Tekken

Bras de fer à la Sakamoto...

En dehors du fait d’œuvrer dans la sylviculture, Seiji est l’heureux propriétaire d’un gymnase de boxe. Un beau jour, il rencontre le jeune Akio qui sort tout droit d’une maison de redressement... Dès le premier coup d’œil, Seiji est persuadé que le jeune homme a l’étoffe d’un grand champion, et parvient à le convertir au noble art. Les années passent, Akio gagne match sur match, et rien ne semble pouvoir entraver le bonheur qui entoure le petit monde des deux hommes... jusqu’au jour où Akio est victime d’un accident de voiture dans lequel sa main droite est broyée. Akio disparaît, Seiji perd tout...

...s’il est bien un mot qui revient dans la quasi-totalité des articles qui concernent Junji Sakamoto, c’est « éclectisme »... et bien il faudra désormais lui ajouter un autre adjectif : « barré »... Tekken, deuxième film réalisé par Sakamoto après le K.O cinématographique que constitue son excellent premier long Dotsuitarunen, est une sorte d’o.f.n.i. plutôt inclassable, dans lequel le jeune réalisateur alors débutant fourre toute sa verve filmique, comme s’il s’agissait de son dernier. Chronique d’un film unique...

...Seiji se retrouve donc seul au monde, sans but ni passion, il n’est plus que l’ombre de lui-même. Par hasard, alors qu’il déambule saoul en pleine nuit, il tombe sur Takiura, un papetier un peu particulier puisque sa main gauche est une prothèse mécanique qui le fait ressembler à un homme bionique. Le cerveau embué d’alcool de Seiji bouillonne, et il se met à rêver au retour d’Akio sur les rings. Après avoir été on ne peut plus pressant avec Takiura, Seiji parvient à avoir un rendez-vous avec le docteur Ikeda, créateur de cette miraculeuse prothèse. Akio accepte de subir la douloureuse intervention, et reprend finalement l’entraînement. Parallèlement, une bande de motards-psychopathes emmenés par le cruel Hiraoka s’en prend aux handicapés qu’elle rencontre sur son chemin, sous prétexte que leur infirmité est une insulte à l’être humain et à la beauté d’un corps... des lâches.

Après Dotsuitarunen, Sakamoto décide une fois de plus de fixer sur pellicule son amour inconsidéré pour la boxe... à la différence près qu’ici le noble art n’est qu’un prétexte pour partir vers des horizons à mille lieues de leur postulat de départ ! Tekken est un film envoûtant qui ne laisse nullement présager son déroulement... D’aucuns qualifieront sa première partie de classique, tant au niveau du fond que de la forme... Sakamoto fabrique lentement son film, prend le temps de tout installer, tout en posant ça et là quelques éléments à priori insignifiants, qui vont rapidement devenir l’essence même de Tekken...

...l’univers cinématographique de Sakamoto semble s’être concentré dans ce second long-métrage aux allures d’expérimentation artistique ; toutes les préoccupations de l’auteur/réalisateur y sont déjà clairement mises en exergue, de l’étude du comportement humain (cf. Kao) à l’engrenage dans la vengeance sans retour possible (cf. Tokarev), en passant par le road-movie purement poétique (cf. Orokamono) ou le buddy-movie altruiste (cf. Kizudarake no Tenshi), et bien entendu le dépassement de soi (cf. Dotsuitarunen), Tekken a tout d’une prémisse évidente à l’univers de Sakamoto.

...autre point positif non négligeable de Tekken, sa distribution ; un trio d’acteurs qu’on ne peut imaginer autrement tant leurs rôles semblent avoir écrits pour eux ! Bunta Sugawara, Takeshi Yamato et Karen Kirishima. On ne présente plus le premier, tant sa contribution au cinéma de genre nippon dans les années 70 fût considérable, notamment dans les Jingi Naki Tatakai de Fukasaku ; le second, découvert par Sakamoto un an auparavant dans Dotsuitarunen, crêve ici littéralement l’écran... quant à Karen Kirishima (qui n’a à ce jour joué que dans cinq films), elle est tout simplement magnifique dans son rôle de femme amoureuse, prête à tout (!) pour défendre l’honneur de celui qu’elle aime...

Constat à la fois amère et optimiste sur l’être humain, Tekken va au-delà des limites d’un cinéma dit mainstream, pour nous transporter dans un univers emprunt d’un lyrisme indéniable, nous livrant une fable tragi-comique onirique et surtout, unique...


Kuro | 8.08.2004 | Japon

DVD (Japon) | Pioneer | NTSC - Zone 2 | Format : 1:1:85 - 16/9 | Images : Magnifiques ! un transfert anamorphique de toute beauté. | Son : Un mono surprenant d’ampleur ! | Suppléments : Teaser, trailer, et un livret de 4 pages...

Ce DVD ne comporte pas le moindre sous-titre.

Tekken existe à l’unité, ou couplé aux films Dotsuitarunen et Oute dans le Sakamoto Junji DVD Box...

Existe également en VHS (NTSC) au Japon.

aka Metallic Boxer | Japon | 1990 | un film de Junji Sakamoto | avec Bunta Sugawara, Takeshi Yamato, Karen Kirishima, Hajime Hana, Yoshio Harada, Michiyo Ôkusu, Toshiya Fujita, Masato Hagiwara, Shîzâ Takeshi, Masaharu Ôwada, Masakazu Serizawa, Kikuko Hashimoto, Keisuke Tsuyama, Yûichirô Shiga, Takashi Sakamoto, Yôko Ueno, Ryûji Yamamoto, Shinbou Minami
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