Tales from the Crapper

Après les trois « blockbusters » qu’étaient, à l’échelle de la Troma, les incroyables Tromeo & Juliet, Terror Firmer et Citizen Toxie, et avant le « fromage à Miike » que prétend être leur prochain opus, Poultrygeist, il paraissait inévitable que l’équipe la plus indépendante de la scène cinéma américaine se détende un peu. Voilà qui est chose faite avec Tales from the Crapper, pseudo anthologie horrifique qui tient plus de la déclinaison en long-métrage du célèvre Troma’s Edge TV que de la parodie des Contes de la crypte. Au programme : deux moyens-métrages d’un goût redoutable, avec pour chacun en guise d’hôtesse, de choix et de charme, l’inégalable Julie Strain. Le concept est simple : Kaufman justifie l’existence de ce film, comme résultant de l’hommage à un tierce fondateur - ou plutôt une tierce fondatrice, inconnue, de l’édifice Troma, Zelda Lipschitz (incarnée par Debbie Rochon). Plutôt qu’un hommage, il s’agirait d’un bras d’honneur, la personne en question s’étant suicidée, lasse des conneries portées par les deux énèrgumènes, Kaufman et Herz, sur pellicule ou tout autre support, et les deux trublions décidant de mettre au sein d’un même film les histoires qui tiennent chacun d’eux à cœur, et qu’aurait reniées Dame Lipschitz.

La première, The Case Of The Melon Heavy Alien Man Eater (tout est dans le titre), conte les méfaits d’un extraterrestre qui s’acharne à décimer les créatures de la scène striptease du bas Hollywood. Femme flic aux méthodes peu conventionnelles - un plot enfoncé dans l’anus d’un violeur potentiel, par exemple - Julie Strain devient elle-même stripeuse undercover, pour coffrer le responsable de ces meurtres, après l’assassinat de son mari, lui aussi protecteur des innocents. Je vous passe les détails, mais ça va de la quête pour du guacamole extraterrestre à la mante religieuse sodomite, en passant par l’octogénaire onaniste. La seconde, Tuition of the Terror Twat, plus improbable encore, confronte un jeune loser dont le père - Lloyd, qui intervient de façon incessante par répondeur interposé - ne peut financer les études, et dont les amis organisent une soirée de strip en présence de trois créatures de rêves - parmi lesquelles Julie Strain et Masuimi Max - pour lever les fonds nécessaires à son inscription. Comment les lascars pouvaient-ils savoir, que les peu farouches demoiselles sont en réalité de monstrueuses vampires lesbiennes ?

Des nichons, du gore, de la vulgarité, du politiquement incorrect, des réalisateurs dénigrés et surtout beaucoup, beaucoup de pets déplacés (chaque plan fessier du film est accompagné d’un bruitage approprié), voilà le gros de la matière de Tales from the Crapper, qui porte décidemment bien son nom. Autoproclamé fer de lance du mouvement Dogpile 95, équivalent tromesque du Dogme dont on peut deviner le laxisme technique, il est bien entendu impossible de dire que cette « œuvre » fera de l’ombre à Tromeo & Juliet. Je m’en foutiste, quasiment constamment improvisé, vulgaire et gratuit, Tales from the Crapper pourrait presque être détestable, et pourtant...

Pourtant c’est une merveille, honteuse et malodorante, sans aucune once de subtilité mais avec pas mal d’intelligence mal employée, comme en témoigne l’invention du « Boner Vision ». Un concept simple, qui consiste à sauver toute scène dramatique dénuée de nichons, en plaçant à l’image un macaron dans lequel des femmes en tenue plus ou moins effeuillées se trémoussent allégrement. Autre grande réussite, le passage de la bande-son, du film à son commentaire, par une voix off imitant notamment Oliver Stone, et se moquant de la vacuité totale de la mise en scène, de la photographie et des différents jeux d’acteurs. Et je ne parle même pas de la scène de sexe entre Julie Strain et une poupée gonflable, et des délires gores de l’apothéose finale...

Tales from the Crapper est un non-film qui passe son temps à se dénigrer, véritable déjection de l’esprit de Lloyd Kaufman, prétexte coupable et agréable à jouir de la silhouette légendaire de Julie Strain. Quand en plus la belle décadente est accompagnée de la délicieuse Masuimi Max, renommée poupée fétichiste, et autres Ron Jeremy et James Gunn, ou encore Trey Parker le temps d’une blague socio-copro-sexuelle d’une redoutable vulgarité, on ne peut que se laisser porter le long de ce courant marronâtre, sans prétention ni véritable réussite. D’autant que Kaufman lui-même démystifie son incohérence, en explicitant entre les deux sketches les recettes d’un bon film indépendant, fait sans scénario, de sexe lesbien et/ou transsexuel, et obligatoirement d’une arme à feu. Un manifeste certain, qui ne fera cependant pas beaucoup d’émules. A moins d’habiter Tromaville of course, et d’avoir une poignée de Tromettes généreuses à se mettre sous la main, et un trop plein de bandes vidéo à écouler ! Car tout se résume finalement à ceci : regarder déambuler Julie Strain (et Masuimi, aussi), toute de sa nudité vétue, sous nos yeux. Ce qui se fait, naturellement, ébahi... alors quand en plus elle passe son temps à pêter ! Rôh, la honte... ^__^

Akatomy | 10.09.2005 | Hors-Asie

Available now, on Troma DVD ! (A prononcer avec la voix qui va bien.)

USA | 2004 | Un film de Dave Paiko, Brian Spitz et Lloyd Kaufman | Avec Julie Strain, Lloyd Kaufman, Kevin Eastman, Gabriel Friedman, Jorge Garcia, James Gunn, Debbie Rochon, Joe Fleishaker, Ron Jeremy, Trey Parker, Ted Raimi, Trent Haaga, Masuimi Max
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