Symbol

Humor amarillo libre !

Quelque part au Mexique, un père et mari silencieux se prépare à endosser le costume de catcheur d’Escargot Man, pour un combat dont il redoute l’issue, son adversaire étant bien plus jeune que lui. Si beaucoup de gens doutent du combattant, son fils lui, voue une admiration sans faille au luchador infantile. Pendant ce temps là, dans une énorme pièce blanche, un adulte en pyjama bariolé se réveille, seul, sans savoir mieux que nous où il se trouve. Des murs de la pièce dépassent les zizis de petits chérubins, qui, si l’homme appuie dessus, font apparaître des objets incongrus et de la nourriture, dévoilent des mécanismes prometteurs d’échappatoire, dans un obsédant motif vocal.

Second film du comique Hitoshi Matsumoto après l’incroyable Big Man Japan (Dai-Nipponjin, 2007), Symbol s’éloigne du faux documentaire et de son humour pince sans rire pour une farce slapstick, test d’endurance cinématographique à la symbolique volontairement grossière. Je me faisais la remarque, avant d’assister à la projection du film au cours de la dernière édition du Festival du film asiatique de Deauville, que Matsumoto était certainement de ceux qui pouvaient me faire rire à base de simples références pipi-caca. Dont acte : pendant plus d’une heure, cette figure essentielle du petit écran nippon manipule le sexe des anges, et se fait péter dessus par les mêmes chérubins taquins, quoique dans des proportions dignes du témoignage de Masaru Daisato.

Chapitré autour d’un processus d’apprentissage, étude obsédante de cause à effet, Symbol navigue entre deux trames a priori dissociées, s’intéressant principalement au calvaire de son prisonnier improbable. Matsumoto, coiffé d’une redoutable coupe au bol, s’essaye aléatoirement à la manipulation des excroissances murales, soit pour tenter d’accompagner une montagne de sushis avec un peu de sauce de soja, soit pour compléter une série de mangas dont la pièce lui refuse le tome 7. Tout cela sans méthode ni but, jusqu’à ce que l’un des zizis active une porte sur le mur d’en face. Symbol emprunte alors sa mécanique aux jeux vidéos, tandis que Matsumoto, transformé en héros de comic book anglophone, cumule les mécanismes pour tenter de sortir de sa prison ludique et vaine. Lentement, avec force répétition, et une pratique de l’humour qui tend plus vers le clown de foire que la subtilité.

On pense au sketch des Monty Python qui, au Hollywood Bowl, expliquaient dans leur « Comedy Lecture » les bases du rire mécanique. La banane de Terry Gilliam est remplacée ici par une longue dégustation de sushis, le croche patte par le motif de la porte qui retombe toujours sur le bas du dos du comédien. Le rire dans Symbol, est suscité autant par la qualité de certains gags que par l’usure, cumul de sonorités interpellantes et d’apparitions non-sensiques. Bien entendu, tout ceci prend forme et finit par acquérir une pseudo-cohérence, et parvient même à s’intégrer dans le périple d’Escargot Man, incarnation choisie au hasard du pouvoir offert à cet homme-enfant Dieu. Symbol alors, s’échappe dans une apothéose lyrique, qui achèvera de conquérir ou repousser, c’est selon, le spectateur de cette farce sinon virtuose, réfléchie et maîtrisée.

On imagine difficilement l’aplomb dont Hitoshi Matsumoto a du faire preuve pour mener ce sketch étiré en long métrage à terme, ne jamais céder à une densité humoristique plus posée, conséquente et référentielle, comme il l’avait fait pour Big Man Japan. Pourtant, il y a dans Symbol autre chose qu’une symbolique gratuite. Matsumoto joue avec les volumes, les espaces et les distances, les perspectives, le cadre, le champ et le montage, pour livrer un discours sur les mécanismes non seulement humoristiques mais aussi narratifs et de mise en scène, sur la toute puissance du réalisateur - de l’artiste plus largement - et, quelque part même, sur sa responsabilité. On est loin vous vous en doutez, des tergiversations, intellectuelles, passionnantes et elles aussi abracadabrantes, de Kazuo Ishiguro dans The Unconsoled, mais tout de même : Matsumoto sait actionner les boutons qui créent le cinéma, le rire et la vie. Même si ceux-ci, déguisés en appendices angéliques, ne seront certainement pas du goût de tous.

PS : J’oubliais. Une nonne mexicaine. Des luchadores libres. Un japonais et des bistouquettes. Can it get any more Sancho than this ?

Diffusé en compétition lors de la 12ème édition du Festival du film asiatique de Deauville, Symbol est disponible en DVD japonais, sans sous-titres (ce qui n’est pas très gênant).

aka Shinboru - しんぼる | Japon | 2009 | Un film de Hitoshi Matsumoto | Avec Hitoshi Matsumoto, David Quintero, Luis Accinelli, Lilian Tapia, Adriana Fricke, Ivana Wong, Arkangel De La Muerte
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