Stormy Weather

Cannes 2003 par Lester D. Shapp - Un Certain Regard

Acclamée (à juste titre, à mon avis) pour son magnifique Haut les cœurs ! (dans lequel jouait Laurent Lucas, tiens !) en 1999, Solveig Anspach semble très attachée au milieu médical. En revanche, le retour dans son pays, l’Islande, ne lui a pas aussi bien réussi...

Stormy Weather confronte une jeune psychiatre, interprétée par Elodie Bouchez, à une patiente inconnue et qui, quoiqu’elle ne soit pas muette, ne dit mot à personne. Grâce à des efforts d’approche importants, Cora, parvient à faire réagir la patiente sans nom. Mais au retour d’une semaine (de vacances, de stage, de convention ?), Cora ne retrouve pas sa patiente. On a découvert son identité, et on l’a renvoyée chez elle.

Jusque-là, tout se tient, Anspach filme ses actrices au plus proche, en ayant recours à de nombreux gros plans (et Elodie Bouchez n’est pas si mal...), à des couleurs chaudes malgré l’environnement hospitalier. Et l’on s’attache aux personnages, on a envie de savoir qui est l’inconnue retrouvée dans une gare de Bruxelles, où se déroule l’action. La scène où tout commence à basculer, où la thérapie commence à porter ses fruits, est à la fois douce, car le lien commence réellement à se tisser entre les deux femmes, et violente par le procédé, pourtant commun, utilisé par Cora pour faire sortir Loa de son mutisme.

Et puis tout s’écroule, ou presque. Certes, on pourra arguer que cela est voulu, que pour Cora, effectivement, tout s’écroule quand elle s’aperçoit que tout son travail est gâché, et peut-être que le lien fort qu’elle avait avec Loa risque de se dissoudre. Or, c’est bien le cas : quand elle arrive sur la petite île située au large de l’Islande où réside Loa, elle se retrouve non seulement en terre étrangère, mais aussi dans une position bien inconfortable vis-à-vis des proches de Loa (son mari, son médecin) qui ne comprennent pas bien ce qu’elle cherche. Nous qui le savons, nous nous désolons de voir que Solveig Anspach ne parvient plus à choisir son camp : que la réalisatrice prenne le parti de filmer de plus loin, c’est normal, cela figure la distanciation qui s’est opérée entre ses deux personnages principaux. Mais alors, qu’elle nous montre plus clairement le désarroi de Cora, qui semble plus indifférente qu’angoissée à la perspective que tous ses efforts n’aient finalement servi à rien. Puis, presque brutalement, on perçoit à nouveau une étincelle, une réminiscence de l’ancien lien. Mais la tentative est brisée, et l’on se retrouve bien désolé, en fin de course, que tout tombe tellement à plat...

On garde au cœur une impression de gâchis, de dépit après la prometteuse première œuvre d’une réalisatrice qui parvient néanmoins à rester attachante, même dans son échec. La froidure de l’hiver islandais semble avoir engourdi ses sens, aiguisés ailleurs, mais on sent tout de même ce que Solveig Anspach a voulu produire : une sensation de décontenance, qui n’aboutit finalement qu’à une absence de contenu. "Nice try !", comme disent les Américains, mi-compatissants, mi-moqueurs.

Stormy Weather devrait sortir prochaînement sur les écrans français.

France / Islande | 2003 | Un film de Solveig Anspach | Avec Elodie Bouchez, Didda Jonsdottir, Baltasar Kormakur, Ingvar E. Sigurdsson
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