Tamala 2010 - A Punk Cat in Space

Cats live in loneliness. Then die, like falling rain...

Tamala est une petite chatte d’apparence mignonne, qui vit à Meguro City, Tokyo, sur la Terre des Chats. En réalité aggressive et grossière, Tamala rêve de s’envoler pour Orion où elle pense pouvoir retrouver sa véritable mère, mais sa « salope » de mère Terrienne l’en empêche. Pour quelle raison ? Et quand Tamala décide tout de même de s’envoler, pourquoi un employé de la Catty & Co - corporation qui contrôle plus de 96% du PIB mondial - semble-t-il la suivre ? Toujours est-il que, après une courte rencontre avec la Mort, le vaisseau de Tamala s’écrase sur la planète Q. Là, la petite chatte s’impose aux côtés de Michelangelo - qu’elle persiste à surnommer « MoiMoi » - un chat obsédé par les armes qui la prend sous son aile. Alors que le chaos règne sur cette planète en proie à la loi martiale, pendant que chats et chiens s’entretuent dans les rues, quel pourra bien être le destin de Tamala ? Et pourquoi rêve-t-elle constamment, comme tant d’autres chats, de l’ascencion perpétuelle d’un robot à l’image de Tatla, déesse disparue du culte de Minerve ?

Les chats rêvent-ils de dieux électriques ?

Création libre d’un groupement de graphistes dénommé t.o.L., Tamala 2010 est une œuvre singulière dans le paysage animé mondial - et ce au-delà de son aspect technique, mélange superbe de 3D et de dessin vectoriel. Contant les aventures d’une chatte dotée d’un cycle de vie d’un an, vouée à mourir et renaître pour l’éternité, l’ensemble a autant des allures de trip sous acide que de film expérimental aux multiples niveaux de lecture, et peut donc s’offrir le luxe rare de rassembler les adeptes de concepts autant que l’élite intellectuelle sous une même bannière : celle du culte voué au pop-art et à la culture du mix.

Car Tamala 2010 a beau être sous-titré « A Punk Cat in Space », son univers est avant tout Pop ; l’identité graphique de l’univers de t.o.L puisant sa richesse dans des déclinaisons de packagings, de publicités et autres affiches, tatouages, pochettes de disques en tout genre. Un univers pictural pour une oeuvre qui l’est tout autant, sorte de rêve humide pour tout graphiste qui se respecte. Au sein de ce(s) monde(s) voué(s) à l’iconographie mercantile et à la consommation qui s’en suit, Tamala possède bien sûr involontairement, un petit côté punk, en ce qu’elle ne semble pas influencée par ce culte ; mais est-ce bien étonnant, dans la mesure où celui-ci s’est construit sur son image ?

Tamala est en fait en quelque sorte l’idoru ultime ; création perpétuellement kawai et insconsciente de son état, dont l’image sert aussi bien à vendre des jeans et de la sauce tomate qu’à susciter l’idolatrie. Dotée d’un cycle de vie trop court pour pouvoir prendre conscience de son propre statut de Dieu, la petite chatte rêve tout de même de sa propre ascencion, s’imagine en train de danser devant une foule conquise, dominer le monde par sa beauté, qui est « tout ce qu’elle possède ». Lorsqu’elle meurt, le monde semble se disloquer ; comme si sa présence pour réguler le flux d’information par l’uniformisation esthétique était indispensable pour maîtriser le chaos de nos échanges. Mais ce chaos n’est-il pas dans une certaine mesure, parfaitement souhaitable ? Chaque jour ne mérite-t-il pas d’être une « putain de journée », plutôt qu’un miroir aussi bien de la veille que du lendemain ?

Tamala 2010 est donc un voyage chaotique dans un inconscient collectif repackagé, à mon avis réfléchi et improvisé à parts égales. Un mix d’images et de sons qui, à l’instar du set d’un DJ, serait construit autour d’une réflexion tout en s’autorisant bon nombre de disgressions purement rythmiques et esthétiques. Tamala 2010 le film, s’inscrit par ailleurs dans un Tamala 2010 Project plus large, dont la vocation paradoxalement, semble être celle de la Catty & Co : placer l’image de son héroïne au sein de tous les pans de la culture contemporaine, du design au cinéma, en passant par le merchandising et le clubbing. t.o.L jouent donc au jeu de la création d’une nouvelle icône ; leur film prend dès lors des allures de prophétie assumée, sorte de manifeste esthétique qui confronte la richesse d’un mélange culturel libre à la menace d’une certaine vacuité artistique dictatoriale. Tamala 2010 est tour à tour fascinant et incompréhensible, contemplatif et bavard, hypnotisant et fatiguant ; mais il soulève la question intéressante, de savoir quelle civilisation pourrait naître sur la base des multiples expressions artistiques contemporaines, et si celle-ci survivrait à son abandon à un monothéisme pictural. En gros : que se passera-t-il si le projet de t.o.L. aboutit ?

Lire aussi l’interview de t.o.L et de leur producteur, réalisée lors de la 5ème édition du Festival du film asiatique de Deauville (2003)

Akatomy | 10.06.2005 | Japon, Animation

Tamala 2010 est disponible en DVD zone 2 pal chez mk2 éditions (sortie le 15 juin). Le film est présenté au format 1.85 :1 anamorphique, et la copie ne présente aucun défaut. La bande son est, au choix, en japonais 5.1 ou stéréo ; la psite 5.1 est magnifique et rend parfaitement justice à la musique (magnifique) du film. En guise de compléments, deux clips - Hell mix (7’10’’) et One day for Maria (5’25’’) -, et trois mini-documentaires - Storyboard (4’), Tatla en 3D (2’) et Meguro City en 3D (4’37’’), ainsi que la bande annonce du film. A noter que l’édition comporte aussi une partie DVD-ROM avec une galerie, un économiseur d’écran et des wallpapers. De quoi kiter votre bécane façon Tamala et vous abandonner à son culte. Une bien belle édition, quoi ! (Remerciements à Alexandre Jalbert.)

Pour aller encore un peu plus loin, rendez-vous sur site officiel du Tamala 2010 project, une merveille graphique à l’adresse suivante : http://www.tamala2010.com (en japonais avec quelques pages en anglais).

Japon | 2002 | Un film de t.o.L. | Avec les voix de Shinji Takeda, Takeshi Kato, Sato(54-71), Béatrice Dalle
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