Sympathy for Mr. Vengeance

L’intégrité : une qualité aussi rare que précieuse dans le milieu cinématographique - comme dans tous les milieux artistiques, d’ailleurs. Si l’on en croit l’histoire de ce Sympathy for Mr. Vengeance, tout porterait à croire que Park Chan-Wuk - le réalisateur talentueux de Joint Security Area - fasse partie des quelques metteurs en scène actuels qui en soient pourvus.
A l’origine du film, un scénario vieux de six ou sept ans - écrit de ses mains - que personne ne s’est risqué à produire. Après le succès (inter)national de JSA, toutes les portes s’ouvrent devant Park Chan-Wuk. Plutôt que d’offrir à son public un pseudo-JSA 2, l’homme préfère mettre sa réputation "populaire" en jeu, et utiliser sa carte blanche pour porter ce projet abandonné à l’écran. Un pari audacieux, qu’il perdra en partie (la défection prématurée d’un public effrayé par la rumeur, la condamnation de toute une partie de la critique coréenne). Mais en partie seulement ; car, à l’image des films de Kim Ki-Duk, Sympathy for Mr. Vengeance véhicule un pessimisme (réaliste) aussi dérangeant que fascinant. Et si l’on ne restait - à l’image du personnage de Ryu - complètement muet au bout des 135 minutes que dure le film, le mot ’chef-d’œuvre’ parviendrait très certainement à vos oreilles à l’heure qu’il est. Mais chaque chose en son temps...

L’histoire de Sympathy for Mr. Vengeance est très simple : Ryu, un jeune homme sourd-muet aux cheveux verts, tient absolument à payer la greffe de rein de sa sœur malade. Pour ça, il est prêt à tout. Même à débourser l’argent qu’il a durement accumulé en travaillant dans une usine, pour rendre à visite à des trafiquants d’organes - lesquels ne manqueront pas de lui dérober non seulement son argent, mais aussi un de ses propres reins. Renvoyé de son travail pour absentéisme répété, Ryu se retourne, avec l’aide de sa petite amie Young-Mi, vers un plan improbable : kidnapper la fille de son ancien patron, Dong-Jin, et payer l’opération avec la rançon. Une série d’incidents malheureux débouchera malencontreusement sur la mort de la sœur de Ryu, mais aussi de la petite fille ; la boucle infernale de la vengeance peut alors commencer...

Difficile effectivement de remporter l’adhésion du public avec un film aussi sombre que celui-ci : pas la moindre trace d’humour, une violence sourde renforcée par l’incapacité des personnages à s’exprimer (qu’ils soient muets ou non), et surtout un constat sans appel sur une société au fonctionnement enrayé, condamnée par ses inégalités.

Sympathy for Mr. Vengeance est long, lent et douloureux ; comme l’exprime si justement son titre, c’est un film qui tient à mettre à jour un engrenage de vengeances, en insistant à la fois sur la notion de justice et d’inutilité, et à nous pousser à considérer l’acte inéxorable de vengeance lui-même plus que tout ce qui peut l’entraîner.
Ainsi, aussi bien les actes de Ryu que de Dong-Jin (incroyable Song Gang-Ho) semblent justifiés - ou tout au moins compréhensibles. Il n’est pas ici question de bien ou de mal ; Dong-Jin exprimera lui-même le caractère superflu d’un quelconque jugement lorsqu’il se retrouvera confronté à Ryu. La réalisation de Park Chan-Wuk nous pousse aussi à délaisser complètement notre approche manichéenne traditionnelle d’un tel scénario, en traitant les scènes de violence comme autant d’évènements incontrôlés et inévitables - à tel point d’ailleurs qu’ils en viennent à constituer le background du film plus que son véritable sujet. J’en veux pour exemples le kidnapping à peine esquissé de la fille de Dong-Jin ou encore sa noyade accidentelle. Park alterne les gros plans et des plans très larges dans lesquels les protagonistes semblent insignifiants ; de cette façon il rend le choix des héros anodin, comme si ceux-ci n’étaient au final que les véhicules de la vengeance elle-même.

Mais au-delà de ces considérations humanistes, Park Chan-Wuk émet aussi un jugement terrifiant sur l’état de son pays, miné par des inégalités qui entraîneront toujours de tels actes, si difficiles à juger. L’approche du réalisateur se résume dans la remarque indécente d’un policier pendant l’interrogatoire de Dong-Jin ; au téléphone avec sa femme il déclare : "au moins notre fils est toujours vivant, parce que nous sommes pauvres". Une "inéluctabilité" de plus, qui ancre plus profondément encore nos protagonistes dans une voie de violence sans retour.

Au final, Sympathy for Mr. Vengeance nous laisse avec un poids terrible sur la poitrine, incapables d’exprimer le moindre désarroi, ou un quelconque optimisme. Tout au plus une compréhension résignée envers les actes de ces personnages qui se seront tour à tour condamnés devant nos yeux. Une certaine forme de sympathie, magnifique et douloureuse...

Sympathy for Mr. Vengeance est disponible en DVD coréen chez CJ Entertainment (pas vu).

Corée du Sud | 2002 | Un film de Park Chan-Wuk | Avec Song Gang-Ho, Shin Ha-Gyun, Bae Du-Na
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