du crime. Si dans La haine Vincent Cassel imite le Robert de Niro de Taxi Driver, lui peut citer des répliques du célèbre film de John Woo. Est-il trop romantique pour vivre à cette époque là ? Dans tous les cas, les lascars en son genre ont toute leur place dans cette société du libéralisme sauvage, comme ils l’avaient dans le garment district du New-York du début du vingtième siècle.

Eux aussi font partie de ces gens du commun qui sont au centre du film de Jia Zhang-ke. Sanming va nous introduire dans ce monde qui gravite autour de l’entreprise de destruction de la ville : maîtres de la masse, tenancier du foyer, putes, directeur d’usine véreux... Pour filmer le prolétariat, Jia Zhang-ke filme les corps, leurs outil de travail, des torses nus ou revêtus d’un marcel. La vision d’un groupe d’ouvriers vêtus de la sorte, démolissant des bâtiments à coups de marteau et de masse, sert de leitmotiv visuel au film. Plus qu’un détail, leur façon de s’habiller marque leur appartenance à une catégorie sociale. Pas question pour eux, s’ils font un jour le voyage à Pékin, de flâner dans une des luxueuses galeries commerciales proches de la place Tien An Men. Une tenue correcte est exigée et le marcel n’est en pas une, mais le T-shirt oui ! Des corps « lourds » du labeur, comme celui du mineur taciturne, Sanming.

Film brut ne sombrant jamais dans le misérabilisme, Still Life n’est pas non plus exempt d’humour. Pour réclamer de l’argent à un spectateur, un des gros bras du magicien lui demande s’il ignore ce qu’est la propriété intellectuelle ! Le réalisateur chinois se laisse même aller à des échappées oniriques. Au détour d’un plan, une construction décolle comme une fusée. Emanation du subconscient de Shen Hong qui ne souhaite qu’une chose : se séparer officiellement de son mari pour partir construire son futur à Shanghai.

Le film se clôt sur Sanming, en route vers sa province natale, qui s’arrête pour regarder un funambule suspendu dans le vide entre deux immeubles. Symbole de l’équilibre précaire de la population d’une Chine en train de réaliser le grand écart entre passé et futur.

Présenté lors de la 9ème édition du Festival du film asiatique de Deauville, Still Life sort sur les écrans français le mercredi 2 mai 2007.

[1Le film est né de la réalisation d’un documentaire, Dong, sur le peintre Liu Xiao-Dong, ami du réalisateur, qui réalisait des peintures sur les ouvriers travaillant dans la région du barrage des Trois Gorges.

[2Comme le réalisateur.

aka Sanxia Haoren - Braves gens des trois gorges | Chine | 2006 | Un film de Jia Zhang-ke | Avec Han Sanming, Zhao Tao
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