Syndromes and a Century

L’excentricité de l’auteur au service du vide...

Tout commence par une belle journée, très largement ensoleillée, un entretien d’embauche ; celui d’un médecin militaire qui souhaite passer dans le service public. Un autre homme quant à lui, a bien du mal à déclarer sa flamme à un bien joli docteur en blouse blanche. Puis un vieux moine énumère un nombre impressionnant de syndromes, pardon de symptômes dans le but d’obtenir des prescriptions pour tous les habitants de son village. Une amitié naît entre un dentiste, dont le véritable talent est la chanson, et son patient, un moine (décidément !!).

Le transi d’amour parvient enfin à se déclarer à sa bien-aimée mais celle-ci est bien trop occupée à se faire rembourser l’argent qu’un collègue lui a emprunté. D’ailleurs cette très demandée jeune fille vit un amour passionnnel avec un fleuriste/arboriculteur, dragueur de supermarché. Suite à son concert, le dentiste mélomane retrouve son ami religieux, pour lequel il ressent une vive attirance physique. Et puis rien, plus rien, le vide...

Syndromes and a Century se targue d’un concept certes original, mais en totale roue libre. Ne serait-ce que dans la narration de la première partie du métrage et le réel début d’attachement au personnage central féminin, qui se perd dans des divagations faussement existensialistes primaires, et que l’on perd tout simplement de vue dans le dédale confus de la mise en scène.

Il faut être sacrément doué pour filmer le vide. Kurosawa dans son Oinaru genei (Barren Illusions/1999), Hou Hsiao Hsien et Flowers of Shangai, Lynch et pas mal de ses oeuvres il faut dire, y sont parvenus en flirtant avec le ratage. Le réalisateur Apichatpong Weerasethakul souhaite nous faire partager les questionnements de ses personnages et donc ceux de leurs générations respectives (le titre aidant). Mais en choisissant de couper volontairement son récit et de transposer ses personnages dans d’autres situations, il sème une confusion surmontable dans un premier temps, mais s’enlise dans le même propos. S’obligeant malgré lui à magnifier ses protagonistes qui suscitaient de l’intérêt juste avant.

Par conséquent ces Syndromes et ce siècle ne reflètent plus rien d’autre que le néant, et le métrage va droit dans le mur.

Car Syndromes and a Century se veut “auteurisant” à mort...Mais il devient rapidement la mort du cinéma d’auteur. C’est peut être pour cette raison qu’on lui a décerné le Grand Prix lors du dernier Festival du film asiatique de Deauville. Le jury attendant sans doute avec grande impatience la suite, qui sera plus centrée sur le happy slapping dans les maisons de retraite pour lépreux.

Syndromes and a Centurypossède de l’ambition sans se donner les moyens pourtant tangibles du début. Peut-être que le plan final convainc les indécis d’être devant une réussite cinématographique. Mais il faut malgré tout un peu plus qu’un tuyau aspirant de la fumée pour constituer l’épilogue, en manque d’inspiration flagrante, du réalisateur. A moins que le cours de gym sur de la dance (séquence dédicace à Dolls !!) représente un pied de nez magistral aux sceptiques spectateurs... NON !!

Filmer en contemplant le vide, voire en se contemplant peut provoquer l’ennui, un grand ennui et beaucoup beaucoup de masturbation. Syndromes and a Century est un coup dans l’eau.

Syndromes and a Century a été diffusé en compétition officielle au cours de la 9ème édition du Festival du film asiatique de Deauville (où il a obtenu le Grand Prix)... et c’est déjà pas si mal !!

aka Sang sattawat - Intimacy - Intimacy and Turbulence | Thaïlande | 2006 | Un film de Apichatpong Weerasethakul | Avec Nantarat Sawaddikul, Jarucahi Iamaram, Nu Nimsomboon, Sophon Pukanok, Jenjira Pongpas
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